Déchets du Probo Koala : le deuxième scandale
21 février 2007. "A la poursuite des Probo Erika"
26 décembre 2006. Des informations nouvelles sur le Gulf Jash ex-Probo Koala
7 novembre 2006. "Les déchets reviennent en Europe"
25 octobre 2006."L'Union Européenne s'enferme dans sa tour d'Ivoire"
18 octobre 2006. "Pire que le secret défense"
16 octobre 2006. "Le business continue pour le Probo Koala"
29 sept 2006. "Déchets de Côte d'Ivoire: retour à l'expéditeur"
••• 25 septembre 2006. Dossier de la conférence presse d'Abidjan (pdf) •••
12 septembre 2006. Note d'information n°2
12 septembre 2006. "Pour un charter des déchets"
10 septembre 2006. Note d'information n°1
+ Mai 1988, article de La Flèche et du Marin concernant le trafic du Zanoobia (pdf)
+ Septembre 1988, article de La Flèche et du Marin concernant le trafic du Karin B (pdf)






Accès direct aux communiqués et dossiers de presse par ordre chronologique
Synthèse de décembre
2006 :
1) Le navire, l’armateur, le pavillon.
2) L’affréteur.
3) Le trajet du Probo Koala. 2005/2006.
4) Les communiqués et les déclarations de Trafigura
à propos de la Côte d’Ivoire. Extraits ou résumés.
5) Commentaires.
6) Le droit international appliqué aux déchets
déversés en Côte d’Ivoire.
De l’avis de Robin des Bois
Résumé
des conclusions de la commission Internationale d’Enquête
nommée par le gouvernement de Côte d’Ivoire dont Robin
des Bois était membre.
Une
retombée de l’affaire du Probo Koala ! Le 24 janvier 2008, Trafigura diffuse dans le Lloyd’s List, journal spécialisé dans les transports maritimes, l’annonce de recrutement d’un responsable général de la qualité et de la gestion des navires affrétés. L’une des qualités requises est évidemment la connaissance approfondie de toute les règlementations, recommandations, bonnes pratiques et conventions internationales dont Marpol. |
Le
Probo Koala est du type OBO : Ore / Bulk / Ore carrier. C’est
un navire spécialisé dans le transport de vrac solide ou liquide.
Il a été construit en 1989 pour l’armateur norvégien
Klaveness Group qui l’a utilisé en tant que transporteur de produits
pétroliers et de soude caustique. Klaveness l’a vendu en 1999
à des intérêts grecs et affrété auprès
de ces mêmes intérêts grecs jusqu’en octobre 2004.
Source: Klaveness
Group (armateur du Probo Koala de 1989 à 1999)
Les banques de données sur les inspections du navire Probo Koala dans les ports mondiaux sont contradictoires. Equasis dit qu’il n’a jamais été détenu pour déficiences mais le memorandum de la région Asie Pacifique dit qu’il a été détenu à Vladivostok en Russie, pour 11 déficiences en avril 2004 , ce qui témoigne d’une dégradation générale du navire. Le 18 janvier 2006, il a été inspecté à Paldiski (Estonie), 1 déficience a été relevée, et à Paldiski encore – après le passage à Amsterdam – le 11 juillet 2006 où 2 déficiences ont été relevées, l’une dans la catégorie « propulsion et auxiliaires », l’autre dans la catégorie « sécurité de la navigation ».
L’assureur du navire est suédois, la société de classification est Det Norske Veritas, l’équipage est russe. A noter qu’en 2001 le Probo Koala était affrété par Glencore, la société de courtage de Marc Rich. Le Probo Koala a été revendu quelques semaines après le déversement en Côte d’Ivoire à Gulf Navigation Holding établi à Dubaï qui a des partenariats en Grèce et 4 filiales spécialisées dans l’affrètement à Panama. Panama était le pavillon du Probo Koala au moment du déversement en Côte d’Ivoire. Les autres OBO de Prime Management étaient sous pavillon des îles Marshall sauf le Probo Emu qui était également sous Panama. L’Etat du Panama est l’un des grands absents de l’affaire. A ce jour et à notre connaissance, il n’y a pas d’enquête administrative diligentée par Panama alors que le lien substantiel et organisationnel entre le bord et l’Etat du pavillon doit être entretenu et prouvé.
