Les farines couvent, le ministère de l’environnement dort*

31 août 1999

Les feux qui se déclenchent dans les stockages de farines animales issues d’animaux malades (brucellose, furonculose, tuberculose…) et retirées du marché en juin 1996 témoignent de jour en jour du peu de sérieux avec lequel les administrations et notamment celles de l’environnement abordent le sujet.

Elles se montrent en effet incapables d’organiser la résorption du stock et sa répartition au sein de la filière d’élimination des déchets. Elles se montrent aussi impuissantes à assurer le confinement et l’isolement de ces matériaux à risque ainsi que l’information des riverains et des intervenants. A l’origine, il était entendu que ces farines seraient détruites au plus tard en juin 1997.
Hélas, les incendies de Plouisy et de Cléguer près de Lorient, montrent que le délai n’a pas été respecté. Pire, les entrepôts réquisitionnés par l’Etat ne sont pas dotés d’une surveillance humaine constante ou de détecteur thermique. Ils sont envahis par les insectes et les pigeons. Les risques bien connus d’auto-combustion de ces farines à fort pouvoir calorifique ne sont nullement pris en compte ni à l’intérieur, ni à l’extérieur; au point que des fosses ont dû être construites à la hâte autour de l’entrepôt de Plouisy afin de collecter les éventuelles eaux d’extinction; au point qu’un des hangars de répartition des farines de Plouisy se situe au bord d’une rivière. Il est aujourd’hui victime à son tour d’un incendie.

D’autres stockages tampons, avant des incinérations hypothétiques dans des cimenteries et autres installations thermiques, sont tout aussi précaires et dispersés à travers le territoire. Les conditions de travail des chauffeurs routiers, des conducteurs de pelles mécaniques et des pompiers à l’intérieur des hangars sont mauvaises: aucune protection physique ou respiratoire.

Deux études récentes produites par le ministère de l’agriculture et des scientifiques anglais viennent de conclure à la possibilité de transmission des agents infectieux de l’ESB (Encéphalopathie Spongiforme Bovine) par des poussières de farines animales. Les mêmes sources évaluent à 1 % de ces stocks les farines issues de bovins porteurs de l’ESB sans que les symptômes de la maladie se soient déclarés. A l’aune de cette évaluation, les farines animales stockées à Plouisy et évacuées en partie dans l’improvisation totale compteraient 400 tonnes de farines d’animaux victimes de « la maladie de la vache folle ».

Dans ces conditions et étant donné que les voies de migration et de transmission de l’ESB aux autres animaux et à l’homme sont mal connues et toutes envisagées, le bricolage ou l’indifférence dont font preuve les pouvoirs publics et le ministère de l’environnement sont consternants. Il est prioritaire d’établir un plan d’urgence cohérent pour l’élimination des stocks existants et des farines « fraîches ». Les incinérateurs dédiés sont une des voies à privilégier à condition qu’ils ne soient pas exclusivement aux mains des équarrisseurs et de da filière agro-alimentaire dont l’opacité n’a rien à envier à la filière nucléaire.

 

*Le ministère de l’environnement s’est réveillé le 2 août : une cellule de crise a été constituée.

 

 

 

 

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