Sommet des Baleines sur l’île anglo-normande de Jersey

8 juil. 2011

Commission Baleinière Internationale
Communiqué n°1 – Jersey

Objet : Impacts sur les baleines des rejets radioactifs et des déchets en mer post-tsunami.

La 63ème réunion plénière de la Commission Baleinière Internationale se tient sur l’île anglo-normande de Jersey du 11 au 14 juillet 2011. Robin des Bois exprime à cette occasion des inquiétudes très fortes sur la dégradation de l’état sanitaire des baleines après le tsunami et l’accident de Fukushima Daiichi qui ont frappé le Japon et l’océan Pacifique Nord.


1 – Pollution radioactive

L’iode 131, le césium 137, le strontium 90, le plutonium comptent parmi les radioéléments identifiés projetés sur le sol japonais par les rejets atmosphériques. Le nord-ouest de l’océan Pacifique quant à lui est le réceptacle naturel des rejets liquides pendant la catastrophe en cours mais aussi des retombées atmosphériques. Les baleines sont au sommet des chaînes alimentaires marines et leurs voies de contamination sont multiples : contact permanent avec la radioactivité artificielle, ingestion de plancton, de proies et de déchets contaminés, transmission de la radioactivité aux baleineaux pendant la période d’allaitement. Les effets potentiels de cette contamination externe et interne sont mutagène (mutation du patrimoine génétique), tératogène (développement anormal de l’embryon) et cancérogène, autant d’impacts gravissimes pour des populations dont l’avenir avant la catastrophe de mars 2011 n’était pas assuré.

Plusieurs espèces emblématiques et vulnérables sont concernées :

– Les petits rorquals communs (Balaenoptera acutorostrata) du Pacifique nord-ouest et de la mer régionale d’Okhotsk (environ 25.000 individus). En avril-mai, les jeunes sujets de cette espèce longent la côte Est du japon et passent à proximité des réacteurs de Fukushima avant de rejoindre en été l’aire d’alimentation commune en mer d’Okhotsk. Deux petits rorquals communs capturés dans le cadre de la saison de chasse scientifique japonaise 2011 au large de l’île d’Hokkaido présentent des valeurs d’environ 30 Bq/kg (becquerels par kilogramme) de césium 137. Les scientifiques japonais n’excluent pas que ces teneurs proviennent de l’accident de Fukushima mais faute de données disponibles ne peuvent pas les comparer avec les teneurs ante Fukushima. Ils ajoutent qu’en terme de contamination, la viande de baleine reste consommable tandis que les autres radionucléides comme l’iode, le tritium, le plutonium ne sont pas pris en compte. Ces premiers résultats sont inquiétants dans la mesure où des baleines de la même espèce capturées en 1998 en Mer du Nord, au large du Groenland et de la Norvège présentaient des teneurs en césium 137 comprises entre 0,298 Bq/kg et 1,319 Bq/kg. Le taux le plus élevé était observé en Mer du Nord où les baleines sont sous l’influence directe des rejets des usines de retraitement nucléaire du Royaume Uni et de la France en fonctionnement depuis plusieurs décennies.

– Les baleines franches du Pacifique Nord (Eubalaena japonica). La sous-population de la Mer d’Okhotsk et des mers voisines est estimée à quelques centaines. Une aire de reproduction serait située au nord d’Hawaï, une des zones de convergence des déchets et des polluants dispersés par le tsunami.

– Les baleines grises du Pacifique du nord-ouest (Eschrichtius robustus). Elles sont encore quelques dizaines à lutter contre l’extinction. Leur aire d’alimentation serait située au nord du Japon.

– Les baleines à bosse (Megaptera novaeangliae). La population du Pacifique du nord-ouest qui fréquente en été le nord du Japon ne comprendrait pas plus de 400 individus selon le dernier recensement datant de plus de 10 ans.

– La baleine bleue (Balaenoptera musculus). Il n’y a pas d’estimation fiable des populations de baleines bleues du Pacifique Nord. La population du Pacifique occidental effectuerait une migration hivernale au nord du Japon.

– La population occidentale de rorqual commun (Balaenoptera physalus) fréquente les eaux japonaises en hiver ; son abondance est inconnue.

– Le rorqual de Bryde (Balaenoptera edeni) relativement épargné par la chasse industrielle. Il n’échappera pas aux pollutions. La population du Pacifique nord-ouest serait d’environ 20.000 individus.

– Les dernières estimations des populations de cachalots (Physeter macrocephalus) dans le Pacifique Nord datent de 1976 et ne sont pas fiables. Les cachalots sont observés au large, dans la zone d’influence des rejets radioactifs de Fukushima et de dispersion des déchets solides.

