Une catastrophe majeure et des pouvoirs publics mineurs

27 déc. 1999

Ile d’Yeu

En été 1997, une marée noire de 200 tonnes de fuel échappée du Katja, un pétrolier panaméen en cours d’accostage dans le port du Havre, avait démontré l’insuffisance des moyens techniques et les difficultés de communication des services concernés. La moité des  » barrages flottants  » avait coulé, et le littoral avait été pollué entre Trouville et Etretat.
En décembre 1997, une nouvelle orientation était fixée au plan Polmar-mer. Les préfets maritimes doivent désormais anticiper et prendre des mesures dès que des avaries sont signalées sur des bateaux transportant des matières dangereuses. Une équipe d’experts peut par exemple être hélitreuillée sur le navire en difficulté afin d’évaluer la situation et de mettre en oeuvre avec le capitaine les mesures de réparation.
Au cas où des moyens supplémentaires apparaissent nécessaires, le préfet maritimes doit déclencher le plan Polmar-mer qui donne accès aux fonds d’intervention gérés par le Ministère de l’environnement. Ce Ministère est au coeur du dispositif. Le Cedre (Centre de Documentation, de Recherches et d’Expérimentation sur les Pollutions Accidentelles des Eaux) est placé sous sa tutelle, mais cette association de loi 1901 dont le comité stratégique est présidé pat Elf-Aquitaine et Totalfina a dès le départ de la crise diffusé des informations faussement rassurantes. Il assure en particulier que ce fuel lourd n’est pas toxique ; or il contient 5 à 10% d’Hydrocarbures Polycycliques Aromatiques (HAP), des molécules persistantes et cancérigènes qui contaminent les sédiments marins et nuisent au développement de la chaîne biologique marine, à commencer par le plancton.
La légèreté des pouvoirs publics est scandaleuse, autant que les agissements des armateurs battant pavillons de complaisance.


A venir : une nouvelle poubelle flottante au large de la Bretagne.

Le Tango D (ex-Kifangondo), un navire plusieurs fois incendié et sinistré dans les ports angolais et dans le rail de la Manche, abandonné six ans dans le port du Havre, bricolé pendant 15 jours dans un chantier naval, s’apprête comme l’Erika à quitter Dunkerque en direction de la Méditerranée. Il est chargé de 13.000 tonnes de sucre et contient près de 1000 tonnes de fuel et de lubrifiants.
Proposé 8 fois aux enchères par la Chambre de Commerce et de l’Industrie du Havre, sans trouver acquéreur, le Kifangondo était qualifié de  » doyen des navires poubelles  » par les milieux maritimes. Il a été finalement acheté 405.000 francs par un armateur-ferrailleur grec en juin 1999. Sa coque très corrodée n’a pas été expertisée depuis juillet 1992. Elle présente des signes de faiblesse manifestes.
Le Tango D a été enregistré comme l’Erika sous pavillon de complaisance maltais, classifié par une société polonaise à la réputation douteuse, immédiatement affrété pour un transport de sucre entre Dunkerque et Tartous, en Syrie. Les 26 marins recrutés, de 10 nationalités différentes, ne pourraient efficacement communiquer entre eux en cas d’urgence. Encore une fois les Affaires Maritimes se retranchent derrière des inspections visuelles et des documents de bord fournis par une société de classification de second ordre pour ne pas s’opposer au départ d’un bateau sous-normes. Son départ est prévu le 29 ou le 30 décembre.

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