J’harponne II

7 juin 2005

A l’occasion de la 57 ème session plénière de la Commission Baleinière Internationale -CBI- qui se tiendra à Ulsan en Corée du Sud du 20 au 24 juin, le Japon présente JARPA II, un nouveau programme à long terme de chasse à la baleine en Antarctique légitimé par des recherches scientifiques. JARPA I (Japan’s Whale Research Program under Special Permit in the Antarctic) en vigueur depuis 1988 pourchasse exclusivement les petits rorquals (rorquals de Minke). Le quota annuel des prédateurs scientifiques était de 300 individus. A partir de 1995, il est passé à 400. Tout ceci se passe dans le sanctuaire Antarctique établi par la CBI en 1994.
Selon The Institute of Cetacean Research, fer de harpon de la recherche scientifique japonaise, l’enseignement principal de 17 ans de traque et de recherches dans le cadre de JARPA I, c’est que les petits rorquals mangent des produits de la mer ! Essentiellement « 200 à 300 kg » de krill par jour pendant l’été antarctique; un scoop connu depuis un siècle par les chasseurs de baleines. Le krill est un petit crustacé planctonique spécifique de l’Océan Austral, pierre angulaire de la chaîne alimentaire Antarctique. Certains commentaires de la mouvance scientifique japonaise repris en choeur par des États en voie de développement bénéficiant d’aide japonaise pour la pêche disent que la sécurité alimentaire de l’humanité est menacée par la voracité des baleines.
Une autre découverte opportune, même si tout le monde le sait ou s’en doute, c’est que les baleines de l’hémisphère Sud sont moins contaminées par les organochlorés et les métaux que les baleines du Nord. Bien vu quand un chapitre de la CBI d’Ulsan sera consacré aux risques pour la santé humaine de la consommation régulière de viande de baleine.
Enfin, une autre conclusion de JARPA I est que les petits rorquals dont la population est estimée à environ 700.000 dans l’hémisphère Sud sont des compétiteurs alimentaires de la baleine bleue et empêcheraient celles-ci de recouvrer un niveau démographique acceptable. Cette compassion pour la baleine bleue, le plus grand mammifère marin de l’océan mondial, relève de l’instinct du chasseur pour qui la baleine bleue constitue en terme de rentabilité la proie rêvée.
Avec JARPA II, le Japon enclenche la vitesse supérieure et, en parallèle avec l’interdiction de la chasse commerciale à la baleine, décide dans le cadre de ses recherches scientifiques annuelles en Antarctique de doubler les captures de petits rorquals (850), de s’intéresser aux baleines à bosse (50 captures) et aux rorquals communs (50 captures). Toujours à la recherche du comportement du krill dans les estomacs de la faune marine, le Japon dans le cadre de JARPA II entend à moyen terme capturer des phoques-crabiers et des céphalopodes. Les manchots pourraient aussi être en ligne de mire. En effet, JARPA II dit que « il pourrait être possible et souhaitable grâce à une chasse sélective d’accélérer le redéploiement des populations de baleines bleues et de rorquals communs au niveau des anciens temps, quand la baleine bleue et le rorqual commun étaient les espèces dominantes ».


Il est grand temps que la communauté internationale et les opinions publiques s’opposent par tous les moyens possibles, y compris diplomatiques, à l’intérieur et en dehors de la CBI à cette reprise de la chasse commerciale aux mammifères marins, toutes espèces confondues, comme au bon vieux temps, avant les pollutions et les menaces de réchauffement climatique. La viande et les autres sous-produits de la chasse scientifique sont commercialisés sur le marché intérieur japonais. The Institute of Cetacean Research souligne que ces produits baleiniers sont vendus au Japon de façon transparente et équitable.


Robin des Bois sera comme chaque année présent à la Commission Baleinière Internationale.

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