Quand la décrue viendra

6 févr. 2018

Les crues modernes sont des sources de pollutions et de déferlement de déchets. C’est au moment de la décrue que les contaminations notamment par hydrocarbures seront mises au jour et que les déchets seront déstockés des caves, des habitations, des sols et sous-sols commerciaux et industriels. Une inondation produit l’équivalent de 3 à 15 années de déchets de routine.

Il convient donc dès maintenant que les communes, communautés de communes et syndicats de traitement des déchets s’organisent pour trier sommairement et traiter le flux exceptionnel de déchets à venir.
Parmi les mesures urgentes, il faut mobiliser les bennes à déchets, pré-désigner leur positionnement sur le domaine public, pré-désigner des sites temporaires de regroupement des déchets d’inondation (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement rubrique 2719) et contacter les éco-organismes qui ont l’obligation de reprise des Déchets d’Équipement Électriques et Électroniques, des Déchets d’Éléments d’Ameublement et des Déchets Diffus Spécifiques (phytosanitaires, produits de bricolage …). Il est aussi nécessaire de faire l’inventaire des activités commerciales et industrielles susceptibles de produire des déchets d’inondation toxiques comme les garages, les stations-service, les supermarchés et les pharmacies et de se préparer à leur traitement prioritaire.
En 2017, Robin des Bois avec le GEIDE post-catastrophe a dressé un bilan de l’épisode des crues de mai-juin 2016 qui permet de mesurer et d’analyser la préparation et l’impréparation aux aléas climatiques. (1)

Entre les crues, les maires doivent user de leur pouvoir de police et de surveillance pour repérer, résorber les dépôts sauvages sur les berges et sanctionner les particuliers, les artisans, les gens du voyage qui bennent leurs déchets au fond des chemins et au bord des rivières.
Les maires et leurs services techniques doivent aussi en liaison avec le Ministère de l’écologie et les historiens locaux retrouver et résorber toutes les décharges oubliées au bord des cours d’eau et sur le littoral qui risquent d’être « débourrées » c’est-à-dire éventrées par les inondations et les submersions et de répandre dans les bassins versants et en mer des milliers de tonnes de déchets divers.(2)

Les grandes crues de la Seine à Paris et dans le bassin versant de la Seine sont courantes en janvier et en février. La première crue mémorisée remonte à février 583 (3) et la plus connue est celle de janvier/février 1910. Ceux qui attribuent au réchauffement climatique une crue de la Seine en hiver ont mauvaise mémoire. L’urbanisation anarchique, l’imperméabilisation des sols naturels ou agricoles et la destruction des forêts sont les causes de l’aggravation des dommages sociaux, environnementaux et économiques provoqués par les inondations.

(1) http://www.robindesbois.org/inondat-nec-soucitur/
(2) Voir à ce sujet « Que sont-elles devenues ? », 15 décembre 2016
http://www.robindesbois.org/que-sont-elles-devenues/
(3) Champion M., « Les inondations en France depuis le VIè siècle jusqu’à nos jours », Paris Victor Dalmont éditeur,1858.

Voir aussi :
Inondat Nec Soucitur – n°2, 25 janvier 2018

 

 

 

 

 

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