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MSC Zoe, une déroute de la Soie

30 décembre 2018, 3h09 UTC. Le porte-conteneurs sous pavillon panaméen MSC Zoe quitte le port de Sines, Portugal. C’est la première étape européenne de son périple, la seconde est Bremerhaven, Allemagne. Le MSC Zoe est en service sur la « Silk Line » (Route de la Soie) de MSC qui relie en 40 jours Tianjin (1) au nord de la Chine à Rotterdam (Pays-Bas) via Gwangyang (Corée du Sud), Shanghai, Ningbo et Yantian (Chine), Tanjung Pelepas (Malaisie), Suez (Égypte), Sines (Portugal), Bremerhaven (Allemagne) et Gdansk (Pologne).

Construit par le chantier sud-coréen Daewoo à Okpo, le MSC Zoe, 395,5 m de longueur, peut emporter 19.224 conteneurs de 20 pieds (EVP). Au moment de son baptême à Hambourg en 2015, c’est le plus gros porte-conteneurs au monde en termes de capacité avec ses sisterships MSC Oscar et MSC Oliver. Il a été nommé en l’honneur de la petite fille de Gianluigi Aponte, le fondateur de la Mediterranean Shipping Company.

Dans la nuit du 1er au 2 janvier 2019, le MSC Zoe se trouve au nord des îles Wadden, un archipel d’îles sablonneuses le long des côtes néerlandaises et allemandes en mer du Nord. Il approche de son but, Bremerhaven est à une centaine de kilomètres. Le vent souffle en rafale, une tempête en mer du Nord comme au mois de janvier. Le MSC Zoe annonce dans un premier temps avoir perdu une vingtaine ou une trentaine de conteneurs. Les autorités maritimes allemandes prennent en charge les opérations de recherches aériennes et maritimes. En réalité 270 conteneurs sont tombés à la mer. Le MSC Zoe, entrepôt flottant géant, transportait un inventaire disparate de matériel électronique, jouets, écrans plats, vêtements, ampoules électriques, chaussures, pièces détachées pour voitures et meubles Ikea. Les conteneurs sont partis à la dérive vers le sud-ouest. Certains ont été repérés en mer, plusieurs dizaines d’autres se sont déjà échoués sur les îles néerlandaises de Terschelling, Ameland et Vlieland et sur la côte allemande. Les curieux, les opportunistes et les pilleurs d’épaves se pressent sur les plages à la découverte des échouages.

Les garde-côtes hollandais et allemands diffusent rapidement des messages d’alerte aux populations. Le MSC Zoe ne transportait pas que des jouets. Il avait aussi embarqué des matières dangereuses et en particulier 4 conteneurs de fûts de peroxyde de dibenzoyle. Ils sont passés par dessus bord. Ce produit chimique est principalement employé dans l’industrie des plastiques. Il est très instable, inflammable et sujet à une décomposition rapide et explosive. Les peroxydes ont des effets irritants ou caustiques sur la peau et sur les muqueuses respiratoires et oculaires. Un des 4 conteneurs a été retrouvé sur la côte allemande; le signalement et les numéros des 3 autres sont diffusés avec des recommandations impératives de ne pas les ouvrir et d’alerter les autorités.

Le Commandement allemand a mis en demeure l’armateur de mettre en œuvre un plan d’évacuation des marchandises échouées sur les plages et de recherches des conteneurs perdus en mer. Leur dérive dans une des autoroutes maritimes les plus fréquentées au monde constitue un risque pour la navigation. Il n’est pas sûr que le cas des conteneurs coulés qui représentent un risque de croche pour les pêcheurs soit pris en compte et qu’une cartographie soit réalisée.

Les porte-conteneurs du 21ème siècle et de la mondialisation sont malades du gigantisme. Ils perdent chaque année dans leurs traversées des dizaines de milliers de colis. Ils dispersent dans leurs sillages des myriades de biens de consommation brutalement transformés en déchets. Ils contribuent à faire des océans et du littoral des décharges sauvages.

Encore une fois, MSC comme son concurrent Maersk (2) va mettre en avant la force majeure et les aléas météorologiques alors que ces accidents pourraient être évités par une réduction de la vitesse, par la mise à l’abri dans des baies refuges, par la pesée exacte des boîtes embarquées. Depuis plus de 20 ans est évoqué par les spécialistes un balisage de chaque conteneur embarqué qui pourrait faciliter la relocalisation en cas de chute à la mer. Ce système est d’année en année repoussé par les chargeurs et les armateurs peu soucieux d’assurer la traçabilité de ce trafic opaque marqué par la précipitation et les fausses déclarations.

(1) Les parcs logistiques du port chinois de Tianjin ont été le théâtre d’explosions et d’incendies en août 2015 (cf. « Tianjin : comme si de rien n’était  [1]»)

(2) A titre d’exemple, le Svendborg Maersk a perdu en 2014 plus de 520 conteneurs entre le raz Blanchard (Normandie), la Pointe du Raz (Bretagne) et le Golfe de Gascogne (cf. « Raz la boîte [2] »)

 

A lire aussi sur les pertes de conteneurs des navires MSC

Matières dangereuses à bord du [3]MSC Flaminia, 31 août 2012
Eviter à tout prix l’immersion du MSC Napoli [4], 11 juillet 2007
Les perd-conteneurs (bis), [5] 19 janvier 2007 (MSC Carla et Rosa M)
MSC ROSA. M – le bateau qui revient de loin, [6] 14 décembre 1997
Cherbourg : un drame de la mer (MSC Rosa) [7], 7 décembre 1997