Les thons en danger sous les feux de la rampe
Les ONG attachées à la défense du thon rouge ne sont pas unanimes. La plupart ont affirmé pendant une décennie que la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique (CICTA) était la seule instance compétente et décisionnaire pour le thon rouge.
C’était une erreur. Après avoir évoqué le sujet pendant le Grenelle de l’Environnement et des réunions au Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, l’ONG Robin des Bois a alerté formellement en janvier 2009 le gouvernement français, d’autres autorités européennes et Monaco sur l’opportunité d’inscrire le thon rouge à une annexe de la Convention CITES sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. Robin des Bois dans sa démarche s’inspirait de la proposition de la Suède relative au thon rouge présentée en 1992 à la 8ème session plénière de la CITES tenue à Kyoto. Face au tohu-bohu organisé à cette occasion au Japon, la Suède a été amenée à retirer cette proposition déjà légitime en 1992.

Monaco a repris au bond l’idée de Robin des Bois en défendant exclusivement l’inscription du thon rouge à l’annexe 1. Cette annexe interdit le commerce international de l’espèce et n’empiète pas sur les marchés nationaux si les captures proviennent des eaux territoriales ou des Zones Economiques Exclusives des Etats riverains. Cette mention n’est pas anodine dans la mesure où la France n’a pas de ZEE en Méditerranée, à la différence d’autres pays comme l’Espagne ou la Libye.
Tout le monde s’est engouffré dans cette voie qui pourrait être sans issue. L’inscription du thon rouge à l’annexe 1 a peu de chance d’être acceptée à la prochaine session plénière de la CITES à Doha au Qatar en mars prochain. Il faut les deux tiers des voix des 175 parties. Si toutefois elle était décidée, des Etats peuvent émettre des réserves et ne pas en tenir compte. Des reports brutaux vers d’autres espèces de thon qui sont considérées comme vulnérables à l’exploitation pourraient les conduire en quelques années sur la voie de l’extinction commerciale. Aux dernières nouvelles, l’inscription à l’annexe 1 continue son chemin et pour sauver la face, il serait question de l’évoquer à Doha, de la proposer au vote ou à la consultation et de préciser à la fin du tortueux parcours qu’elle s’appliquerait au bout de 18 mois à 2 ans si la CICTA ne prenait pas lors de ses deux prochaines réunions plénières des décisions rigoureuses de gestion et de lutte contre la contrebande ; un véritable marché de dupes qui permettrait aux uns d’afficher leur fermeté et de clamer victoire et aux pêcheurs de continuer…à pêcher le thon rouge, comme avant. Une razzia est prévisible avant l’éventuelle entrée en vigueur de cette décision et les chambres froides industrielles auront le temps de se remplir.
L’annexe 2, quant à elle, encadre strictement le commerce international, renforce les contrôles douaniers, permet à des parties civiles de porter plainte en cas d’infraction constatée et de mettre progressivement hors jeu les échanges internationaux constitués de captures illicites qui représentent plus de la moitié du commerce international. Elle aurait quelques chances d’être acceptée et serait applicable sans condition dans un délai de 90 jours. Ce serait une avancée significative ; les négociants en thon seraient pris dans le double filet des deux accords internationaux complémentaires : le premier la CICTA portant sur la gestion des stocks, le deuxième, la CITES portant sur le commerce international. L’inscription à l’annexe 2 du thon rouge n’exclut pas dans un deuxième temps de l’inscrire à l’annexe 1 à la session plénière suivante de la CITES.
Robin des Bois est favorable à l’option annexe 2. D’expérience, l’ONG considère que sur un marché aussi important que celui du thon rouge et dans un domaine aussi complexe que celui de la pêche, seules des avancées pas à pas sont productives à la différence des présentations dramaturgiques sur des prétendues réunions de la dernière chance. Il est demandé au gouvernement français et à l’Union Européenne de prendre des décisions réalistes et efficaces.
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Communiqué 14 janvier 2010 |
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Robin
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