Une
catastrophe majeure et des pouvoirs publics mineurs
En été 1997, une marée noire de 200 tonnes de fuel
échappée du Katja, un pétrolier panaméen
en cours daccostage dans le port du Havre, avait démontré
linsuffisance des moyens techniques et les difficultés
de communication des services concernés. La moité des
" barrages flottants " avait coulé, et le littoral
avait été pollué entre Trouville et Etretat.
En décembre 1997, une nouvelle orientation était fixée
au plan Polmar-mer. Les préfets maritimes doivent désormais
anticiper et prendre des mesures dès que des avaries sont signalées
sur des bateaux transportant des matières dangereuses. Une équipe
dexperts peut par exemple être hélitreuillée
sur le navire en difficulté afin dévaluer la situation
et de mettre en oeuvre avec le capitaine les mesures de réparation.
Au cas où des moyens supplémentaires apparaissent nécessaires,
le préfet maritimes doit déclencher le plan Polmar-mer
qui donne accès aux fonds dintervention gérés
par le Ministère de lenvironnement. Ce Ministère
est au coeur du dispositif. Le Cedre (Centre de Documentation, de Recherches
et dExpérimentation sur les Pollutions Accidentelles des
Eaux) est placé sous sa tutelle, mais cette association de loi
1901 dont le comité stratégique est présidé
pat Elf-Aquitaine et Totalfina a dès le départ de la crise
diffusé des informations faussement rassurantes. Il assure en
particulier que ce fuel lourd nest pas toxique ; or il contient
5 à 10% dHydrocarbures Polycycliques Aromatiques (HAP),
des molécules persistantes et cancérigènes qui
contaminent les sédiments marins et nuisent au développement
de la chaîne biologique marine, à commencer par le plancton.
La légèreté des pouvoirs publics est scandaleuse,
autant que les agissements des armateurs battant pavillons de complaisance.
A venir : une nouvelle poubelle flottante au large de la Bretagne.
Le Tango D (ex-Kifangondo), un navire plusieurs fois incendié
et sinistré dans les ports angolais et dans le rail de la Manche,
abandonné six ans dans le port du Havre, bricolé pendant
15 jours dans un chantier naval, sapprête comme lErika
à quitter Dunkerque en direction de la Méditerranée.
Il est chargé de 13.000 tonnes de sucre et contient près
de 1000 tonnes de fuel et de lubrifiants.
Proposé 8 fois aux enchères par la Chambre de Commerce
et de lIndustrie du Havre, sans trouver acquéreur, le Kifangondo
était qualifié de " doyen des navires poubelles "
par les milieux maritimes. Il a été finalement acheté
405.000 francs par un armateur-ferrailleur grec en juin 1999. Sa coque
très corrodée na pas été expertisée
depuis juillet 1992. Elle présente des signes de faiblesse manifestes.
Le Tango D a été enregistré comme lErika
sous pavillon de complaisance maltais, classifié par une société
polonaise à la réputation douteuse, immédiatement
affrété pour un transport de sucre entre Dunkerque et
Tartous, en Syrie. Les 26 marins recrutés, de 10 nationalités
différentes, ne pourraient efficacement communiquer entre eux
en cas durgence. Encore une fois les Affaires Maritimes se retranchent
derrière des inspections visuelles et des documents de bord fournis
par une société de classification de second ordre pour
ne pas sopposer au départ dun bateau sous-normes.
Son départ est prévu le 29 ou le 30 décembre.