L’accord teck

14 juin 2002

Dans le cadre d’une réunion tenue le 7 Juin 2002, au siège de Carrefour, en présence de représentants de Robin des Bois et du WWF, il a été constaté et confirmé que le secteur de la grande distribution est confronté, dans l’état actuel de l’organisation du marché, à de grandes difficultés quand il s’agit d’établir avec certitude l’origine et la traçabilité des mobiliers et accessoires en bois exotiques et notamment en teck (Tectona grandis).

En conséquence, il a été annoncé que Carrefour, 2ème distributeur mondial de biens de consommation allait progressivement se désengager du teck. Pour 2001, la consommation de bois de teck par Carrefour est estimée à 20 000 tonnes. Pour l’année 2003, l’offre du bois de teck dans l’ensemble des points de vente sera réduite de 20 à 30%. Carrefour justifie la progressivité de ce retrait par la nécessité de ne pas mettre brutalement en danger les 14 ateliers ou usines qui travaillent pour lui dans le secteur du bois en Indonésie. Il s’agit d’autre part de faire connaître auprès des consommateurs les nouvelles essences auxquelles le grand distributeur va recourir. Selon les données recueillies par ses acheteurs, il apparaît possible d’utiliser des bois provenant de plantations clairement validées par des agences de certification reconnues par le Forest Stewardship Council (FSC)*. En cas de besoin, le WWF, partenaire de Carrefour, et Robin des Bois s’attacheront dès que possible à confirmer la conformité des bois sélectionnés aux critères FSC. Il s’agira de vérifier en particulier que la parcelle certifiée est effectivement en mesure de satisfaire les commandes de Carrefour et des éventuels autres clients.

En outre, Carrefour a annoncé qu’il suspendait à partir de l’année prochaine la promotion du teck. Il est d’autre part entendu par tous les participants à cette réunion, que les décisions de Carrefour seraient éventuellement réversibles quand l’amélioration de la gestion des plantations ou forêts de teck dans le sud-est asiatique sera constatée par toutes les parties intéressées. En ce sens, la diminution des commandes du leader de la grande distribution apparaît comme une incitation aux pays producteurs à mieux gérer la ressource.

L’anarchie règne dans le domaine des écolabels relatifs au mobilier et matériaux en bois. Géant a même inventé une nouvelle version de l’acronyme FSC. Un incroyable Forest Save Control induit autant les vendeurs que les clients en erreur. Habitat distribue en 2002 des certifications FSC datant de 1996. Leroy-Merlin dit à ses vendeurs que « l’entreprise est signataire de toutes les conventions internationales ». Au Carrefour International du Bois à Nantes, les 28, 29 et 30 Mai 2002, la présentation ostentatoire du logo FSC est fréquente sur les stands; le client curieux n’obtient que de vagues informations sur l’origine géographique et l’essence des bois répondant aux critères du FSC: l’arbre certifié cache fréquemment la forêt pillée…

Toutes ces confusions doivent cesser. Les orientations positives prises par Carrefour doivent avoir un effet d’entraînement sur les autres acteurs de la grande distribution, y compris dans le secteur de l’ameublement, du bricolage, du jardinage et de la menuiserie industrielle. Une action de fond va être entreprise, dans les prochaines semaines, par Robin des Bois auprès de toutes les marques impliquées (Lapeyre, Métro, Intermarché, Leclerc, Castorama, Pier Import, Habitat, Unopiu, Truffaut, Leroy-Merlin, La Maison coloniale, Géant, Auchan…) afin que la commercialisation et la promotion du teck soient réduite et évitée dès le printemps prochain.

 

* Le FSC est une Organisation Non Gouvernementale créée en 1993 et composée de représentants d’associations environnementales, de professionnels de la sylviculture, de négociants en bois et d’organismes certificateurs de 25 pays. Le FSC évalue, accrédite et contrôle les organismes certificateurs qui supervisent les exploitations des forêts et accorde le label FSC certifiant que le bois est issu de forêts gérées durablement.

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