Le grand camouflage archéologique

11 sept. 2002

Objet: archéologie et histoire du Havre.

Le projet d’extension du Port Autonome du Havre, « Port 2000 » dans l’estuaire de la Seine, met à jour des vestiges archéologiques et historiques que les autorités portuaires s’efforcent de dissimuler, de minimiser ou de détruire pour ne pas retarder un échéancier de travaux déjà malmené.

A la mi-juillet, Robin des Bois a été informé de la découverte sur le chantier maritime d’une carcasse d’avion allemand datant probablement de la dernière guerre mondiale avec les restes d’un corps à l’intérieur et a immédiatement alerté l’ambassade d’Allemagne. Le 1er août, les Affaires Maritimes ont confirmé à l’ambassade qu’un avion avait été découvert, mais il s’agirait d’un Lancaster anglais et sans restes humains. L’ambassade de Grande-Bretagne a été informée le 12 août par les Affaires Maritimes que les débris d’un avion anglais avaient effectivement été sortis de l’eau, et que des os avaient malencontreusement été perdus dans la vase, rendant toute cérémonie militaire impossible. Ce vestige de guerre n’est pas le seul à subir les outrages du présent après avoir résisté à ceux du temps.

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Quelques uns des vestiges d’un navire construit avant le 18ème siècle et détruit en 2002 par le Port
Autonome du Havre, pendant les travaux de Port 2000. Photo Robin des Bois

En juin, Robin des Bois découvrait sur le port du Havre des morceaux déchiquetés de membrures d’un navire de toute évidence très ancien et alertait le Département de Recherches Archéologiques Subaquatiques et le Ministère de la Culture, qui n’avaient pas été informés par le Port Autonome, établissement d’État. Des archéologues se sont rendus d’urgence sur place et l’expertise des bois confirme qu’il s’agit de vestiges d’architecture navale du XVIIe ou du XVIIIe siècle. L’étude de la charpente de ce navire n’est plus possible, les épaves ayant été sorties de l’eau, cassées, démantibulées et jetées à terre en prévision d’une mise en décharge. Il pourrait s’agir du Rouen, navire de guerre perdu dans la rade du Havre en 1670 avec 282 hommes d’équipage et 70 canons. Robin des Bois a saisi le Procureur de la République du Havre. La Loi sur les biens culturels maritimes de 1989 prévoit que « Toute personne qui découvre un bien culturel maritime est tenue de le laisser en place et de ne pas y porter atteinte », tandis que la Loi de 2001 stipule que l’archéologie préventive « a pour objet d’assurer, à terre et sous les eaux, dans les délais appropriés, la détection, la conservation ou la sauvegarde par l’étude scientifique des éléments du patrimoine affectés ou susceptibles d’être affectés par les travaux publics ou privés concourant à l’aménagement ». A la demande de Robin des Bois et afin d’éviter que d’autres vestiges archéologiques soient détruits, le Ministère de la Culture a sollicité la mobilisation d’un navire dédié à la surveillance archéologique du chantier « Port 2000 ». L’Hermine de Bretagne sera sur zone à partir de novembre.

 

 

 

 

 

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