Pollution
en Côte d’Ivoire
1)
Sur le droit applicable aux résidus de cargaison ou déchets
d’exploitation des navires:
Les résidus de cargaison pompés le 19 ou le 20 août
à Abidjan dans les cuves du Probo Koala ne sont pas
redevables de la convention de Bâle qui oblige théoriquement
le pays exportateur de déchets et le pays importateur à
établir un dossier bilatéral prouvant que le premier n’a
pas les moyens techniques de traiter les déchets et que le second
a les moyens techniques disponibles ou encore que les déchets
exportés sont valorisables par le pays importateur. La convention
de Bâle dans son texte fondateur exclut de son périmètre
les déchets générés par l’exploitation
des navires.
Par contre, et justement pour combler le vide juridique, la directive
européenne sur les installations de réception portuaires
pour les déchets d’exploitation des navires et les résidus
de cargaison (2000) impose à tous les navires touchant les ports
de la communauté européenne d’y déposer leur
déchets dans des installations dédiées.
Le traitement, la valorisation et l’élimination des déchets
d’exploitation et des résidus de cargaison doivent être
conformes aux législations européennes notamment en ce
qui concerne les huiles de vidanges et les déchets dangereux.
Dans la mesure où le Probo Koala était déjà
en charge de ses résidus de cargaison dans les ports européens
qu’il a touchés en juillet 2006 avant de se diriger vers
Lagos et Abidjan, il est en infraction avec la législation européenne
et le droit national des Etats européens où il a fait
escale avant son incursion dans l’hémisphère sud.
Ce scénario qui parait le plus vraisemblable, au vu des déclarations
de l’armateur et de l’affréteur tous deux implantés
en Europe, implique donc une manigance de leur part et une négligence
des autorités européennes permettant de réaliser
des économies importantes au détriment de l’état
sanitaire et environnemental d’un pays totalement désorganisé
et économiquement sinistré. Le traitement de ces boues
polluées et leur élimination auraient coûté
en Europe 400 à 500 euros le m3, 10 à 15 fois plus qu’en
Côte d’Ivoire.
L’hypothèse selon laquelle des déchets liquides
ou pâteux auraient pu être amalgamés aux résidus
de cargaison justement afin d’échapper à la convention
de Bâle ne peut pas être exclue.
2)
Sur les substances déversées en Côte d’Ivoire
en tant que déchets d’exploitation, eaux résiduaires
ou résidus de cargaison.
Elles proviennent sans aucun doute d’un raffineur ou d’un
producteur ou distributeur de produits gaziers ou pétroliers
implanté en Europe ou utilisant pour l’expédition
de ses produits ou sous-produits des ports européens. Ces déchets
peuvent avoir été mélangés par l’affréteur
Trafigura et avoir perdu volontairement ou involontairement dans cette
opération de mélange leur traçabilité. La
présence de soude caustique parfois citée comme composante
des boues s’explique par le fait que certaines cuves du Probo
Koala sont ou étaient dédiées au transport
de soude.
3)
Sur les effets sanitaires.
L’hydrogène sulfuré et le mercaptan couramment cités
dans la composition des boues déversées à Abidjan
sont mortels par inhalation en milieu fermé comme le prouvent
les accidents subis par la corporation des égoutiers, ou à
proximité directe des sources d’émission. A titre
d’exemple, un dégagement non programmé d’H2S
à la raffinerie Total de Gonfreville l’Orcher vient d’inciter
à l’évacuation de 700 ouvriers dont quelques uns
ont été conduits en milieu hospitalier à titre
de contrôle ; à ce jour aucune séquelle n’est
encore inventoriée. Il est probable que les fossés de
drainage à ciel ouvert des déposantes et décharges
d’Abidjan ont favorisé la migration d’une partie
des boues à travers un milieu urbain particulièrement
densifié et exposé. Si l’ampleur de la contamination
était confirmée, il est aussi probable que d’autres
molécules toxiques sont incorporées à la mixture.
Le rôle de la soude caustique est de toute façon pénalisant.
4)
Sur le flux de déchets vers l’Afrique.
Une première vague d’exportation ou de projet d’exportation
de déchets toxiques vers l’Afrique depuis l’Europe
et les Etats-Unis a été constatée et dénoncée
entre 1985 et 1990. Elle touchait le Bénin, la Guinée
Bissau, le Congo Brazzaville, le Nigeria, l’Angola, le Sénégal,
la Sierra Léone, la Somalie et Djibouti. La liste n’est
pas exhaustive. C’est pour tenter d’endiguer ces transferts
nord-sud que la convention de Bâle et des réglementations
restrictives européennes ont été mises en place
à partir de 1990. Comme déjà mentionné,
aucun de ces corpus règlementaires ne prend en compte les déchets
d’exploitation et les résidus de cargaison des navires.
Aujourd’hui
les flux de déchets industriels dangereux à destination
de l’Afrique sont freinés, hors trafic en provenance des
citernes et cales de navires. Mais on assiste depuis quelques années
à l’exportation vers l’Afrique de déchets
de consommation usés et périmés : pneus, huiles
noires, déchets d’équipements électriques
et électroniques, voitures, poids lourds et matériels
agricoles hors d’usage suintant l’amiante, les hydrocarbures
et les PCB. Tous ces flux de déchets sont malheureusement favorisés
par la notion en vogue de réemploi et ces nouveaux mouvements
sont clairement des retombées négatives des politiques
de tri et de recyclage recommandées en Europe sans que des moyens
à grande échelle y soient mis ne œuvre pour démanteler
les biens de consommation désaffectés.
Par ailleurs, les déchets à haute valeur ajoutée,
comme les câbles de cuivre souillés au pyralène
en provenance des transformateurs et condensateurs, ou des transformateurs
et condensateurs entiers, sont expédiés tels quels en
Asie pour récupération des métaux. Il en est de
même pour les navires en fin de vie, qui, même s’ils
n’ont pas clairement et universellement le statut de déchets,
sont à la fois des gisements importants de métaux pour
seconde fusion et de substances toxiques à éliminer c'est-à-dire
des déchets dont les derniers détenteurs se défont
(voir http://www.robindesbois.org/dossiers/BulletinNavires.pdf).
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