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EPR : le réacteur fantôme

Retardé en Finlande, proposé à la Chine, suggéré à l’Inde, l’EPR attend toujours son Décret d’Autorisation de Création (DAC) en France. L’intention gouvernementale partagée par AREVA, EDF, le MEDEF et les commerçants du coin était d’accorder toutes les autorisations nécessaires à l’EPR de Flamanville (Manche) avant la campagne et la fièvre électorale présidentielle. Or les faits sont là. Malgré l’accélération du calendrier préliminaire, malgré les déclarations des personnes ayant compétence ou intérêt à s’exprimer sur l’EPR, malgré les nombreuses citations dans la presse tendant à faire croire que le processus réglementaire est arrivé à son terme, EPR Flamanville reste une hypothèse.

Robin des bois estime que le dossier soumis à l’approbation et aux commentaires du public du 15 juin au 31 juillet 2006 était bâclé et vide ; en particulier manquaient des informations sur l’adaptation du réacteur maritime aux effets prévisibles du réchauffement climatique. Le dossier EPR est l’un des seuls documents récents d’EDF ou d’AREVA où il n’est guère question du réchauffement climatique. L’augmentation de la température de l’eau de mer n’est pas envisagée. Ce dernier point est crucial pour garantir la dilution des eaux chaudes rejetées par le réacteur nucléaire dans le milieu marin sans nuire à son équilibre biologique. L’opportunité de renouveler le parc nucléaire et le rythme de ce renouvellement ne sont pas considérés au regard de la baisse de la consommation d’électricité induite par le réchauffement climatique tel qu’il est annoncé par les promoteurs du réacteur nucléaire dit EPR (European Pressurized Reactor).

Robin des Bois, conformément à son communiqué du 31 juillet 2006 « Donc, l’enquête EPR est truquée » et à ses commentaires déposés en mairie de Flamanville le 26 juillet 2006, réclame qu’aucune autorisation de construire l’EPR à Flamanville ne soit accordée avant une nouvelle enquête publique intégrant aussi les dispositions des lois des 13 et 26 juin 2006 relatives à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire et à la gestion durable des matières et déchets radioactifs.

Sinon, et quels que soient les résultats des prochaines élections présidentielles, une réplique du coup fourré de 1981 n’est pas à exclure. Le candidat François Mitterrand avait exprimé des réserves et des inquiétudes face à l’extension de capacité de l’usine de retraitement de combustibles irradiés et d’extraction de plutonium de la presqu’île de La Hague près de Cherbourg. Il est élu le 10 mai. Le 12 mai Monsieur Barre en tant donc que 1er ministre d’un gouvernement déchu appelé à disparaître sous huitaine autorise par décret l’extension (UP 800) de l’usine de La Hague. Monsieur Mauroy, nommé 1er ministre le 21 mai par le président socialiste, ne reviendra jamais sur ce décret pris à la sauvette ; au contraire il fera tout pour le consolider : bel exemple des relations fusionnelles entre les partis politiques quand il s’agit de nucléaire, bel exemple aussi de l’ambiguïté socialiste dans ce domaine, une ambiguïté qui 4 ans plus tard basculera dans l’ignoble avec l’attentat contre le Rainbow Warrior et la noyade dans les bassins portuaires d’Auckland d’un fidèle et talentueux photographe de Greenpeace.