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Pour un paquet Concordia I

Costa Concordia – Communiqué n°4

Demain samedi 26 mai, aura lieu à Marseille le baptême du MSC Divina, la nouvelle arme de destruction massive de l’industrie de la croisière. Destruction du plaisir d’être en mer, destruction de l’environnement, destruction des paysages et destruction de la dignité humaine. Ces transports de troupes touristiques sont comme les porte-conteneurs géants les outils de la mondialisation et de la massification. Sophia Loren sera la marraine du MSC Divina. C’est peut-être son meilleur cachet mais ce n’est pas son meilleur film.

Pour Robin des Bois, le MSC Divina, c’est l’enfer et le cynisme des croisiéristes qui à Marseille sablent le champagne et claironnent leur optimisme alors qu’à 500 km de là l’épave du Costa Concordia n’a pas encore rendu tous les corps des naufragés et pollue l’île de Giglio.

Après le naufrage du Costa Concordia, MSC Croisières et Costa Croisières ont adopté des mesures pour enrayer la chute des réservations. Les deux compagnies se sont alignées sur la stratégie de la grande distribution, offres spéciales, une place gratuite pour les enfants, partez à deux pour le prix d’un, et en prime 30% de gilets de sauvetage en plus. On ne plaisante pas sur la sécurité à bord d’un monstre embarquant près de 5.000 victimes potentielles, 3.502 passagers et 1.370 membres d’équipage dont la quasi totalité n’a pas de compétences nautiques. Il ne faut pas confondre marins et employés de commerce ou d’hôtellerie recrutés un peu partout dans le monde – sauf en Europe, ça coûte trop cher – et surexploités.

Des inquiétudes et des critiques sévères accompagnent cette croissance incontrôlée du tourisme maritime où le clinquant masque le flippant, à savoir les difficultés extrêmes et non résolues à ce jour d’évacuation de 5.000 à 8.000 personnes prises dans un incendie, dans une tempête, une collision ou un attentat. Les toboggans d’évacuation équipant le MSC Divina et « débitant » un passager toutes les 7 secondes dans un vaste radeau de la Méduse n’apaisent pas les inquiétudes. Au contraire.

Les préfets et autorités maritimes, les sauveteurs en mer, des ONG dans les ports d’escale, des ministres et des élus élèvent la voix. En Allemagne le Ministre des Transports vient de poser la question majeure : « Où va mener cette mégalomanie ? Il y a des croisières avec 8.000 personnes à bord, des projets pour 10.000. Plus il y a de personnes à bord, plus grand est le danger. Chacun a en mémoire l’histoire de la Tour de Babel. On sait comment ça s’est terminé ».

La Conférence des Régions Périphériques Maritimes d’Europe – son siège est à Rennes – a exprimé à l’occasion de sa dernière réunion les 12 et 13 avril 2012 sur l’île même de Giglio plusieurs recommandations au sujet du gigantisme des navires de croisières. L’une d’entre elles est d’interdire ou de limiter les incursions des navires géants dans les zones dangereuses pour la navigation et à proximité des environnements naturels et fragiles et protégés. La Conférence dit que la tendance au gigantisme pose des problématiques particulières dans les procédures de remorquage, de sauvetage et d’évacuation et souhaite que des réponses soient apportées dans des délais rapprochés au niveau national, international et européen.

L’Union Européenne entreprend une démarche de refonte de la directive de mai 2009 sur les règles et normes de sécurité pour les navires à passagers et en octobre 2012 se tiendra une conférence interministérielle sur la mer, sous la présidence de Chypre.

Ces deux occasions doivent être saisies pour étudier et ficeler un paquet réglementaire Concordia I à l’image et à la suite des paquets réglementaires Erika.