Le Concorde 19 ans après

18 juin 2019

Mis à jour le 28 juin 2019

Elles ne sont pas exposées au 53ème salon aéronautique du Bourget. Les 77 « caisses » contenant les déchets du Concorde d’Air France sont soustraites à la curiosité des visiteurs dans un hangar isolé. La plupart des débris sont brûlés et comme le précise le directeur des services judiciaires du ministère de la Justice « recouverts de kérosène séché ».

En tant que dernier détenteur des déchets, le ministère de la Justice est évasif à l’extrême sur leurs teneurs en polluants et les toxicités.

Le gardiennage des débris du crash pèse sur le budget du ministère de la Justice. Il veut s’en débarrasser et souhaite dépenser le moins d’argent possible pour le traitement final de l’épave disloquée. La valorisation du métal n’est pas exclue dans son appel à consultation. L’entreprise attributaire du marché aurait à reverser une partie des recettes au ministère de la Justice si elle vend à une fonderie une partie ou la totalité des déchets métalliques.

Pas un mot sur l’amiante et la radioactivité.

Le ministère de la Justice est à cet égard plus secret que le ministère de la Défense qui en réponse à un courrier de Robin des Bois en 2003 après le crash d’un Mirage F1 à Mont-de-Marsan écrit que « le thorium était largement utilisé dans le domaine de l’aéronautique civile et militaire pour améliorer la tenue thermique et la résilience des pièces mécaniques ». Le thorium 232 est un métal radioactif. Sa demi vie est de 14 milliards d’années. Les carters des réacteurs d’avions militaires et civils sont en alliage magnésium/thorium.

Le ministère de la Justice est aussi beaucoup plus secret que l’OACI (Organisation de l’Aviation Civile Internationale). Dans une circulaire tardive (2008) mais instructive, l’OACI dresse l’inventaire des dangers auxquels sont exposés les sauveteurs sur les lieux d’accidents d’avion. Ils sont nombreux. Ils concernent aussi l’exposition à la radioactivité artificielle. L’OACI cite les alliages magnésium/thorium, le tritium dans les lampes de type Betalight indiquant les issues de secours, le strontium 90 dans les systèmes de détection du givrage, l’américium dans des dispositifs infrarouges à vision frontale, le krypton dans les systèmes d’indication de niveau d’huile sans oublier l’uranium appauvri dans des masses de lestage. En septembre 2007, l’ASN à la demande de Robin des Bois avait fait retirer 5 détecteurs de fumée à l’américium 241 de la vente aux enchères de 835 pièces de rechange des Concorde d’Air France.

L’appel à consultation du ministère de la Justice lancé en février 2019 a été extrêmement discret. Robin des Bois en a été informé à la mi-avril par une entreprise intéressée par le marché. Sous couvert d’anonymat, elle a questionné Robin des Bois sur l’éventuelle présence de radioactivité artificielle dans les débris du Concorde. Robin des Bois a ensuite fait des recherches sur des sites spécialisés. Cette recherche a été longue car le Concorde n’est pas nommément cité dans l’avis du ministère de la Justice. Sont seulement cités en introduction « les débris d’un aéronef résultant d’un crash aérien ».

Robin des Bois a publié son premier communiqué sur le traitement des déchets de l’avion supersonique le 5 juin 2019. Robin des Bois a demandé le 7 juin à l’ASN de se saisir du dossier et de réaliser un diagnostic radiologique de chacune des « caisses ». Selon un message récent de l’ASN, une réponse nous sera adressée avant le 27 juin.

Entre le 26 juillet 2000 et le 24 juillet 2001, Robin des Bois a publié 4 communiqués sur la catastrophe du Concorde insistant sur le silence d’Air France et des pouvoirs publics sur la présence d’amiante et d’éléments radioactifs à bord du supersonique.

 

Mise à jour du 28 juin 2019 : Suite aux sollicitations de Robin des Bois, l’ASN a écrit au Ministère de la Justice le 25 juin 2019 (pdf)

 

Voir les précédents communiqués :
La gestion hasardeuse des déchets du Concorde, 5 juin 2019
Vente aux enchères de pièces du Concorde à Toulouse, 28 septembre 2007
Secret-défense, secret-Concorde, 24 juillet 2001
Allo Gayssot, 16 août 2000
Concorde: de l’amiante bien sûr, de la radioactivité sans doute, 10 août 2000
Epave du Concorde : tous les risques sont-ils pris en compte?, 26 juillet 2000

Pour plus d’informations sur l’utilisation du thorium et de l’uranium appauvri dans l’aéronautique civile et militaire, lire aussi :
La Radioactivité Naturelle Technologiquement Renforcée, décembre 2005 (pdf 201 p. – 5,6 Mo), pages 39-40
– Atlas de la France Toxique, Crashs d’avions en rafale, p. 86-87, Robin des Bois. Editions Arthaud, 2016.

 

 

 

 

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