Trafigura est présent dans le négoce et la distribution de produits pétroliers en Australie, au Brésil, au Guatemala, au Salvador, au Paraguay, à Cuba, au Congo, au Ghana. Trafigura a des installations de stockage aux Emirats Arabes Unis, au Mozambique, en Côte d’Ivoire et en Estonie. Les résultats d’un appel d’offres en Mauritanie montrent les difficultés que Trafigura peut éprouver à s’implanter faute de stockage et de raffinerie en propre. L’autre division internationale de Trafigura concerne le négoce des métaux non ferreux par le biais de la société de courtage Malco, centrale de vente du groupe français GDE et d’Ecore en Europe de l’Est et en Turquie. Le fondateur de Malco est l’actuel président de la division des métaux non ferreux du BIR (Bureau International du Recyclage). Trafigura a été condamné à payer 18 millions de dollars d’amende et de dommages pour avoir vendu illégalement plus de 500.000 barils de pétrole irakien à des compagnies texanes. Trafigura est en outre actif dans le négoce de métaux et l’exploitation de mines en Amérique du Sud et en Amérique Centrale.
2005
| Début septembre |
Paldiski – Ventspils (Lettonie) - Paldiski |
| 17 août |
Départ de Lagos |
| 19 août |
Arrivée du Proko Koala à Abidjan au quai Petroci |
| 2 juillet |
Arrivée du Probo Koala à Amsterdam et déchargement des slops |
| 5 juillet |
Les déchets sont rechargés à bord du Probo Koala et le navire quitte Amsterdam pour Paldiski |
| 9-13 juillet |
Paldiski |
| 17 juillet |
Passe devant Dunkerque |
| X |
Escale prévue à Lomé (Togo) mais non confirmée (avant ou après Lagos ?) |
| 30 juillet |
Arrivée à Lagos |
| 1er juin |
Gibraltar |
| 6 juin |
Gibraltar |
| 9 juin |
Partie Est de Gibraltar |
| 14 juin |
Gibraltar |
| 18 juin |
Gibraltar |
| 26 juin |
Gibraltar |
| 27 juin |
Départ de Gibraltar |
| 5 mai |
Gibraltar |
| 7 mai |
Gibraltar, en provenance de la Skhira (port pétrolier tunisien) |
| 11 mai |
Partie Est de Gibraltar |
| 17 mai |
Gibraltar, en provenance d’Algesiras (Espagne) |
| 19 mai |
Gibraltar |
| 27 mai |
Gibraltar |
| 29/30 mai |
Gibraltar, en provenance d’Algesiras |
| 3 avril 2006 |
Gibraltar (UK) |
| 14 avril |
Malte |
| 8 février |
Lagos (Nigéria) |
| Fin février |
Abidjan (reste en rade ; transfert de matériaux vers ou depuis l’Eco Princess, petit chimiquier) |
| 20 janvier |
Paldiski (Estonie) |
| 30 octobre |
Paldiski |
| X |
Banana (Congo Brazzaville) |
| 28 novembre |
Tema (Ghana) |
12
sept 06. Des cadres de la compagnie sont à Abidjan et en liaison
avec les autorités tentent d’établir ce qui s’est
passé une fois que les déchets ont été déchargés
du PK.
Le PK est utilisé en tant que stockage flottant de composants d’essence.
Un nettoyage des cuves est effectué avec de la soude caustique chaque
fois qu’une nouvelle cargaison d’un des composants de l’essence
est chargée. Les résidus de lavage (slops) sont ensuite transférés
dans les citernes dédiées. Vient ensuite une description de
l’anomalie d’Amsterdam (déchargement et rechargement d’une
partie des slops). Il est déclaré que le meilleur endroit pour
décharger les slops d’Amsterdam compte tenu de la route du navire
et de ses contraintes était Abidjan « considéré
comme étant l’un des plus importants et mieux équipés
d’Afrique de l’Ouest ». Trafigura est très préoccupé
par la santé des populations d’Abidjan, dit que toute la procédure
de déchargement a été respectée –infos préalables
vers la Côte d’Ivoire et la société de soutage Tommy
et infos en retour-. La classification technique de ces slops est «
basle slops », une référence probable à la Convention
de Bâle qui n’est plus reprise dans les communiqués suivants.
