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PCB sans frontières

Au 30 juin 2002, l’inventaire des PCB dans la région Rhône-Alpes était d’un peu plus de 3.000 t réparties dans 52.994 transformateurs et condensateurs électriques (voir le communiqué de Robin des Bois en date du 30 septembre 2002 : « 33.462 tonnes de pyralène dans les préfectures » [1]). Le plan d’élimination a été soumis au public à la fin de l’année 2002 par le biais d’une consultation confidentielle ouverte dans chaque préfecture, sans rapport avec l’enjeu écologique et sanitaire. La possibilité de réaliser une enquête publique dans chaque département a été rejetée. Le « petit matériel PCB » comme les radiateurs à huile, les condensateurs d’électroménager et de voitures a finalement été écarté du plan d’élimination. L’interprétation faite de la directive européenne a été restrictive. Les pouvoirs publics auraient pu intégrer les terres et les sédiments aquatiques pollués aux PCB dans l’inventaire puisque au sens de la directive les PCB devant être éliminés comprennent « tout mélange dont la teneur cumulée en PCB dépasse 0,005 % en poids soit 50 grammes par tonne ».

Aux Etats-Unis, il y a sur la liste des sites pollués prioritaires contaminés aux PCB une centaine de sites aquatiques dont plusieurs sections de l’Hudson River, des zones humides, une enclave dans la baie de New York, une anse des grands lacs ; en France les sites pollués aux PCB ne concernent que les sols. En conséquence sur le Rhône ou les affluents du Rhône comme sur l’ensemble des fleuves, canaux, rivières, lacs et bassins portuaires, les opérations de curage sont considérées comme de simples opérations de voierie et contribuent sans précaution à la remobilisation des sédiments aquatiques contaminés. A titre d’exemple, les courriers de Robin des Bois de décembre 2006 au syndicat intercommunal du bassin versant de la Basse Vallée de l’Ain, au syndicat mixte d’aménagement du bassin de la Bourbre, à la Compagnie Nationale du Rhône demandant des informations précises sur les opérations de curage et les teneurs en polluants des sédiments sont restés sans réponse ou sans réponse précise. En tout état de cause, les PCB ne sont pas analysés préalablement sauf pour l’opération de décolmatage du vieux Rhône sous la responsabilité de la Communauté Urbaine du Grand Lyon.

En ce qui concerne le Rhône, les pluies diluviennes, les crues et les inondations répétées entre 2000 et 2003 sur tout le bassin versant ont aussi contribué au déstockage des sédiments et à la contamination de la flore et de la faune aquatique par les PCB et d’autres polluants comme le mercure et les radionucléides.

Les barrages successifs renforcent aussi le rôle de pièges à polluants et à sédiments. Les vidanges et chasses de barrages contribuent à leur tour à la redistribution des matériaux pollués. A la frontière franco-suisse, le cours du Rhône est obstrué par les barrages de Chancy-Pougny et du Verbois dans la retenue duquel s’accumulent chaque année 400.000 à 500.000 tonnes de sédiments jouant un rôle important dans l’équilibre physico-chimique du Haut-Rhône. Les opérations de chasse du barrage du Verbois sont suspendues depuis 2003. Le lac Léman est un site historique de concentration en mercure et en PCB. La disparition en Suisse des loutres dont le régime alimentaire est piscivore est attribuée à la bioaccumulation dans leurs graisses et dans leur lait des PCB. La quinzaine de barrages sur l’ensemble du cours du Rhône peut jouer un rôle analogue de stockeur et de déstockeur de sédiments contaminés.

En France et en Suisse, les révélations de contamination de barrages se multiplient bien que les investigations écotoxicologiques soient très loin d’être systématiques faute de moyens financiers et de ressources humaines : retenues des barrages de Granjent et de Villerest sur le cours de la Loire contaminées au mercure. La consommation des perches et des sandres est déconseillée. Dans le canton de Fribourg, la pêche est interdite entre les barrages de Rossens et de Schiffenen pour cause de contamination aux PCB.

La pollution des eaux intérieures en France est un problème majeur. La mémorisation des pollutions accidentelles est tombée en ruine. Fait aussi défaut la cartographie des pics de PCB ou d’autres polluants dans les sédiments aquatiques au droit des usines ou activités potentiellement émettrices, au droit des sites pollués et des décharges abandonnées. La pêche est interdite pour cause de contamination aux PCB non seulement dans le Rhône mais aussi dans les étangs de la Haute Vallée de la Somme, la Haute Somme et en Isère dans l’étang des Moutières, la rivière la Jonche et ses affluents. Quand une tonne d’hydrocarbures est rejetée par un cargo dans le golfe de Gascogne, c’est une affaire d’état ; quand une tonne d’hydrocarbures est rejetée dans une rivière, elle se dissout dans l’indifférence générale. Robin des Bois a recensé, entre le 1er janvier 2005 et le 16 août 2007, 46 pollutions aux hydrocarbures dans le bassin du Rhône. Dans ces hydrocarbures peuvent se cacher des huiles PCB. (voir « les relevés des pollutions hydrocarbures dans le bassin du Rhône» [2] et le communiqué « Les marées noires de l’Est » de mai 2003 [3]).

Des dizaines d’entités isolées les unes des autres, voire en conflit, gèrent le lit et les berges des fleuves et les barrages sans se soucier des effets en aval de leurs initiatives désordonnées. Il n’est pas question pour Robin des Bois de suggérer la création d’un Office ou d’un Binz de plus qui n’aurait pas l’autorité et les moyens financiers suffisants. L’objectif est de mettre en réseau tous les intervenants et toutes les compétences, de mettre un commandant dans la cabine de pilotage et d’appliquer une stratégie de gestion tous terrains et toutes saisons du linéaire fluvial. Le Rhône, la Garonne, la Loire, la Somme, la Moselle, la Seine dont l’estuaire est dans un état critique ont impérieusement besoin de cette solidarité de bassin. Ce problème national se prolonge au niveau international, la France dans le cadre des conventions comme la Convention OSPAR pour la protection de l’Atlantique du Nord-Est et la Convention de Barcelone pour la Méditerranée ayant pour obligation de réduire ses pollutions marines d’origine tellurique.