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Gard : les rivières stériles

« Rendre les sites miniers à la nature en faisant en sorte qu’ils ne créent pas de trouble pour la sécurité des populations et la préservation de l’environnement« . Tel est soit-disant l’objectif de Metaleurop. La bonne fin des travaux doit être constatée par un arrêté préfectoral. La renonciation à la concession est ensuite autorisée par décret ministériel. Metaleurop est détenteur d’une trentaine de concessions minières;

La mine de plomb à ciel ouvert de Saint-Sébastien-d’Aigrefeuille a été exploitée par la multinationale Penarroya entre 1956 et 1963. Faute de rentabilité le gisement est abandonné. Penarroya, dont le patrimoine est aujourd’hui sous la responsabilité de Metaleurop, laisse sur place environ 1 million de tonnes de stériles plombeux contenant de l’arsenic et du cadmium. L’autorisation administrative de dépôt de stériles ne devait pas dépasser 25.000 t ! La vallée du Reigous devient la rivière rouge. On y retrouve des traces de poison; les stériles stagnent, tout les monde s’en occupe et rien ne bouge, sauf en 1976 quand des orages brutaux en emportent une partie. Les truites et les écrevisses sont décimées, il devient impossible d’utiliser les eaux du Reigous pour irriguer cultures et potagers. La vallée souffre. En 1981 et 1983 les stériles sont regroupés en amont, remodelés et draînés. Ils restent à la merci des inondations. La massif contient environ 3000 tonnes d’arsenic. Le flux annuel d’arsenic charrié par le Reigous est évalué entre 2 et 6 tonnes par an selon la pluviométrie. Le Reigous se jette dans l’Amous, qui est un affluent du Gardon d’Anduze.

Le CNRS suit le site de Saint-Sébastien-d’Aigrefeuille depuis 9 ans et évoque un processus de décontamination naturelle. Le massif de stériles serait un « réacteur hydro-bio-géochimique unique au monde « . Mais la lenteur de ce « réacteur » permettrait encore à l’arsenic de s’écouler pendant 500 ans… Au pieds du stock de stériles, les eaux contiennent 100 à 300 mg d’arsenic par litre. Ces teneurs représentent de 2000 à 6000 fois le « seuil de contamination importante » défini pour l’eau potable par l’Organisation Mondiale de la Santé. L’arsenic subirait dans le cours du Reigous un processus de précipitation et se concentrerait dans les sédiments de la rivière avec une dilution dans les rus latéraux.
La pollution par l’arsenic d’origine naturelle et anthropique constitue une menace croissante dans les départements du Gard, de l’Hérault et de l’Aude.

Robin des Bois demande que Metaleurop soit tenu pour responsable de la pollution du Reigous, de l’Amous, et du Gardon d’Anduze: les sédiments chargés d’arsenic et de métaux lourds doivent être curés et dirigés vers des filières agréées. L’Etat doit imposer un encadrement urgent, avant le démantèlement de Metaleurop, en vue d’aboutir à un véritable Plan de Prévention des Risques Miniers assurant la stabilité du massif de stériles et sa mise à l’abri des crues ainsi que la collecte et le traitement des eaux contaminées.