Les analyses indépendantes faites par Trafigura montrent qu’il
n’y avait pas d’H2S dans les déchets.
4 octobre 06. Les déchets n’ont pas été
déversés. Ils ont été transférés
à bord de camions spécialisés. Trafigura a porté
plainte contre Tommy le 8 septembre. Les slops n’étaient pas
des déchets dangereux, c’était un mélange de composants
d’essence, de soude caustique et d’eau.
Trafigura souhaite que les autorités hollandaises publient les analyses
des échantillons prélevés dans les déchets à
Amsterdam. Trafigura a proposé le 11 septembre au Pays-Bas d’inspecter
le navire de retour à Paldiski ou de le dérouter sur Rotterdam.
Cette proposition a été déclinée par les Pays-Bas.
6 octobre 06. Le PK a quitté Abidjan le 22 août
avec toutes les autorisations nécessaires. Les premières nouvelles
sur les événements tragiques d’Abidjan et les relations
de cause à effet avec le PK ont circulé plusieurs jours après.
Trafigura déplore que son directeur et le directeur régional
Afrique de l’Ouest soient en détention à Abidjan depuis
21 jours alors que la compagnie a des liens anciens avec la Côte d’Ivoire
et que des investissements importants y ont été réalisés.
Trafigura s’efforce d’ouvrir le dialogue avec les autorités
ivoiriennes pour résoudre ces problèmes de manière équitable.
18 octobre 06. Le Probo Koala est un navire spécialisé
qui peut être utilisé pour le mélange en mer des différents
composants de l’essence ; cette opération permet à la
compagnie de se conformer aux spécificités des différents
clients. Le Probo Koala est arrivé à Paldiski en Estonie
le 9 juillet pour charger des composants d’essence à destination
de Lagos.
Lagos. Le Probo Koala est arrivé à Lagos le 30 juillet
et a déchargé sa cargaison d’essence. 2 compagnies locales
sont contactées pour la prise en charge des slops –non déchargés
à Amsterdam- mais aucune ne répond aux exigences du commandant
ni du personnel logistique de Trafigura. Abidjan était donc le meilleur
port d’accueil des déchets sur la route retour vers la Baltique.
Le Probo Koala est arrivé le 19 août à Abidjan.
La filiale de Trafigura en Côte d’Ivoire Puma Energy est entrée
en relation avec un agent portuaire local WAIBS et avec la compagnie Tommy
agréée par le gouvernement et recommandé par WAIBS ;
un accord a été contractualisé avec Tommy sur l’élimination
en toute sécurité des déchets.
20 octobre 06. Le cofondateur de Trafigura dit qu’il
n’y a plus de responsabilité sur les déchets pour un armateur,
un affréteur ou une société pétrolière
une fois qu’ils ont été déchargés. Ca devient
la responsabilité des autorités nationales et locales qui doivent
assurer le suivi (RFI repris par le Nouveau Réveil). Selon NOS, la
télévision publique hollandaise, le co-directeur dit en conférence
de presse à Londres que son entreprise dans cette affaire endosse «
la responsabilité morale mais pas légale ».
5)
Commentaires.
Au regard des pratiques en vigueur dans le monde maritime, deux faits sont
notables. Il est d’abord étonnant que le PK se soit dirigé
vers Amsterdam pour décharger ses slops alors que Rotterdam est aussi
sur sa route vers la Baltique, est mieux équipé et d’accès
beaucoup plus facile car il n’y a pas d’écluse à
franchir (gain de temps et donc d’argent).
