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CITES 2010 – Doha Communiqué n°3

Un parfum de bois de rose plane sur la CITES

Ce matin, la 15ème Conférence des Parties à la CITES a décidé par consensus d’approuver la proposition brésilienne d’inscrire le bois de rose (Aniba rosaeodora) à l’annexe 2. Le commerce international de l’huile essentielle de bois de rose sera dorénavant contrôlé dans les pays exportateurs et les pays importateurs. L’inscription prévoit l’exclusion des produits finis, emballés et prêts au commerce de détail. Mesdames, Mesdemoiselles, vous n’aurez pas besoin d’un permis CITES pour voyager avec votre n°5.

Le bois de rose est aussi appelé pau rosa, son nom brésilien, pour éviter les confusions fréquentes avec d’autres espèces qui à travers le monde sont dénommées bois de rose en raison de leur couleur. Le pau rosa est exclusivement présent dans le bassin amazonien, principalement au Brésil et en Guyane française. Quelques populations ont été dénombrées en Colombie, au Pérou, en Equateur, au Guyana, au Surinam et au Venezuela. Comme le soulignait la proposition brésilienne, la croissance de cet arbre est lente tandis que son exploitation est rapide. Les prélèvements dépassent ses capacités de régénération naturelle. Tous les pays de l’aire de répartition ont appuyé le Brésil ainsi que le Mexique et le Costa Rica au nom de 25 pays d’Amérique Centrale et des Caraïbes. Ceux qui étaient contre n’ont pas levé le petit doigt.

L’huile essentielle de bois de rose est recherchée en parfumerie depuis plus d’un siècle pour son linalol qui s’évapore lentement, transmet cette propriété aux autres composants et les fixe entre eux. Elle est depuis une dizaine d’années promue en aromathérapie pour tout un tas d’applications parfois douteuses. L’huile essentielle fait l’objet d’un commerce illégal important. Le kilo d’huile se négocie actuellement autour de 100 USD. Le Brésil a fait les comptes et constate que le montant total d’huile exportée ne peut pas provenir du montant légal d’arbres légalement récoltés. Sur la période 2003 à 2008, l’écart est de l’ordre de 500%.

L’Espagne au nom des Etats membres de la Communauté Européenne a souligné les problèmes d’identification de l’huile de bois de rose qui pouvaient se poser. Il est vrai que même les parfumeurs les plus expérimentés peuvent se faire rouler dans la sciure par des grossistes qui vendent au prix de l’huile naturelle de l’huile mélangée à son substitut pétrochimique. Une collaboration entre les pays producteurs et importateurs a été souhaitée pour mettre en point des méthodes d’identification fiables.

Dès 1997, à la demande de Robin des Bois, la Fédération Française des Industries de la Parfumerie et Chanel avaient témoigné de leur soutien à une inscription du bois de rose à l’annexe 2 de la CITES. Cette position témoignait d’une volonté de contrôler le commerce international qui n’est pas partagée par d’autres professions utilisatrices de bois rares; ceux qui ont suivi les débats sur l’inscription du Pernambouc à l’annexe 2 lors de la précédente session de la CITES se souviennent du lobby des archetiers.

Documents sur le bois de rose et reportage photographique de Robin des Bois sur l’exploitation en Amazonie. [1]

Note : La France en tant que pays de l’aire de répartition a été sollicitée dès 1997 pour présenter une demande d’inscription du bois de rose en annexe 2 mais n’a rien fait. Le Brésil oui. Certains diront qu’il s’en tire à bon compte en inscrivant un arbre dont le commerce international ne fait pas l’objet d’un volume comparable aux bois utilisés pour le bois d’oeuvre. Mais en raison de sa grande valeur, l’huile de bois de rose pousse à la protection sélective de la forêt amazonienne et les exploitants des distilleries artisanales et nomades sont ainsi les meilleurs gardiens du temple vert.