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Des décharges les pieds dans l’eau

La plus spectaculaire est la décharge de Dollemard sur le territoire de la ville du Havre. De 1962 à 2001, entre 200.000 et 400.000 tonnes de déchets divers ont été déversées depuis les hautes falaises et ont atterri sur les basses falaises formées d’éboulis et de glissements naturels, aggravés par le poids et la dimension de certains déchets, comme les blocs de béton ou les transformateurs électriques. En 1998, un glissement majeur et inopiné de la basse falaise a déplacé 50.000 m3 de matrices terreuses contenant des déchets sur une longueur de 200 m et 50 m de large.

Les basses falaises sont soumises à l’érosion de la mer. Au fur et à mesure de leur recul, des déchets lourds sont mis à nu et les déchets légers, essentiellement des plastiques, sont libérés. Au rythme de l’érosion actuelle, tous les déchets devraient être découverts d’ici une quarantaine d’années. Chaque année, 30 m3 au minimum de déchets en plastique partiraient à la mer, soit l’équivalent de 40 à 50.000 sacs par m3.

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© E. Lavarde/Robin des Bois, 2018

Des solutions lourdes aux résultats incertains comme des enrochements ou des épis pour protéger les basses falaises de l’érosion marine ou encore l’extraction des talus contenant les déchets ont été évoquées dans des études antérieures. Toutes ces options ont de plus le désavantage d’être prohibitives et inapplicables faute de financement.

En tant qu’ONG spécialisée dans la gestion des déchets post-catastrophe, Robin des Bois préconise une approche douce, avec l’enlèvement progressif et régulier des déchets métalliques et caoutchouteux, des gravats et maçonneries de démolition. Ces extractions doivent être entreprises avec des engins légers et une main d’œuvre spécialisée dans cet environnement périlleux, inaccessible à marée montante, parsemé de vestiges de guerre potentiellement encore actifs et sensibles aux chocs, aux vibrations mécaniques et aux incendies.

Dans le dossier « Que sont-elles devenues » Robin des Bois relève que sur la façade Atlantique, des décharges sauvages sont à la merci de l’érosion naturelle du trait de côte, des tempêtes, des vagues de submersion et de l’élévation du niveau de la mer telle qu’elle est prévue par Ifremer et anticipée par le ministère de l’écologie dans son plan national d’adaptation au changement climatique.

L’inventaire de toutes ces décharges mérite d’être consolidé en concertation avec les communes, les régions et le conservatoire du littoral. Les interventions d’assainissement doivent être hiérarchisées et planifiées.

Dans le pays de Caux, entre Le Havre et Criel sur Mer, déjà, grâce aux observations des associations Estran et Aquacaux, 15 décharges brutes sont localisées.

[3]Les 15 décharges localisées en bord de mer dans le pays de Caux

 

Le « Plan coordonné de réduction des macrodéchets » réalisé par le groupe de travail déchets en milieux aquatiques piloté par Robin des Bois dans le cadre du Grenelle de l’Environnement en 2009 fait la recommandation suivante : « Les dépôts sauvages et les décharges anciennes non autorisées en bord des voies d’eau, des falaises littorales et du linéaire côtier soumis à l’érosion sont les rampes de lancement aquatiques de déchets  de toutes origines. => Mutualiser les efforts et les connaissances des Agences de l’Eau,  de l’échelon communal, de l’ADEME, (…) pour alimenter des banques de données  régionales sur internet des  dépôts sauvages anciens ou en voie de formation. Organiser  à  l’échelle régionale la mutualisation des  moyens techniques et financiers pour parvenir à la résorption définitive de ces points noirs. »

 

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© Olivier Culmann/Robin des Bois, 2001

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© E. Lavarde/Robin des Bois, 2018

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© E. Lavarde/Robin des Bois, 2018

 

Au sujet de la décharge de Dollemard :
Diagnostic environnemental 2011-2012 – Phase 1 : Etat des lieux et compilation documentaire des connaissances [7] (7,7 Mo)
Diagnostic environnemental 2011-2012 – Phase II – Investigations terrain – Avril 2011 [8] (16,6 Mo)
Diagnostic environnemental 2011-2012 – Phase III : Evaluation des impacts et des risques sur l’environnement [9] (7,4 Mo)
Diagnostic environnemental 2011-2012 – Phase IV : Mesures d’urgence et dispositif de suivi [10] (2,9 Mo)
Diagnostic environnemental 2011-2012 – Tranche conditionnelle : definition de solutions d’optimisation de gestion [11] (3,7 Mo)