2- Les déchets du tsunami

La quantité de déchets produits à terre par le tremblement de terre et le tsunami est estimée selon le gouvernement japonais ou les experts non gouvernementaux entre 25 et 200 millions de tonnes ; le volume de déchets entraîné dans l’océan Pacifique par le ressac du tsunami reste difficile à apprécier mais il est considérable. La plus grosse nappe de débris observée dans l’océan Pacifique au mois d’avril mesurait plus de 100 km de long et avait une superficie de 200 km² selon les observations de l’US Navy. Les modélisations courantologiques (1) et les observations mettent en évidence que tout le Pacifique Nord sera impacté par la marée de déchets sur le long terme.

Bien avant le tremblement de terre et le tsunami de mars 2011, des zones d’accumulation de déchets flottants étaient clairement identifiées à l’est et à l’ouest de l’océan Pacifique Nord. Les baleines sont confrontées à cause du tsunami à un flux supplémentaire et soudain de déchets flottants ou immergés. L’US Marine Mammal Commission estimait en 2001 après avoir synthétisé la bibliographie scientifique que 43% des mammifères marins dans l’océan mondial sont affectés par l’ingestion de déchets ou l’enchevêtrement dans des engins de pêche abandonnés, cordages et autres pièges(2). Les déchets océaniques sont susceptibles d’être ingérés par les mammifères marins. Certains d’entre eux mais aussi les oiseaux de mer et les poissons sont leurrés par les formes diverses des déchets de plastique ressemblant à du plancton pour les fragments ou particules ou à des céphalopodes pour les sachets, bâches et emballages. A titre d’exemple, en 2008, un cachalot échoué sur la côte californienne avait dans son estomac 205 kg de filets de pêche et d’autres déchets plastique(3). Les déchets de plastique ont la capacité d’adsorber les particules de polluants chimiques et radioactifs et de contribuer ainsi à la contamination interne des baleines. L’ingestion de déchets entraîne aussi des suffocations, des occlusions intestinales, des pertes d’appétence et de mobilité et enfin la mort. Cet impact est difficile à estimer car les cétacés après leur mort coulent au fond de la mer ou ne sont pas systématiquement autopsiés lorsqu’ils s’échouent.

La marée des déchets post-tsunami va libérer dans le milieu marin des résidus de médicaments et de pesticides, des adjuvants toxiques comme les phtalates et les bisphénols, et persistants comme les composés bromés et les PCB sans oublier les hydrocarbures et les métaux lourds. Les déchets flottants et immergés sont un vecteur important de diffusion dans l’environnement marin de flux toxiques et de la contamination globale des chaînes alimentaires marines. Avant la catastrophe de mars 2011, la viande de baleine et de dauphin mise sur le marché japonais contenait déjà des taux inquiétants en mercure et en cadmium et la viande de petits rorquals sur le marché japonais était contaminée par des composés bromés au point qu’elle était susceptible d’exposer les consommateurs à des risques sanitaires.

La région côtière dévastée par le tsunami était l’une des plus actives du Japon dans le domaine de la pêche ; plus de 20.000 bateaux ont été détruits de même que des coopératives de pêche et des kilomètres de quais. L’arrivée massive d’engins pêchant hors de contrôle dans l’océan Pacifique Nord est une calamité sous-estimée. Les captures de baleines franches par des filets fantôme sont une des causes principales de leur inscription au statut d’espèce menacée d’extinction. Il arrive aussi aux baleines de tracter sur de longues distances des filets jusqu’à l’épuisement. Dans certaines zones du Pacifique Nord, il a été estimé que jusqu’à 78% des baleines à bosse présentent des cicatrices provoquées par des filets de pêche(4).

Robin des Bois souhaite que les Etats membres de la Commission Baleinière Internationale mandatent son Comité Scientifique pour suivre, sur le long terme, au moyen de méthodes non létales, toutes les conséquences du tsunami sur les populations de baleines du Pacifique Nord.

Les pêcheurs japonais ont dénoncé au début du mois d’avril 2011 « l’impardonnable » rejet volontaire d’eau contaminée dans l’océan Pacifique depuis les réacteurs accidentés de Fukushima. A cette époque, Robin des Bois a exprimé sa solidarité avec les pêcheurs japonais.

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(1) International Pacific Research Center
http://iprc.soest.hawaii.edu/news/press_releases/2011/maximenko_tsunami_debris.pdf

NOAA http://marinedebris.noaa.gov/info/japanfaqs.html#1

(2) Marine Mammal Commission, 2001. Annual Report to Congress, 2000. Marine Mammal Commission, Bethesda, Maryland.

(3) « A Sea of Debris: The Growing Threat of Pollution to Marine Mammals”. The Marine Mammal Center (2008).

(4) Neilson, Janet L. Humpback Whale (Megaptera Novaeangliae) Entanglement in Fishing Gear in Northern Southeastern Alaska. Thesis. University of Alaska Fairbanks, 2006.

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