Gaz: la sécurité enterrée

4 août 2004

Objet : Gazoducs

 

Robin des Bois en octobre 1997, après un parcours du combattant administratif, a été destinataire de l’étude de sécurité du gazoduc Norfra important depuis la Norvège jusqu’à Dunkerque et Loon-Plage sur une section terrestre d’environ 3 km 700 du gaz naturel non-odorisé. Entre le point d’atterrage et le terminal de comptage et d’odorisation, Norfra traverse un corridor Seveso occupé par 4 usines et un boulevard industriel et ferroviaire consacré aux matières dangereuses. Norfra est en quelque sorte le frère jumeau du gazoduc sinistré en Belgique.

Il ressort de cette étude dont la catastrophe de Ghislenghien a signé la péremption que la capacité du gaz à s’enflammer est réduite, qu’il est plus léger que l’air et s’y disperse rapidement et que les engins de travaux publics disponibles sur le marché sont incapables d’endommager gravement la canalisation. Les canalisations sont réputées résister à l’arrachement, s’adapter au cintrage, résister aux chocs et aux poinçonnements.

Parmi les risques de fuites de canalisation, l’étude de dangers cite aussi l’abrasion interne par les particules transportées par le gaz, la corrosion interne à cause des traces d’hydrogène sulfuré et de la présence d’eau. Les pressions internes dans la canalisation et les variations avec alarmes associées sont censées être traitées en temps réel depuis les centres de surveillance de Norvège et Zeebrugge.
Dans les terrains humides, la canalisation doit être ancrée ou lestée pour éviter la remontée du tube par poussée hydrostatique. Le retour d’expérience tel que résumé dans l’étude de dangers précise que les engins de travaux publics usuels n’ont jamais occasionné de rayures de profondeur supérieure à 4 mm et qu’il est impossible qu’un défaut non traversant évolue vers une fuite ou une rupture guillotine de la canalisation. « Les engins de travaux publics usuels ne peuvent déplacer ou engendrer des contraintes telles qu’il puisse y avoir un endommagement de la canalisation ».

Cependant, l’étude de dangers évoque un scénario majorant de référence avec perforation d’un diamètre de 70 millimètres, calée sur les accidents survenus sur des canalisations aériennes. Précisant que si l’inflammation se produit, elle a toute probabilité de se déclencher dans les 30 premières secondes, le scénario évalue le rayonnement thermique et les distances d’éloignement nécessaires pour éviter les brûlures du premier degré au bout de 45 secondes, les brûlures instantanées, l’embrasement du bois et des vêtements en 40 secondes. Ces distances sont comprises entre 33 et 167 m. Dans le cadre de ce scénario « pire-cas » il est précisé que l’évacuation n’est pas nécessaire si on est à plus de 87 m de la fuite et abrité par un bâtiment.

L’inadéquation de cette étude de sécurité confidentielle et déjà critiquée par Robin des Bois dans son communiqué « Le gaz sort de la mer à Dunkerque » –9 octobre 1998- relève aujourd’hui de l’évidence. En Europe, la catastrophe de Ghislenghien sera pour l’industrie du gaz ce que les naufrages de l’Erika et du Prestige ont été pour l’industrie du pétrole: le point de départ de nouvelles réflexions et actions réglementaires.

Imprimer cet article Imprimer cet article