Ievoli
Sun :
entre risques industriels et risques écologiques
Les
cargaisons embarquées dans les citernes du chimiquier Ievoli
Sun sont les matières premières des polyesters stratifiés
en particulier utilisés dans la fabrication des bateaux de
pêche et des bateaux de plaisance. Le styrène est considéré
par le code international sur le transport des matières dangereuses
(code IMDG) comme un polluant marin avec des propriétés
dinflammabilité. Les trois produits embarqués
sont à des degrés divers irritants pour les muqueuses
et les appareils respiratoires, neurotoxiques et inhibiteurs des capacités
de reproduction. Les effets sur la faune et la flore marine ne sont
pas clairement identifiés. Cette carence nest pas surprenante
dans la mesure où les experts commencent seulement à
évaluer les risques sanitaires de la mise en uvre des
résines et des solvants dans les usines et dans les ateliers.
LIevoli Sun a quitté le port de Fawley dans le
sud de lAngleterre le samedi 28 octobre vers 13h30, malgré
le bulletin météorologique spécial annonçant
une violente tempête, et a envoyé un May Day à
4h30 lundi matin. Il a mis 38 heures pour parcourir 135 miles, à
une vitesse moyenne de 3,5 nuds ; sans que le CROSS Jobourg
ni le CROSS Corsen naient été avertis de la dangerosité
de la cargaison embarquée et des problèmes éventuels
intervenus durant ces 38 heures. Il importe donc que les autorités
des pays riverains de la mer de la Manche et de la mer du Nord puissent
en cas davis de tempête retenir au port des bateaux transportant
des matières dangereuses ou des passagers. En France, ce sont
les préfets maritimes qui au vu du profil, de la destination
du bateau, de la nature de la cargaison ou de lactivité
doivent assumer ces responsabilités.
Malgré les déclarations répétées
de la préfecture maritime de Brest au sujet de laccueil
du navire en perdition dans les ports de Cherbourg ou du Havre, ces
éventualités nont jamais été sérieusement
prises en compte. En effet, il était inenvisageable pour
des experts en sécurité de rentrer une telle épave
dans un port urbain comme Cherbourg ou industriel comme le Havre.
Dailleurs, au moment où le navire a sombré, la
direction du port de Cherbourg navait reçu aucune instruction
alors quil aurait dû rentrer à Cherbourg en fin
de matinée. Aucun matériel daccompagnement, de
balisage, de mise en sécurité n'est arrivé à
Cherbourg dans la nuit du 30 au 31 octobre 2000. Compte tenu de la
décision prise déloigner le navire des côtes
bretonnes, et étant donné létat de la mer,
la seule issue possible était de faire route est-nord-est et
davoir comme objectif le plateau des Casquets où de nombreuses
épaves de navires ou objets tombés à la mer ont
été volontairement ou accidentellement immergés.
Robin des Bois na pas dit ou insinué que le navire
en perdition avait été abandonné à laplomb
de la fosse des Casquets, car dès 1995, Robin des Bois avait
reçu du Ministre de lenvironnement un courrier soulignant
linstabilité des munitions datant de la première
guerre mondiale immergées par les états riverains de
la Manche et de la mer du Nord. Il aurait été insensé
de laisser partir par le fond 4000 tonnes de styrène inflammable
et explosif sur un tel dépôt. Par contre, le point précis
du plateau des Casquets où lIevoli Sun a coulé
autorise à penser quen cas de fuite, les produits polluants
seront dispersés et transportés par le courant central
de la Manche nord, ce qui nexclut pas que des courants résiduels
ramènent des polluants vers le Cotentin et la baie de Seine.
À lévidence, la localisation du naufrage si elle
peut être considérée comme efficace du point de
vue de la dispersion des polluants savère complètement
inappropriée en ce qui concerne les investigations autour de
lépave et les tentatives de pompage. À notre sens,
le renflouement est dores et déjà une hypothèse
à écarter. Au-dessus et autour de lépave,
la plus grande prudence est à observer notamment par ce que
le styrène dissout les caoutchoucs et les matériaux
synthétiques.
A moyen terme, plusieurs scénarios sont envisageables et envisagés
dont le relargage volontaire du styrène embarqué, avec
mise à feu éventuelle de la nappe au-dessus de lépave.
Pour linstant cette hypothèse quoique étudiée
nest pas retenue, les autorités disent avoir un temps
de réflexion de quelques mois grâce à la présence
dans les cuves dun inhibiteur de polymérisation. Ce retardateur
est sensé être actif pendant 7 mois. Cependant, ce retardateur
ne reste actif quen présence doxygène. Dans
les cuves fissurées, labsence doxygène risque
de neutraliser linhibiteur. En conséquence, une polymérisation
non contrôlée aboutissant à lexpansion du
styrène peut entraîner léclatement des cuves
et du navire. Les conditions chronologiques et mécaniques de
cet éclatement ou de cette explosion ne sont pas pour linstant
connues.