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Du plutonium pour les martiens

Quelles que soient les formes de vie sur la planète Mars, elles vont, si la mission Mars Science Laboratory Curiosity arrive à son terme, devoir faire avec du plutonium 238 produit par les laboratoires américains de recherche atomique. Le lancement de la mission MSL devrait avoir lieu samedi 26 novembre 2011 depuis Cap Canaveral.

Le générateur radio-isotopique au plutonium fournira de l’énergie au robot Curiosity qui après 23 mois d’activités et d’exploration deviendra un Véhicule Hors d’Usage abandonné sur le sol de Mars avec tout un tas de déchets de laboratoire et ses 4,6 kg de 238Pu. La demi-vie de 238Pu est de 87,7 ans. 264 ans après sa production, il dégage encore 12,5 % de sa radioactivité initiale. Si dans le siècle à venir Mars fait l’objet d’une colonisation expérimentale, les pionniers risqueront d’être exposés à une contamination radioactive d’origine humaine datant de 2012 ou de 1975 avec l’atterrissage des sondes Viking. Sans oublier que le sol et l’atmosphère de Mars ont été empoisonnés par le crash d’au moins 5 autres sondes alimentées chacune par une batterie au plutonium de plusieurs centaines de grammes.

Si la mission Curiosity ne va pas à son terme, dans le cas statistiquement improbable mais cependant possible d’une explosion après le décollage, la NASA tempère les inquiétudes : les conteneurs de plutonium sont résistants. L’épaisseur des boucliers protecteurs a été augmentée de 20% par rapport aux expéditions précédentes. La dose reçue par les personnes les plus exposées après la désintégration du lanceur ne serait pas supérieure à la dose annuelle issue de la radioactivité naturelle. En fait, le plutonium s’il était vaporisé et inhalé aurait des effets cancérogènes à très faible dose. En cas d’accident près de la station de lancement, des instrumentations de contrôle spécialement déployées permettront de réaliser des analyses atmosphériques et de demander si nécessaire aux populations exposées de se mettre à l’abri dans des locaux fermés. Malgré les discours rassurants de la NASA qui s’appuient sur un retour d’expérience de 4 décennies, Robin des Bois rappelle qu’en 1964, un satellite espion américain contenant 1 kg de 238Pu s’est désintégré accidentellement à 50 km d’altitude et que la dispersion des poussières de plutonium a contaminé l’atmosphère terrestre. De même, en 1968 un satellite météorologique américain contenant un générateur de 2kg de 238Pu s’est abîmé dans l’océan Pacifique au large de Santa Barbara.

L’autre option accidentelle, c’est qu’à la suite d’un écart de trajectoire, le lanceur et le robot Curiosity s’écrasent sur Terre et plus vraisemblablement en mer comme la sonde soviétique Mars 1996. Quelques heures après son lancement en novembre 1996 depuis la base de Baïkonour, elle a plongé dans l’océan Pacifique.

L’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations-Unies a certes adopté en 1992 le principe de restriction des sources d’énergie nucléaire aux missions spatiales qui ne peuvent pas être raisonnablement effectuées à l’aide de sources d’énergie non nucléaire.

Mais le Traité de 1967 sur l’exploitation et l’utilisation de l’espace extra atmosphérique de la Lune et des autres corps célestes dit que ces activités seront menées de manière à éviter les effets préjudiciables de leur contamination. Ce traité a été ratifié par 100 pays dont les Etats-Unis. Robin des Bois estime que le dépôt, l’abandon du plutonium ou sa dispersion en l’occurrence sur Mars peuvent aboutir à une contamination préjudiciable et constituent à ce titre une violation du traité fondateur du droit spatial.

 

Sources :
Rapport Robin des Bois sur « Les déchets dans l’Espace » [1]– juin 2011 (pdf – 3,86 Mo)
« La pollution spatiale sous surveillance ». Fernand Alby, Jacques Arnould, André Debus aux éditions Ellipses.