Vers un nouveau Tchernobyl ?

25 avril 2014

28 ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, l’Ukraine est confronté à un chaos politique. Dans ce contexte, la question du fonctionnement de l’industrie nucléaire ukrainienne est dangereusement mise de côté. Il y a 15 réacteurs nucléaires en Ukraine, tous alimentés par du combustible venu de Russie. Ils ont été conçus dans les années 60-70 et ne sont pas conformes aux normes de sécurité et à la réglementation aujourd’hui en vigueur en Ukraine. En 2012, le gouvernement ukrainien a décidé de prolonger de 20 ans l’exploitation de 11 de ses plus vieux réacteurs qui devaient être arrêtés à partir de 2015. Compte tenu des actuelles difficultés politiques et financières, on doute que les fonds nécessaires seront disponibles. D’importants investissements sont indispensables pour garantir la protection radiologique des travailleurs chargés de l’adaptation des sites de même que la sûreté des réacteurs au-delà de la durée de vie initialement prévue. Les prolongations d’activité des réacteurs sont financés par la communauté internationale en particulier la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD). Ces extensions d’exploitation n’ont pas fait l’objet d’enquête publique quant à leur impact environnemental et ne sont pas conformes à la Convention d’Espoo sur les impacts sanitaires et environnementaux des projets industriels dans un contexte transfrontière.

Il y a 4 centrales nucléaires en Ukraine: Rovno compte 4 réacteurs et est situé dans le nord-ouest du pays; 2 réacteurs sont en activité à Khmelnitski à 160 km au sud de Rovno ; Ukraine-Sud et ses 3 réacteurs se trouvent à 80 km d’Odessa ; enfin, la plus grande centrale nucléaire d’’Europe, Zaporozhe, exploite 6 réacteurs dont le 1er a été connecté au réseau électrique en 1985. L’histoire de ce site est marqué par le manque de personnel qualifié, le manque d’investissements de maintenance et par les retards de paiement des salaires. Zaporozhe est particulièrement problématique. La centrale nucléaire est située à l’est de l’Ukraine et la gestion du site doit faire l’objet d’une constante coordination entre le Ministère chargé de la protection de l’environnement et de la sûreté nucléaire et l’autorité de sûreté nucléaire tous deux basés à Kiev et la direction et le personnel du site.

En outre, le stockage et le retraitement des déchets nucléaires issus des INB ukrainiennes dépend de la bonne volonté et de la compétence de la Russie. A l’heure actuelle, l’Ukraine est en train d’augmenter la capacité des piscines de stockage de combustibles irradiés dans ses INB.

En Crimée, l’Université Ukrainienne de Sébastopol détenait un petit réacteur de recherche. Il a récemment été annexé par les troupes russes. Un autre réacteur de recherche situé au nord-est dans l’oblast de Kharkiv est prévu pour entrer en activité cette année avec l’assistance technique et financière des Etats-Unis.

Le dernier réacteur de Tchernobyl a fermé en 2000 sous la pression internationale. A l’été 2010, Robin des Bois a alerté le public et les scientifiques sur le risque des feux de forêts autour de Tchernobyl. Les forêts de la région de Tchernobyl sont considérées comme des réservoirs de radioactivité contenant du césium, du strontium, du plutonium et d’autres produits de fission. Les Nations-Unies ont récemment confirmé le risque potentiel d’un nouveau Tchernobyl qui découlerait d’un feu de forêt particulièrement important. Les retombées atmosphériques radioactives du Tchernobyl de 1986 pourraient être remobilisées et la contamination dispersée sur des zones encore plus vastes, selon les conditions météo. Les forêts contaminées ne sont pas entretenues. Les arbres morts, les branches cassées, les pommes de pin, feuilles et autres débris organiques se sont accumulés et ont créé une épaisse couche combustible. Ces forêts sont des bombes radioactives à retardement qui peuvent être déclenchées en cas d’incendie. Il n’y a pas de dispositif d’alerte rapide hormis l’œil vigilant des braves soldats du feu qui scrutent du haut des tours de surveillance. Au sol, l’accès aux pistes forestières de défense incendie est bloqué par un couvert de végétation dense. Dans la lutte aérienne, quelques hélicoptères sont disponibles mais ils ne sont pas équipés de réservoir d’eaux d’extinction. Les pompiers ont des équipements de protection limités, du matériel inadapté et n’ont pas de plan d’intervention d’urgence coordonné.

Dans ces conditions, Robin des Bois appelle l’Ukraine, la Russie, tous les pays riverains et l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) à coopérer pour assurer la sûreté de tous les réacteurs ukrainiens et pour prévenir les incendies de forêt dans la région de Tchernobyl.

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