Les déchets de l’« Amoco Cadiz » et « autres » comme si vous y étiez

14 mars 2018

L’inventaire consolidé des sites de déchets de marées noires a été réalisé grâce à l’obstination de Robin des Bois. Certains élus locaux qui ne sont plus aux affaires ont parfois parlé de harcèlement. La saisine du BRGM – Bureau de Recherches Géologiques et Minières – par le ministre d’Etat Jean-Louis Borloo en 2009 a fait notamment suite à plusieurs plaintes déposées par Robin des Bois en 2007 pour abandon de déchets dangereux auprès des procureurs de Morlaix, de Brest, de Guingamp, de Saint-Brieuc, de Quimper. Ces plaintes ont été classées sans suite « pour infractions insuffisamment caractérisées ». Elles ont cependant fait l’objet d’enquêtes préliminaires notamment pour les déchets du Torrey Canyon dans les Côtes d’Armor et les procès verbaux ont contribué à l’élaboration de l’inventaire.

Déchets Amoco Cadiz et autres.
Finistère – Côtes d’Armor.

sources: fiches BASIAS
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Les marées noires sont pour l’essentiel celles du Torrey Canyon en 1967, du Gironde en 1969, de l’Olympic Bravery et du Boehlen en 1976, de l’Amoco Cadiz en 1978, du Tanio en 1980 et de l’Amazzone en 1988. Ces 7 marées noires ont déversé en mer et sur les côtes de France et du Royaume-Uni 366.000 tonnes de pétrole brut et de fioul lourd.

Par déchets sont entendus des hydrocarbures liquides, des sables, des galets, des algues, des équipements souillés et des déchets d’hydrocarbures pâteux mélangés à de la chaux.

Par sites de stockage sont entendus des fosses, des sites de regroupement et de traitement avec de la chaux, des carrières et des décharges sauvages de déchets divers.

La première carte des sites de déchets de marées noires historiques réalisée par Robin des Bois en 2006 et mise à jour en 2008 comprenait 69 sites dans les départements des Côtes d’Armor et du Finistère.

A ce jour, l’inventaire disponible sur le site gouvernemental BASIAS recense 147 sites de stockage répartis dans 26 communes dans les Côtes d’Armor et 44 répartis dans 21 communes dans le Finistère. La finalité de BASIAS est de mémoriser les sites et d’aider à la planification de l’urbanisation. Le profilage BASIAS a aussi pour objectif d’informer les notaires, les détenteurs des sites et les acheteurs et de guider les entreprises de travaux publics dans la pose de canalisations souterraines ou le creusement de forages.

Dans le Finistère, 30 sites sur 44 sont considérés comme pleins, 5 comme vides ou pleins et 9 sont réputés vidangés ou remis en état. Cependant, il n’y a aucune garantie sur le fait que ces vidanges aient été effectuées intégralement et il est probable que des résidus par dizaines ou centaines de kg ou de litres aient été laissés sur place dans les fonds et sur les parois des fosses.

Dans les Côtes d’Armor, 65 sites sur 147 sont considérés comme pleins, 11 sites sont incertains et 71 considérés comme remis en état et purgés avec les mêmes réserves que dans le Finistère.

Plusieurs fosses ont été utilisées à la fois pour les déchets du Torrey Canyon, de l’Amoco Cadiz et du Tanio, soit de 1967 à 1980 et ont été recouvertes par des parkings servant de couvercles.

Les plus gros sites sont Brest dans le Finistère (2 sites de 24.000 m3 environ chacun) et Trégastel dans les Côtes d’Armor (50.000 m3).

Entre 130.000 t et 150.000 t de déchets restent enfouis dans les Côtes d’Armor et le Finistère.

Les risques principaux sont la contamination des organismes marins et les suintements de polluants vers les plages, les eaux de baignade, les cours d’eau, les marais; les polluants principaux sont les HAP (Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques), les hydrocarbures volatiles, les métaux lourds et les PCB embarqués dans les équipements électriques et les huiles hydrauliques des tankers naufragés.

