Le naufrage du Liberia dans les ports français

20 juin 2001

Depuis le 7 mai 2001 est entré en vigueur un embargo international décidé par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies sur les diamants en provenance du Libéria, ainsi qu’un embargo aérien et un embargo sur les armes à destination de ce pays. Suite aux révélations de la mission d’enquête de l’ONU -Sierra Leone Expert Panel- concernant l’implication directe de l’industrie forestière du Liberia dans le soutien financier et matériel aux rebelles du Revolutionary United Front (RUF) en Sierra Leone, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne demandaient l’inclusion des exportations de bois dans les mesures d’embargo. L’opposition concertée de deux membres permanents du Conseil de Sécurité, la France et la Chine, a fait échouer cette démarche.

Et pour cause: depuis 1998 Robin des Bois observe que les grumes libériennes jonchent par milliers les parcs à bois des importateurs dans les ports de Nantes, Caen, La Rochelle, Sète…Le niangon (Heriteria spp., Tarrietia spp.) et l’iroko (Chlorophora excelsa) sont les principales essences importées. Les statistiques douanières en font foi, 63.000 m3 de bois du Liberia sont entrés en France en 1998, 74.500 m3 en 1999, plus de 130.000 m3 en l’an 2000. A voir les volumes débarqués dans nos ports depuis le début de l’année, 2001 battra encore un record. La filière française des bois tropicaux est le principal soutien financier au régime de Charles Taylor. Un soutien aveugle: les compagnies forestières dénoncées dans le rapport du Sierra Leone Expert Panel comme vecteurs de violences au Sierra Leone trouvent dans notre pays des importateurs complaisants.

En mai 2001 Robin des Bois a constaté la présence dans le port de Sète de grumes produites par la société malaisienne Oriental Timber Company (OTC), plusieurs fois citée dans le rapport du Sierra Leone Expert Panel comme responsable de trafics d’armes à destination des rebelles du RUF. Selon la mission d’enquête onusienne, le directeur d’OTC, Gus van Kouwenhoven, « est responsable des aspects logistiques de nombreuses fournitures d’armes. A travers ses intérêts dans un projet forestier malaisien au Liberia, il organise le transfert d’armement de Monrovia vers la Sierra Leone. Les routes construites et entretenues pour l’extraction du bois sont également couramment utilisées pour des mouvements d’armes à l’intérieur du Liberia, et pour l’expédition d’armes vers la Sierra Leone. »

Les grumes OTC découvertes par Robin des Bois à Sète portaient la marque d’acheteur de DLH, une compagnie danoise propriétaire en France du réseau de distribution Indubois. D’autres compagnies forestières suspectes avaient fourni des grumes à DLH: Royal Timber Corporation, Xoanon, Liberia Wood Management Corp., Forestry and Agricultural Products Corp. Ces sociétés opèrent dans les comtés de Lofa et de Cape Mount, frontaliers avec la Sierra Leone. La mission d’enquête de l’ONU a constaté que les routes forestières des concessions en zone frontalière sont utilisées pour les ravitaillements du RUF en armes et en matériels. De plus, des témoignages recueillis récemment par Robin des Bois auprès d’expatriés français au Liberia font état de réquisitions de camions des compagnies forestières par le gouvernement de Charles Taylor afin de transporter des armes.

Robin des Bois dénonce l’implication de la filière bois française dans le soutien aux activités du RUF et dans la continuation des violences dans la région. La France doit soutenir la recommendation n°49 du Sierra Leone Expert Panel: extension de l’embargo aux exportations de bois du Liberia jusqu’à ce que le Liberia démontre clairement qu’il n’est plus impliqué dans le trafic d’armes vers la Sierra Leone.

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