Un havre pour les risques

30 oct. 2001

Objet: risques industriels risques pyrotechniques estuaire de la Seine

 

Depuis 1996, Robin des Bois dénonce l’adossement du projet « Port 2000 » au Havre à un stockage pétrolier classé Seveso. Aux risques prévisibles du projet pour les travailleurs portuaires, pour l’environnement, pour la sécurité maritime et industrielle, s’ajoutent depuis un an les risques pyrotechniques liés au déminage du futur chenal portuaire. Malgré une ordonnance du Conseil d’État et malgré les discours tenus au lendemain de la catastrophe de Toulouse, l’État français donne un avenir aux risques majeurs. Depuis juillet 2001, les bulldozers ont été lâché sur les mares et les roselières de l’estuaire de la Seine afin d’effectuer les travaux préparatoires à « Port 2000 ».

En un an, 15 munitions de plus de 250 kg ont été détruites par la Marine Nationale sur les 2012 cibles repérées dans le futur chenal de « Port 2000 », à proximité du stockage pétrolier d’une capacité de 5 millions de tonnes de la Compagnie Industrielle Maritime. Le cumul des munitions neutralisées en mer n’a pas été communiqué. Aucune information n’a été donnée sur le chantier de déminage à effectuer à terre. Les opérations de déminage en mer – dont le coût et la durée n’ont pas été intégrés dans l’échéancier du projet – devaient selon le Port Autonome laisser place aux engins de dragages en « juillet, août », puis en « septembre, octobre » puis en « octobre, novembre ». Saisi par Robin des Bois, le Conseil d’État a suspendu par une ordonnance en date du 28 juin 2001 l’arrêté autorisant les travaux de « Port 2000 »  » pour la partie de ces opérations qui nécessitent des opérations préalables de déminage et de débombage, jusqu’à l’achèvement de ces dernières dûment constaté par les autorités compétentes ». Le Conseil d’État a ainsi voulu calmer la précipitation des autorités portuaires, éviter que les dragues ne travaillent à côté d’un chantier de déminage et réduire les risques d’explosion de munitions oubliées à proximité du stockage pétrolier. Après avoir affirmé que cette ordonnance était inutile, les services portuaires et l’État tentent maintenant de la contourner. Par un nouvel arrêté en date du 3 octobre 2001, les préfets de Seine-Maritime, du Calvados, et de l’Eure autorisent les travaux « sur une zone après que celle-ci eut fait l’objet de travaux de déminage et débombage dont l’achèvement aura été dûment constaté par le représentant du Ministère de la Défense ». Ainsi, le chantier de déminage pourrait être divisé en zones et les dragues seraient autorisées à travailler à proximité, malgré les risques pyrotechniques.

L’ordonnance du Conseil d’État stipule que: « la République mande et ordonne au ministre de l’équipement, des transports et du logement et au ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement, chacun en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance ». Loin de faire respecter l’ordonnance, ceux-ci se terrent dans le silence et s’apprètent à accepter que la Marine Nationale, maître d’oeuvre des opérations de déminage, soit la seule juge de sa mission. Ce sont ces mêmes ministères, ainsi que le Premier Ministre et le Président de la République, qui ont été destinataires la semaine dernière d’une lettre de Robin des Bois rappelant la juxtaposition des risques industriels et maritimes engendrée par « Port 2000 », et demandant de toute urgence une étude globale des risques.

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