Quelle retenue ?

9 mars 2004

Objet : les vases du canal de retenue – Cherbourg

 

Creusé en 1777 pour collecter les eaux de la Divette et du Trottebecq, le canal de retenue de Cherbourg n’a pas été dragué depuis 1940. Les pollutions bactériologiques métalliques et chimiques (arsenic, cadmium, nickel cuivre, plomb, mercure et hydrocarbures, fluor et PCB) sont significatives. Il est aussi probable que les 65.000 t de vases historiques stockées dans le canal recèlent une pollution pyrotechnique. Dans le cadre du réaménagement du quartier des Bassins, il avait été initialement prévu d’immerger ces vases au large de Fermanville. De vigoureuses protestations émises par Robin des Bois et l’opinion publique ont amené le maître d’ouvrage – la communauté Urbaine de Cherbourg – à changer d’option sans renoncer au projet de comblement partiel du canal et de réaménagement du quartier.

Le cabinet d’expertise In Vivo qui accompagnait la CUC dans cette démarche d’immersion disait en 1999 dans le dossier d’enquête publique que les solutions alternatives à terre entraîneraient des coûts non négligeables de fonctionnement avec la récupération des rejets liquides visant à éviter la contamination des nappes phréatiques. Pour la réalisation de casiers étanches terrestres, la tutelle des services de l’Etat est obligatoire, de même qu’une nouvelle enquête publique. Il s’agit en effet de mettre en sécurité in situ 65.000 tonnes de déchets municipaux et donc d’ouvrir un centre de stockage agréé en centre-ville. Une autre voie de régularisation administrative serait de considérer cette décharge de produits pâteux comme un site potentiellement pollué et de réaliser une Étude Détaillée des Risques avec validation administrative des options de réhabilitation et de mise en sécurité proposées par le pétitionnaire et ses experts en environnement et en risques sanitaires, s’ils existent.

C’est pourtant dans la plus grande discrétion que le maître d’ouvrage et son maître d’oeuvre, une entreprise de travaux publics de la région nantaise, s’apprêteraient à déplacer une partie des vases, à construire 2 digues et à élaborer une plate-forme pour la SNCF. La discrétion serait perturbée par les dégagements de méthane et de gaz sulfurés (in « Étude d’incidence de l’immersion des déblais de dragage du canal de retenue – quartier des Bassins – Cherbourg » janvier 1999), et les déclenchements intempestifs d’engins de guerre non détectés; plus tard les défaillances de stabilité des lignes ferroviaires et les pollutions des nappes d’eau souterraines sont à redouter. L’espace vert réservé aux Cherbourgeois dans le quartier réaménagé risque de sentir les composés organiques volatiles et autres sous-produits de dégradation des hydrocarbures.

La décision de ne pas immerger les boues du canal de retenue, pas plus que celles du bassin du commerce du port de Cherbourg, est positive. Mais les alternatives à terre doivent être élaborées dans un cadre juridique et environnemental strict, que ce soit pour les boues du canal de retenue ou celles du bassin du commerce avec lesquelles il est envisagé de créer des terre-pleins dans l’emprise portuaire. Les responsables des travaux de voirie de la Communauté Urbaine de Cherbourg se refusent à tout commentaire à ce sujet.

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