Pêche à pied : 108, 112, 116, les coefficients du déferlement

25 août 2011

A l’occasion des prochaines grandes marées de fin août et fin septembre, les pêcheurs à pied vont déferler sur l’estran. 1,8 million de français pratiquent la pêche à pied (1). Le temps d’une marée basse, ils vont chasser, dénicher, cueillir, défouir coquillages et crustacés. Les espèces préférées sont les étrilles, les tourteaux, les crevettes, les moules, les bigorneaux, les huitres, les ormeaux et les bulots sur les estrans rocheux et les palourdes, les coques, les praires et les couteaux sur les estrans sableux. Considérée comme une aubaine parce qu’elle est gratuite et comme un droit inné et intouchable, la pêche à pied coûte très cher à la biodiversité.

L’estran est un écosystème unique de transition entre la terre et la mer. Des organismes non marins y sont inféodés ; un inventaire pionnier a mis en évidence sur l’estran de Haute-Normandie plus de 50 espèces d’invertébrés (coléoptères, araignées …) (2). La laisse de mer est une ressource alimentaire pour les mollusques, les insectes détritiphages et les oiseaux. Sur les blocs rocheux intertidaux de l’estran de l’île d’Oléron, un inventaire préliminaire a dénombré 307 espèces (3). Le retournement d’une pierre détruit jusqu’à 70% de la biodiversité.

La pêche à pied dégrade le milieu naturel par le piétinement, le déplacement des cailloux et l’emploi de techniques et d’outils non sélectifs et parfois interdits. Les anémones de mer, les herbiers de zostères, les colonies d’hermelles sont laminés. Le labourage des sables modifie la sédimentologie. Les oiseaux sont dérangés. Les rejets de surplus ou d’espèces non comestibles en haut de plage à la fin de la partie de pêche sont fréquents. Les vigies du littoral constatent qu’après les marées de forts coefficients, les estrans ressemblent à des champs de bataille.

Les risques sanitaires sont oubliés. Les interdictions de pêche et de ramassage des coquillages pour cause d’insalubrité due à la contamination bactériologique par des Escherichia Coli ou pour cause de prolifération de phytoplanctons toxiques et de contamination chimique sont méconnues voir dissimulées (4).

Rares sont les bassiers, pêcheurs de marée basse, qui connaissent les réglementations quand elles existent. Les enquêtes menées en Vendée et en Charente-Maritime montrent que la quasi totalité des pêcheurs présentent dans leurs paniers des individus hors maille (5).

La pêche à pied se développe en même temps que les populations sur le littoral et fait depuis quelques années l’objet de voyages organisés par des tours opérateurs. Cette gabegie se déroule sur le Domaine Public Maritime. Les services de l’Etat et les collectivités locales sont impuissants à protéger l’estran. L’alerte de Robin des Bois dans le cadre du Grenelle de la Mer a reçu des échos timorés, le risque « d’émeute sociale » serait avéré si des mesures contraignantes étaient prises. Si les bassiers pêchent à pied, ils votent avec leurs mains. Pourtant, l’extension des zones de repos biologique, l’affichage clair des interdictions sanitaires, une réglementation stricte et des sanctions fortes appliquées par des agents assermentés sont indispensables.

Robin des Bois encourage les familles et notamment les enfants à ne plus participer au pillage de l’estran et de la mer.

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(1) Etude BVA/Ifremer 2007
(2) http://www.gretia.org/estrans-bn.html
(3) Laboratoire Lienss UMR 6250 CNRS/Université de la Rochelle.
(4) A titre d’exemple, en Normandie, les tourteaux et les étrilles sont interdits de pêche sur le littoral et en mer entre Houlgate et Fécamp par du 29 juillet 2011 à cause du taux trop élevé de PCB (cf http://robindesbois.org/PCB/PCB_peche/restrictions_peche.html). En Bretagne, le préfet du Finistère a rappelé début août que l’estran de la baie de Douarnenez reste interdit de pêche à tous les coquillages en raison de la présence de toxines lipophiles et que l’interdiction touchant les pétoncles est maintenue dans le secteur Concarneau large – Glénan en raison de la présence de toxines amnésiantes de pseudo-nitzschia. En Loire-Atlantique, la pêche à pied de tous les coquillages est interdite sur les Barres de Pen Bron pour contamination bactériologique.
(5) – IODDE – Rapport de diagnostic « Pêche à Pied » – Parc Naturel Marin – avril 2011.
– Etude de l’activité de pêche à pied de loisir sur les estrans du Parc naturel marin d’Iroise. AAMP/IUEM-UBO. Julien Courtel. Sept 2010.

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