D’après
Trafigura, les déchets sont des résidus de cargaison conforme
aux normes de nettoyage des navires ; la cargaison a pu elle-même avoir
subi une transformation à bord (mélange de composants d’essence
et traitement en vue d’épurer le produit). Toujours selon Trafigura,
les déchets déversés en Côte d’Ivoire proviennent
des opérations menées dans le détroit de Gibraltar.
Les photos prises du Probo Koala à son arrivée à
Amsterdam montre qu’il est chargé avec autre chose que 500 m3
de slops (cf. ligne de flottaison). Soit le navire est sur ballast pour assurer
sa stabilité, soit il est arrivé de Gibraltar en partie chargé
de produits. Cette dernière hypothèse implique qu’il a
juste complété son chargement à Paldiski avant de partir
pour l’Afrique ou bien qu’il a déchargé une certaine
qualité de produits en provenance de Gibraltar à Paldiski avant
de recharger des composants d’essence à destination de l’Afrique
(trafic d’essence de mauvaise qualité intraeuropéen ?).
Il est frappant de constater selon le communiqué de Trafigura du 18
octobre que le PK a quitté Paldiski en Estonie le 13 juillet avec des
composants d’essence et a débarqué le 30 juillet à
Lagos de l’essence. Cela suggère que le Probo Koala
a également fait de la transformation/assemblage de produits pétroliers
entre Paldiski et Lagos (et pas seulement dans le détroit de Gibraltar).
On ne peut pas exclure qu’à Paldiski-Tallinn des résidus pétroliers ou pétrochimiques aient été ajoutés à un ou plusieurs composants d’essence. Un document va dans ce sens, c’est le mail envoyé par le correspondant de Trafigura aux agents portuaires d’Abidjan avant l’arrivée du PK ; ce document évoque une présence de chlorés et une origine papeterie.

Directive
européenne portuaire.
C’est pour renforcer la Convention Marpol pour la prévention
de la pollution par les navires que le Conseil et le Parlement européens
ont élaboré et imposé aux pays membres de l’UE
la directive 2000/59/CE « cette directive améliore la disponibilité
et l’utilisation des installations de réception portuaires destinées
aux déchets d’exploitation des navires et aux résidus
de cargaison afin de protéger d’avantage le milieu marin de la
pollution des navires ». Il s’agit clairement de réduire
le rejet en mer des déchets opérationnels. Des spécialistes
se demandent pourquoi cette voie d’immersion de déchets très
faiblement irisés et selon eux indécelables au moment du rejet
n’a pas été choisie par l’équipage et Trafigura.
Il y a deux hypothèses : ou bien le commandant du PK était un
type honnête, ou bien le système de pompe du PK était
indisponible. Les mêmes spécialistes s’étonnent
aussi du choix initial d’Amsterdam pour les slops alors que Rotterdam
est mieux équipé et d’accès beaucoup plus facile
: pas d’écluse à franchir. Quel que soit le port européen
choisi par l’armateur ou l’affréteur, et quel que soit
son pavillon, le navire doit notifier avant l’arrivée dans le
port auprès d’un opérateur agréé son état
de stockage des slops – quantité, nature, caractéristique-,
son intention de décharger ses déchets et dans quelle quantité,
l’estimation de production de slops entre le port d’accueil et
le port suivant. Cette Directive s’intéresse aussi au traitement
des déchets et les navires qui ne déposent pas leurs déchets
d’exploitation sans dérogation valable ne sont pas autorisés
à quitter le port. Au regard de cette Directive, Amsterdam a commis
une erreur comme les conclusions préliminaires du rapport Hulshof le
disent.
Photo de titre: Le Probo Koala à Amsterdam le 2 juillet 2006. © Port d'Amsterdam
Ci-contre: Premiers déchets
toxiques de retour en Europe, au Havre, le 7 novembre 2006.
Photos © C.N/ Robin des Bois



Camion ayant participé au déversement des déchets. © C.N/Robin des Bois

Un des sites de dépôt était à proximité de la MACA (Maison d'Arrêt et de Correction d'Abidjan). © C.N/Robin des Bois
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