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Smog sur Port 2000

Objet : le Havre. Port 2000
Visite ce jour de M. le Ministre des Transports et de l’Equipement.

 

Le mois d’août a été catastrophique pour les promoteurs de l’extension du port du Havre sur le domaine maritime de l’estuaire de la Seine. Les rallonges financières, les soutiens politiques et le marketing ne suffisent plus à maintenir l’illusion que Port 2000 se déroule bien.

Le 4 août à 23h30, une bombe Tall Boy de 5 tonnes a été mise à jour par une drague pendant le creusement du chenal d’accès, dans une zone certifiée déminée. La plus grosse munition jamais utilisée par les Alliés pendant la dernière guerre a été transportée en mer et abandonnée par la Marine Nationale dans une décharge sous-marine. Sans information auprès des usagers du port, des habitants de l’agglomération et sans périmètre de sécurité. L’imprévoyance voire l’illégalité règnent sur le déminage en mer et à terre.

Le 6 août, dans la nuit, 280 mètres de quai en cours de construction ont été déformés à la suite d’une entrée d’eau massive dont les causes ne sont pas encore définies. Les conséquences, elles, sont claires. Toute la section de 280 m de long et 25 m de haut doit être retirée et remplacée. Les travaux seront difficiles en termes de sécurité pour les intervenants, incertains pour les délais et pour les surcoûts.
Ces deux informations ont fait l’objet de rétention d’information des autorités portuaires et de la préfecture.

Le projet Port 2000 est un gouffre financier. L’argent manque désormais pour le financement des dessertes routières et ferroviaires. Environ 29 millions d’euros de crédits d’Etat affectés au réaménagement de la RN12 devraient faire l’objet d’un  » redéploiement pragmatique  » pour pallier aux insuffisances budgétaires. Les surcoûts liés aux opérations de déminage, de dragage, de génie civil, aux litiges avec les entreprises sont totalement occultés, à croire que le Port Autonome du Havre bénéficie de machines à fabriquer les billets.

La sécurité de l’accès maritime à Port 2000 et de son plan d’eau n’est pas garantie. Elle s’appuie sur des évaluations sommaires et forcément apaisantes face à la modification des courants, de la houle et du gigantisme des porte-conteneurs. Les risques majeurs générés par la proximité des stockages pétroliers stratégiques de la CIM et de plusieurs autres usines Seveso de la zone ne sont pas maîtrisés, pas même inventoriés. Malgré l’installation de commissions et sous-commissions, les informations sur le déroulement du chantier et ses conséquences sur les ressources naturelles de l’estuaire sont tragiquement insuffisantes.

Ce projet est bâclé. Il évoque une autre obsession corporatiste et gouvernementale, celle, il y a 20 ans, de l’aéroport de la base Dumont d’Urville en Antarctique. A grands frais et à grands dégâts écologiques, il a été en partie construit et s’est rapidement effondré. Pas un seul avion n’y a jamais atterri.

Une mission pluridisciplinaire devrait être installée par le gouvernement en vue de vérifier la validité technique, financière et environnementale du projet Port 2000. En ce qui concerne les risques industriels, son principe à la demande de Robin des Bois, est déjà acquis par le Ministère de l’Ecologie, mais son application est toujours différée. Gageons que M. le Ministre ne s’engagera pas sur ce terrain accidenté.