Fuego !

6 sept. 2018

L’ex corvette Alfonso Ceirquera a été sabordée au large des falaises de l’île de Madère.

Dans un fracas assourdissant et un nuage gris, la vieille coque construite dans les années 1970 s’est enfoncée dans l’Atlantique avec ses peintures toxiques, ses câblages enduits aux PCB, ses amiantes et ses vieux moteurs poisseux d’hydrocarbures.
Le Portugal est signataire de la Convention Ospar sur la protection du milieu marin de l’Atlantique du Nord-Est qui interdit les immersions volontaires des navires depuis 2004.

Inspiré par son passé colonial, le Portugal a sabordé son ex navire militaire dans l’Atlantique Sud au large de l’Afrique, hors du périmètre de compétence de la Convention Ospar.

Assimilée à une manœuvre militaire, l’opération a mobilisé des dispositifs pyrotechniques et des explosifs propageant sous l’eau des ondes de choc et des bruits traumatisants pour la faune marine.

Cette « océanisation » est particulièrement inopportune alors que débute au Brésil la 67ème réunion de la Commission Baleinière Internationale et que l’Union Européenne y présente une résolution appelant à la réduction des bruits sous-marins d’origine humaine. Les baleines et les autres mammifères marins sont sensibles aux nuisances acoustiques.

Les eaux autour de Madère sont fréquentées entre autres espèces par les cachalots et les baleines à bec.

Sous le couvert du développement du tourisme subaquatique et de la création d’un récif artificiel, cette initiative du Portugal masque en réalité une opération de simplification administrative et d’économie financière aboutissant à une pollution supplémentaire de la mer. C’est aussi un mauvais exemple pour toutes les marines militaires de l’Union Européenne, pour les pays africains qui eux aussi sont tentés par l’océanisation pour se débarrasser des vieilles coques encombrantes, et un contrepied à la stratégie européenne sur la démolition et le recyclage des navires.

Depuis décembre 2016, le Portugal dispose à Aveiro d’un chantier naval de démolition approuvé par l’Union Européenne. La mer n’est pas un chantier de démolition.

Robin des Bois va exercer une pression sur l’Union Européenne et sur le Portugal pour que les ex navires militaires de la marine portugaise soient détruits et recyclés dans des chantiers européens et que les deux océanisations encore planifiées soient annulées.

Il ressort des bulletins trimestriels de « A la Casse » publiés par Robin des Bois depuis 2006 que la fin de vie des navires militaires n’a jamais été prise au sérieux par l’Etat-Major portugais et les ministres concernés, alors que depuis plusieurs années au sein de l’Union Européenne, les Marines allemande, belge, italienne, espagnole, britannique et au premier rang française s’orientent vers une destruction à terre des navires et un recyclage des matériaux valorisables.

 

 

Voir aussi :
Extrait de « A la Casse » n°28 au sujet de la démolition au Portugal (pdf)

 

 

 

 

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