Les déchets nucléaires : problème de société ou question technique ?

22 juin 1999

Colloque de la Société Française d’Energie Nucléaire

 

Point de vue de l’Association Robin des Bois
Comme tous les déchets, les déchets nucléaires constituent un problème psychologique et technique pour les sociétés contemporaines. Elles ne comprennent pas que les déchets forment les sous-produits fatals des activités humaines et sont directement proportionnels en quantité et en toxicité au volume et à la composition des produits consommés. La réponse collective à ce malaise peut en première approche se résumer en 4 orientations.

Le rejet moral
Le déchet est considéré comme une faute imputable à l’amont des filières, aux fabricants et aux producteurs du bien, de la prestation ou de l’énergie consommée. Le surcoût des collectes et des filières de tri et de préparation au recyclage réparti sur chacun des administrés ainsi que le principe et les applications des « écotaxes » sur nombre de produits de consommation courante renforcent la tendance au déni individuel de responsabilité.

Le rejet géographique
Nimby et le critère de proximité inscrit dans les préambules de la loi de 1992 relative à la gestion des déchets sont incompatibles. Les syndromes du rejet des déchets et des installations d’élimination et de recyclage conduisent à la carence en équipements de proximité, à leur implantation dans des zones délaissées et à des extensions d’installations existantes plus faciles à obtenir du point de vue administratif mais pas toujours conformes aux prescriptions imposées aux créations de site, notamment en ce qui concerne l’étude d’impact sur l’environnement. Le critère de proximité induit une économie d’énergie et une réduction des pollutions atmosphériques. Son application inciterait les collectivités régionales à se constituer en observatoires de leurs propres déchets, garants de la régulation des flux et de la bonne qualité des filières. Par contre, le syndrome Nimby et l’internationalisation des filières d’élimination et de recyclage induisent des systèmes d’éloignement dans l’espace et le temps et mettent très vite hors de la vue et hors de tout contrôle les déchets sous-produits par une collectivité.

Les déchets-symboles
Une autre parade collective est d’isoler des déchets spécifiques et d’en faire, grâce à la presse des marronniers de l’actualité. Ces arbres cachent la forêt, masquent l’imbrication et la synergie des effets négatifs sur l’environnement et la santé humaine de la pluralité et en même temps de l’unicité des déchets. Le mercure a été distingué par la pollution de la baie de Minamata au Japon, la dioxine par Seveso, le pyralène par les incendies de transformateurs et l’accumulation des PCB dans les graisses animales, l’arsenic par des empoisonnements célèbres et enfin les déchets nucléaires par diverses pertes de confinement et par la faute de communication de l’Etat et de l’industrie du nucléaire qui affirmaient entre 1975 et 1980 que les déchets nucléaires ne poseraient aucun problème de gestion en l’an 2000. Faute de repères liés aux désordres habituels des déchets, les déchets nucléaires sont perçus comme les plus trompeurs. Leur volume relativement faible en ce qui concerne les déchets de haute activité est un élément à charge. Ils sont considérés comme maniables, transportables, fragmentables, potentiellement utilisables pour des usages de guerre ou de chantage.

Le recyclage
Les déchets nucléaires de haute activité incarnent pourtant l’application anticipée de la loi de 1992 qui contraint tous les producteurs de déchets qu’ils soient ménagers ou industriels à extraire de leurs gisements la fraction valorisable. Le législateur a prudemment ajouté « selon les conditions techniques et économiques du moment. » Si cette loi s’appliquait à la filière nucléaire, elle ferait de l’extraction du plutonium une opération illégale et amènerait les combustibles irradiés au rang de déchets ultimes.

La position de Robin des Bois sur les déchets de haute activité en particulier
Au printemps 1990 – 10 ans ou presque- l’association Robin des Bois esquissait déjà sa position d’aujourd’hui devant l’Office Parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques dans le cadre du rapport Bataille sur la gestion des déchets nucléaires de haute activité.
« Pour déterminer le sort qui sera réservé aux déchets longue durée, Robin des Bois n’a pas pour l’instant de solution préférentielle à préconiser car tout le monde est en train de chercher et de réfléchir. Mais dire que les déchets de haute activité peuvent attendre quelques dizaines d’années sur les lieux de production, c’est-à-dire pour l’instant dans l’enceinte et le sous-sol de l’usine de la Hague, cela ne nous paraît pas prudent, ni cohérent, car cela revient à concilier pour l’industrie nucléaire ce que l’on interdit aux industriels chimiques.
A l’avenir, le choix du site et du mode d’élimination doit être fait au regard des critères techniques et absolument pas politiques. S’il est prouvé que telle formation géologique est la meilleure, je ne vois pas pourquoi on n’y mettrait pas les déchets de haute activité. C’est un enjeu tellement important pour l’humanité que la défense d’un site particulier est dérisoire ».
La position de l’association Robin des Bois, exprimée en public et dans ses journaux est claire, cohérente et ne peut être suspectée de versatilité, sauf par des esprits de mauvaise foi ou de culture insuffisante comme il en existe tant.
Elle est explicitée par le communiqué paru le 5 juillet 1998 « Les déchets nucléaires sont sous le paillasson ».

 

 

 

 

 

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