Port 2000 est à quai

10 juin 2002

Port 2000 ne décolle pas. Le report des opérations de dragage et de terrassement immobilise sur le site des équipements lourds arrivés en urgence l’année dernière. Au cours d’une réunion tenue en avril 2002 au Port Autonome du Havre, le principe proposé par Robin des Bois d’une information régulière sur l’état d’avancement du chantier a été accepté. Le Port Autonome du Havre devrait donc diffuser publiquement des rapports d’étape dans le cadre de réunions organisées par la Maison de l’Estuaire.

– Lancé en octobre 2000, le chantier maritime de déminage / débombage du projet d’extension du Port Autonome du Havre  » Port 2000  » devait être terminé en septembre-octobre 2001 puis en avril 2002 selon les déclarations successives devant le Conseil d’Etat. Au mois d’avril, les équipes de déminage sont effectivement parties mais elles sont revenues en mai. Le nouveau chantier porte sur les abords des anciennes canalisations industrielles et des futurs musoirs, dans des zones où pourtant  » l’achèvement des opérations de déminage et de débombage  » a été attesté par le Préfet Maritime en janvier 2002.

– Mais l’improvisation du Port Autonome du Havre face aux risques industriels et pyrotechniques paralyse le chantier dans un autre secteur crucial : le creusement à terre des nouvelles darses. Les travaux de terrassement sont reportés depuis 4 mois. La dragline du plan Marshall et la dragline rapatriée de Patagonie sont immobiles depuis leur arrivée sur site. La zone où il est projeté d’extraire 18 millions de tonnes de matériaux est située à 400 m des bacs pétroliers. Maritime en 1944, elle a été bombardée, puis remblayée dans les années 70 par des déchets et des boues de dragages du port. La détection des munitions sur le périmètre terrestre aurait du être effectuée bien avant l’arrivée des hommes et des machines, mais elle est en cours. L’INERIS a été mandaté en urgence pour délivrer un avis qui devait intervenir fin mai. En attendant, les assureurs refusent de garantir l’exécution des travaux de terrassement, conformément à l’ordonnance du Conseil d’Etat.

– Depuis mars, il est procédé au sud des stockages de la CIM à l’enlèvement partiel des émissaires ayant servi au rejet en mer des déchets liquides de Millenium ex-Thann et Mulhouse (1800m) et d’Hydro Agri France ex Cofaz (2 km). Pour ce dernier site il est attesté que certaines pièces métalliques étaient au moment du démantèlement faiblement radioactives, dont des canalisations. Il s’avère d’autre part que les minerais utilisés par les usines productrices de dioxyde de titane peuvent aussi dans le cours du process industriel concentrer des tartes ou autres dépôts radioactifs. En conséquence, il est particulièrement inquiétant de constater que ces tuyaux, sans avoir fait l’objet d’un diagnostic radiologique ou chimique connu du public, sont depuis quelques semaines regroupés dans une décharge sous-marine dénuée de fondement juridique, au pied de la digue de protection des stockages pétroliers de la CIM (photos disponibles). Ou bien, ces canalisations sont indemnes de toute contamination et elles doivent être récupérées conformément à la législation en vigueur qui interdit l’abandon de tous les déchets recyclables, ou bien elles sont contaminées et elles doivent être ramenées à terre et faire l’objet d’un stockage ou d’un traitement particulier.

– A la suite d’une information diffusée par Robin des Bois en février 2002, le PAH a reconnu qu’en novembre 2001 plusieurs personnes avaient été incommodées ou intoxiquées par des dégagements gazeux, suite aux premiers creusements nécessaires à l’extension du Centre Roulier. L’interruption des travaux, consécutive à  » l’oubli  » d’une décharge sauvage analogue dans le principe à celle mise à jour en l’an 2000 par Robin des Bois dans la réserve naturelle, à permis la colonisation de la chambre de dépôts par des oiseaux rares et protégés par la loi. Les sédiments à draguer contiennent notamment des PCB. L’absence de carottages sur l’ensemble de la zone suspecte et l’inexistence d’une étude historique empêchent à notre sens la reprise des travaux pour la fin du mois de juillet. L’émancipation des jeunes avocettes est évidemment une priorité. Mais ce n’est pas, loin de là, la seule. Il s’agit en effet de bien connaître les sédiments à draguer et de mettre au point un protocole de dragage garantissant l’innocuité sanitaire pour les opérateurs et pour les usagers du centre roulier et du terminal de l’Océan. Initialement les travaux étaient prévus en hiver en vue de réduire l’impact sur l’équilibre biologique du Grand Canal. Le Grand Canal qui servira d’exutoire aux eaux et aux polluants de décantation de la chambre de dépôt prévue pour 450.000 tonnes de déblais de dragage.

– Rien n’a été dit pendant le grand débat public et l’enquête publique sur les éventuelles épaves enfouies dans l’emprise de  » Port 2000 « . Le dossier a fait une référence discrète au patrimoine archéologique. Selon une note des affaires culturelles de Haute-Normandie, il n’existe pas de patrimoine archéologique connu dans la zone estuarienne. Or, de nombreux naufrages ont eu lieu sur le secteur de  » Port 2000 « . En 1670, le Rouen, un vaisseau de guerre construit au Havre et servi par 70 canons et 280 hommes d’équipage a fait naufrage en vue de la pointe du Hoc. Selon l’historiographe officiel de la Marine, le Rouen aurait été renfloué. Selon les chroniqueurs havrais, tout a été perdu. La perte du Rouen fût très sensible au Roi et à Colbert. En conséquence, plutôt que  » la surveillance légère des rejets de sédiments  » préconisé par le conservateur régional de l’archéologie, Robin des Bois recommande la présence permanente d’archéologues sur site et un dispositif d’alerte et de précaution au cas où les excavations et dragages dévoileraient des vestiges historiques.

 

 

canalisation-port-2000RobindesBoisCanalisations radioactives abandonnées dans les remblais de Port 2000. Photo Robin des Bois

 

 

 

 

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