La Chine veut aussi la peau de l’âne

19 déc. 2016

Une véritable explosion des exportations de peaux d’ânes à destination de la Chine est observée depuis un an du nord au sud de l’Afrique. Les pays les plus touchés sont l’Egypte, le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Kenya, la Tanzanie, le Botswana et l’Afrique du Sud. En Egypte, le prix d’un âne était de 17 € il y a 2 ans. Il se vend 10 fois plus cher aujourd’hui.
Le Burkina Faso est le symbole de cette foudroyante persécution.
– 1er trimestre 2015 : 1000 peaux exportées.
– 4ème trimestre 2015 : 18.000 peaux.
– 1er semestre 2016 : 65.000 peaux.
Le 3 août, le gouvernement burkinabé a promulgué un décret interdisant l’exportation d’ânes vivants ou de leurs parties. Le Mali et le Niger ont pris des dispositions analogues. Au rythme exponentiel de l’abattage, les ânes domestiques du Burkina Faso (entre 1 million et 1,3 million d’individus) pourraient être exterminés d’ici 5 ans. La viande est en partie brûlée près des abattoirs clandestins. Des voisins des Abattoirs du Sahel, un établissement agréé dirigé par un français et des associés chinois, voient des camions pleins d’ânes arriver du Mali, du Niger, du Nigéria et de Mauritanie. Reproduisant pour les peaux d’ânes se qui s’est passé pour les écailles de pangolins, la Chine étend son rayon de collecte en s’appuyant sur la diaspora de ses expatriés présents et influents sur le continent africain.

ane-kenya_robin-des-bois© George Murage

La perte de l’âne en Afrique est une catastrophe culturelle, agricole et sociale. Le ministre des ressources animales du Burkina Faso déplore qu’un projet de distribution de 10.000 charrues soit en panne à cause de la disparition des ânes. L’âne est un complice polyvalent des familles rurales. Il sert à porter l’eau, le bois, l’argile et aux enfants de moyen de transport de proximité.
Certaines familles ne résistent pas à la tentation de l’argent immédiat et vendent leur âne pour 150 à 200 € aux abattoirs ou à leurs intermédiaires. Le revenu moyen mensuel d’un agriculteur en Afrique sahélienne est de 30 €. Gare à ceux qui veulent garder l’âne. Il faut désormais le protéger du vol et, pour réduire les risques, l’attacher la nuit dans un enclos près du foyer familial.

C’est encore une fois l’appétit et le goût de la population chinoise pour les remèdes fantoches, les toniques sexuels et les élixirs de jeunesse d’origine animale qui sont responsables de cette cruauté et de cette révolution sociale.
Chaque année, 4 millions de peaux d’ânes sont transformées en gélatine qui entre ensuite dans la composition de produits cosmétiques et comestibles sous le nom générique d’Ejiao. Les soi-disant meilleures qualités peuvent atteindre 12.000 € le kilo. Le centre industriel de la filière âne est situé à Shandong, province de l’est de la Chine.

ane_ejiao-robin-des-boisBarrette d’Ejiao © Deadkid dk /CC BY-SA 3.0

En 2010, une campagne de publicité à la télévision a fait s’envoler les ventes. En 2015, Qin Yufeng, président directeur général de Dong’e Ejiao se lamentait devant le congrès populaire sur « la pénurie d’ânes » qui frappe la centaine d’usines spécialisées. Les ânes domestiques ont quasiment disparu en Chine et les élevages, outre qu’ils sont scandaleux, ne suffisent pas à répondre à la demande. Les ânes sont systématiquement abattus à 3 ans. Les scientifiques chinois travaillent sur une espèce à croissance rapide.

La gélatine d’âne ou colle d’âne est d’usage historique comme en témoignent dès 1704 les missionnaires catholiques de passage dans la région de Shandong. « Comme cette drogue est en réputation, elle ne suffit pas pour tout l’Empire, on ne manque pas d’en faire ailleurs quantité de fausse avec de la peau de mule, de cheval, de chameau et quelquefois avec de vieilles bottes. » Après les empereurs, les élites communistes ont perpétué cette pratique. Etant donné l’urgence à agir et la puissance du lobby gélatine d’âne en Chine, il serait vain de compter sur des actions pédagogiques à destination des consommateurs.

Solutions :
– Dans l’attente d’une politique africaine commune, chaque pays peut s’appuyer sur ses lois de protection animale pour sanctionner les maquignons d’ânes et le trafic de peaux vers la Chine. Quatre d’entre eux viennent d’être condamnés en Afrique du Sud à 8 mois de prison chacun pour cruauté envers les animaux sur le fondement de la loi sur la protection des animaux datant de 1962.
– L’Organisation de l’Union Africaine regroupe une cinquantaine de pays. Son Conseil exécutif a le pouvoir de coordonner les doctrines et les politiques dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage, des ressources animales et de la protection de l’environnement. Robin des Bois recommande à l’OUA de se saisir en urgence du pillage du cheptel asin par des industriels chinois et d’adopter des mesures communes et strictes interdisant l’exportation des ânes domestiques et renforçant encore la protection des ânes sauvages.
– L’âne sauvage d’Afrique (Equus africanus) dont subsistent quelques centaines d’individus en Érythrée, en Somalie, au Soudan et en Éthiopie est inscrit depuis 1983 à l’Annexe I de la Convention CITES (1). Le commerce international de spécimens vivants ou de leurs parties est interdit. L’annotation à cette inscription précise que les ânes domestiques africains (Equus asinus) en sont exclus. Il est donc souhaitable que cette annotation soit dans les meilleurs délais supprimée et que les ânes domestiques africains soient explicitement protégés du commerce international. Les ânes domestiques africains sont les descendants des ânes sauvages.

(1) CITES : Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction.

A lire également :
– Les ânes aussi ! dans le bulletin d’information et d’analyses sur le braconnage et la contrebande d’animaux « A la Trace », n°12, p. 97 (pdf)
« A la Trace », n°13, p. 98 (pdf)
– Les comptes de Peaux d’Ânes, « A la Trace », n°14, p. 99 (pdf)

Magie noire et superstition ouvrent de nouvelles routes au trafic d’espèces en Afrique. Le Monde, 17 juin 2016 (pdf)

 

 

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