Les déchets nucléaires sont sous le paillasson*

5 juil. 1998

Les déchets de haute activité et à vie longue sont provisoirement entreposés dans l’enceinte de l’usine de retraitement de la Hague. Cette décharge interne, dans des bâtiments de surface, s’éternise dangereusement ; à cause des tergiversations pour ce qui concerne les déchets français et de l’incapacité technique et politique des pays étrangers à reprendre leurs déchets. Cette situation est contraire à l’objectif fondamental assigné au stockage des déchets de ce type, qui est de protéger les personnes et l’environnement à court terme et à long terme et dans toutes les situations prévisibles.

Parmi les voies de recherche, le stockage géologique profond offre des perspectives plausibles de réduction voire d’élimination des risques d’intrusion humaine. La cohésion des barrières actives – matrice de verre, emballages, ouvrage de confinement à l’intérieur des galeries – et de la barrière passive constituée par le milieu géologique naturel est susceptible de remplir les critères des règles fondamentales de sûreté.

Le coût global de 3 laboratoires de recherche sur la faisabilité du stockage profond des déchets nucléaires est à la hauteur du coût de construction d’un réacteur nucléaire. Ils seront financés par des provisions spécifiques d’EDF et de la Cogema qui gèrent 55 réacteurs de puissance et les combustibles irradiés. Différer le lancement du programme de recherches géologiques, c’est prendre le risque que ces provisions soient employées à d’autres usages ou que la disparition ou la restructuration des entreprises responsables rendent les déchets orphelins et dégagés de toute tutelle financière, administrative ou juridique. Leur potentiel de nuisance et leur extraordinaire rémanence appellent une prise en compte et une prise en main immédiates.

Les stockages de surface et de subsurface ou « près de la surface » évoqués depuis des années ou quelques mois par des experts du Commissariat à l’Energie Atomique, des experts indépendants, ou des animateurs du parti écologiste des Verts ne correspondent à aucun concept pratique et ne constituent en tout état de cause qu’un aveu d’impuissance, exposant les populations, les gardiens de site et l’environnement, aux risques de malveillance et de perte de confinement des colis radioactifs. La mise en attente de certains gisements, en vue de la valorisation, assimile les déchets nucléaires de haute activité à des ordures ménagères. Les déchets nucléaires de haute activité sont des déchets ultimes. Prétendre qu’un jour, on pourra en extraire des fractions valorisables utiles à l’économie ou à l’humanité relève du fantasme de spéculateurs boursiers peu avertis des dangers actuels de la deuxième fusion des ferrailles faiblement radioactives.

Les recherches concrètes sur le stockage profond des déchets nucléaires de haute activité sont les seules, qui puissent répondre à une gestion de sûreté et de proximité des déchets nucléaires, les seules qui puissent engager la responsabilité pleine et entière des producteurs, non seulement EDF et Cogema mais aussi l’ensemble des utilisateurs d’énergie électrique. Toutes les autres options d’attente peuvent ouvrir la voie à des exportations dans l’espace, dans les sédiments marins, ou dans d’autres pays désignés par la France, suite à un accord bilatéral ou international. En France, il est interdit de par la loi de stocker les déchets nucléaires étrangers mais aucune loi nationale ou convention internationale n’interdit d’exporter les déchets nucléaires d’origine française.

Retarder le déclenchement de ces recherches et la mise au point du concept de stockage profond, c’est négliger le principe de précaution et augmenter les risques pour les générations futures où qu’elles soient et quelles qu’elles soient d’être physiquement confrontées aux déchets et aux inconséquences de ceux qui les produisent.

Informations complémentaires :
– La loi du 30 décembre 1991 relative à la gestion des déchets radioactifs de haute activité et à vie longue est la résultante démocratique adoptée à une très large majorité de l’Assemblée Nationale, d’une réflexion collective mise en œuvre par l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques. Cette loi de médiation succédait à la suspension des forages expérimentaux menés par l’ANDRA qui suscitèrent en 1988 et 1989 des oppositions locales virulentes et des signes de rejets. Elle ouvre la voie à 3 axes de recherche : – Les laboratoires de profondeur (au moins 250 mètres) – La transmutation, sorte de retraitement poussé, ayant vocation à réduire la radiotoxicité des déchets et le temps de nuisance – Les stockages « intérimaires » de surface ou à « proximité de la surface » de déchets nocifs pendant plusieurs centaines de milliers d’années.
– Robin des Bois est une association de protection de l’Homme et de l’environnement. Réputée antinucléaire, l’association souhaite cependant que les déchets nucléaires d’ores et déjà produits fassent l’objet de recherches et trouvent le plus vite possible des voies de confinement. Dès 1989 dans les réflexions et auditions préliminaires à l’élaboration de la loi du 30 décembre 1991, Robin des Bois était favorable aux recherches sur le stockage géologique des déchets les plus dangereux sur la base de la responsabilité collective d’un Etat nucléarisé, et en tenant compte des critères de proximité et de sûreté qui articulent aujourd’hui la politique nationale dans le domaine de la gestion des déchets industriels.

 

* »Les déchets sont sous le paillasson » est le titre d’un article écrit par Jacky Bonnemains, Président de l’association Robin des Bois pour « Responsabilité et Environnement » – les Annales des Mines, dernier numéro.

 

 

 

 

 

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