Saint-Denis : un grand stade sur un terrain miné ?

21 sept. 1993

La Baule – 21 et 22 Septembre 1993
Contribution de Robin des Bois aux 2ème Assises Nationales des Déchets Industriels

 

A Saint-Denis, dans la banlieue nord de Paris, le site pressenti pour la construction du grand stade de la coupe du monde de football de 1998, est une friche industrielle où Gaz de France exploitait jusqu’en 1950 une des usines à gaz les plus importantes de l’agglomération parisienne.

A Nantes, en décembre 1990, le chantier de construction d’un immeuble résidentiel a fait une découverte d’archéologie industrielle, encombrante et fort coûteuse. L’une des premières pelleteuses arrivées sur le site plongeait son godet dans des cuves dont la présence avait été oubliée et qui contenaient des résidus de distillation de la houille, matière première des usines à gaz de la première moitié du siècle.

11 mois de travaux ont été nécessaires pour extraire du sous-sol 1130 tonnes de déchets liquides phénolés, cyanurés et benzéniques, 337 tonnes de goudrons, 544 tonnes de gravats et 200 m3 de sciures contaminées.

Aujourd’hui, 8 millions de francs ont été dépensés alors que le site est dépollué à 80 %. Les travaux de la résidence les Hauts de Talensac ont repris. La dépollution du site de l’allée des Tanneurs a en outre démontré l’insuffisance du réseau français d’élimination des déchets puisqu’une partie des résidus a dû être « provisoirement » stockée dans des wagons-citernes ou dans des classe I.

Pire. Après l’alerte de Nantes, Gaz de France a été invité par le Ministère de l’Environnement à dresser la liste des anciens sites d’usines à gaz. On en est aujourd’hui à plus de 740.

A Vire et à Dinard, d’autres découvertes viennent d’avoir lieu. Le site du Cornillon sur la Plaine Saint Denis appartient aujourd’hui à la ville de Paris. Avant toute transaction ou cession, c’est juridiquement à elle que revient le devoir de faire les investigations nécessaires à la localisation, à la quantification et à l’élimination des résidus.
A quelques kilomètres de la Plaine Saint Denis, à Gonesse, les travaux de jonction entre l’autoroute A1 et la départementale 125 sont bloqués depuis plus d’un an par la mise à jour d’une ancestrale et gigantesque décharge d’hydrocarbures et d’huiles.

A la Plaine Saint Denis, on ne sait rien sur les résidus de l’usine à gaz. On déclare seulement savoir que les stockages de charbon étaient sur la partie nord du site.

Selon Gaz de France, il n’y aurait rien à craindre si, sur les sites d’anciennes usines à gaz, étaient implantés des bâtiments sans fondations – supermarché, hangars – ou des parkings.
Destiné éventuellement à l’un des plus grands stades du monde, le terrain de Saint-Denis est miné et étant donné l’impérative maîtrise des délais, le gouvernement aurait tort en l’occurrence de s’y aventurer.

 

 

 

 

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