Costa Concordia : le pire a été évité

16 janv. 2012

Costa Concordia – Communiqué n°1

Le gigantisme des paquebots et d’autres types de navires comme les porte-conteneurs inquiète depuis plusieurs années les spécialistes du remorquage et du sauvetage en mer. Cette course au gros a inquiété Joseph Conrad, marin et écrivain il y a un siècle. Dès mai 1912, un mois après la tragédie Titanic, il imaginait les affres et les doutes d’un officier de quart de nuit, dans le futur, c’est à dire aujourd’hui : « Vous êtes de quart de nuit sur le pont d’un navire de 150.000 tonnes, équipé d’une piste de course, d’une salle de concert avec grandes orgues, etc., avec un plein chargement de passagers, un équipage composé de 1.500 garçons de café, 2 marins, 1 mousse et 3 chaloupes démontables (..). Vous apercevez soudain, droit devant tout proche, quelque chose qui ressemble à un iceberg. Que faites vous ? » (1).

La catastrophe du Costa Concordia n’est pas celle du Titanic (environ 1.500 morts). Si le danger en mer, c’est souvent la terre, dans le cas du Costa Concordia la côte rocheuse de l’île Giglio a permis de maintenir une partie du navire hors de l’eau et de sauver la vie de plusieurs centaines ou milliers de passagers qui n’auraient pas pu dans les hauts fonds s’extraire de l’épave engloutie. Pendant l’heure qui a précédé l’ordre d’évacuation du paquebot, le commandant du Costa Concordia a dû être en contact avec la cellule de crise de Costa Cruise. Cette concertation est obligatoire dans le cadre de l’International Safety Management prescrit par l’OMI (Organisation Maritime Internationale). L’ordre, s’il existe, de guider le paquebot sur la côte rocheuse lui a permis d’y trouver un appui. Dans l’état actuel des réflexions des préfets maritimes chargés de la sauvegarde des vies humaines en mer dans les eaux sous juridiction française, la tendance est bien de privilégier l’échouage des paquebots en difficulté pour faciliter l’évacuation des passagers et des membres d’équipage.

Joseph Conrad ajoutait : « La seule exagération de la taille n’est pas un progrès. Si c’était le cas, l’éléphantiasis qui fait que la jambe d’un homme devient aussi grosse qu’un tronc d’arbre serait lui aussi une sorte de progrès alors que ce n’est qu’une affreuse maladie ». Le Costa Concordia, construit en 2006 comptait 1.013 membres d’équipage et 3.216 passagers. Le pire est à venir. L’Allure of the Seas, construit en 2011 a une capacité de 2.100 membres d’équipage et 6.360 passagers. Les ingénieurs navals eux aussi sont pris dans la spirale et se cassent la tête pour faciliter la fluidité de la circulation à tous les étages quand les passagers sont pris de panique, parmi lesquels des personnes âgées, des enfants, des personnes à mobilité réduite. Robin des Bois a profité du Grenelle de la Mer pour faire converger les inquiétudes au sujet des navires qui n’en finissent pas de grandir, notamment les paquebots (2).

Le Costa Concordia a 2.400 tonnes de fuel dans ses soutes ; la compagnie hollandaise Smit Tak vient d’être missionnée pour les pomper. En plus de la marée noire, il s’agit aussi d’éviter la dispersion progressive des eaux usées, des milliers de déchets domestiques, de plastique, de restauration, d’entretien et d’effets personnels de cette ville à moitié engloutie.

Il faut que le naufrage du Costa Concordia fasse progresser la réglementation internationale sur la taille des navires, la capacité d’embarquement de passagers et génère des innovations dans l’accessibilité aux embarcations de sauvetage.

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(1) “Quelques réflexions sur la perte du Titanic, Quelques aspects admirables de l’enquête” écrits en 1912 par Joseph Conrad ont été publiés en français chez Arléa en 2009 sous le titre « Le naufrage du Titanic et autres écrits sur la mer ».
(2) Livre bleu Grenelle de la Mer.
Engagement 30.b. Mettre en place des moyens d’intervention à la mer adaptés aux différentes catégories de navires fréquentant les eaux sous juridiction nationale, notamment en considérant la tendance au gigantisme des navires.
Engagement 89-a – Le soutien d’une réflexion au niveau international sur la question posée par la course au gigantisme.

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