Le BRGM estime que la fraction mobilisable des déchets est faible. Cet avis optimiste mérite d’être tempéré au regard du nombre important de sites de stockage et de leur implantation juxtaposée dans des milieux sensibles en bordure de la mer ou près de ruisseaux et de marais classés Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF), Natura 2000 ou Zone Importante pour la Conservation des Oiseaux (ZICO). Robin des Bois estime que tous ces sites doivent faire l’objet d’une vigilance constante de la part des communes et des riverains.

L’inventaire ne prétend pas à l’exhaustivité. Robin des Bois estime que les déchets de marées noires historiques referont d’une manière ou d’une autre parler d’eux d’ici l’année 2100, au moment de découvertes inopinées, de vagues de submersion, d’érosion chronique ou ponctuelle du trait de côte ou des falaises ou encore de travaux publics. Il en va des déchets de marées noires comme des déchets de guerre. Ils peuvent être retrouvés très longtemps après la bataille. A titre d’exemple, le polder du port de commerce de Brest bien que clairement identifié ne fait pas partie du dernier inventaire. Ce polder était considéré comme une valorisation constructive des déchets traités à la chaux et non comme un site de stockage. Cependant, il est aujourd’hui destiné à accueillir un terminal de stockage et de manutention pour les EMR (Energies Marines Renouvelables). Sous l’autorité de la région Bretagne, 30.000 tonnes de déchets de l’Amoco Cadiz viennent d’en être extraites pour en assurer la stabilité. 20.000 t ont été transportées par mer courant février jusqu’à Rotterdam à bord de 7 cargos totalisant 406 déficiences relevées par le Mémorandum de Paris et 35 jours de détention. Les déchets vont être « lavés » et recyclés dans des polders hollandais. C’est la valse des polders.

L’ère de l’oubli, de l’imprévoyance et de la confusion dans la gestion des déchets de marées noires est révolue. En effet, une rupture est intervenue avec le naufrage de l’Erika. Les sites de stockage et de regroupement des déchets ont tous été repérés par les services de l’Etat, avec l’assistance de Robin des Bois et d’autres vigies. Après exploitation et après purge complète, ils ont été remis dans un état définitivement sûr. Les déchets post Erika (267.000 t) ont tous été regroupés à Donges dans l’estuaire de la Loire et ont fait l’objet d’une élimination contrôlée ou d’un recyclage.

 

Voir aussi:
Bon anniversaire ! L’Amoco Cadiz et le Torrey Canyon bougent encore, 9 mars 1998
Les vieilles casseroles, 24 février 2000
Pour une mise en conformité des sites pollués par les déchets de toutes les marées noires, 27 février 2000
Après 44 ans d’occupation, le Torrey Canyon libère l’île d’Er, 30 septembre 2011
L’Amoco Cadiz reprend la mer, 9 février 2018

 

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Note aux éditeurs

Robin des Bois est partenaire du programme Déchets Post-Ouragans – DéPOs -, lauréat de l’appel à projets « Ouragans 2017 » de l’Agence Nationale de la Recherche. DéPOs est coordonné par le Laboratoire d’Urbanisme de l’Université Paris Est Marne-la-Vallée et intègre aussi l’Institut Français des Sciences et Technologies des Transports de l’Aménagement et des Réseaux (IFSTTAR), les Universités d’Avignon et des Pays du Vaucluse, du Maine – le Mans et de Mons (Belgique).

Robin des Bois a rédigé :
– Le chapitre sur la gestion des déchets d’inondation dans l’ouvrage édité par Freddy Vinet « Floods, 1st Edition, Volume 2- Risk Management » (ISTE Press – Elsevier, Novembre 2017 – à paraître en français).
– Le rapport « Les déchets des inondations du 28 mai au 5 juin 2016 dans les bassins amont de la Seine et de la Loire », mai 2017
La catastrophe rouge. Etude de terrain en Hongrie et recommandations – décembre 2010
– Le rapport « Les déchets de la tempête Xynthia », septembre 2010

Robin des Bois est cofondateur du Geide – Groupement d’Expertise et d’Intervention Déchets post-catastrophe. Dans ce cadre, l’association a rédigé :
Déchets post-catastrophe: risques sanitaires et environnementaux – 2007
– Des guides sur la gestion des déchets après les inondation, les cyclones, les feux de forêt, les incendies industriels et les séismes, octobre 2013

 

 

 

 

 

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