Canari: la facture de l’amiante

21 juin 1996

Au début de la semaine prochaine, une réunion capitale pour l’avenir du Cap Corse se tiendra au siège du Comité Permanent Amiante à Paris, en présence de hauts responsables du Ministère de l’Environnement et des sociétés Eternit, Saint-Gobain, Fibrociment et Everit, actionnaires majoritaires de l’ex-Société Minière de l’Amiante qui a exploité entre 1937 et 1965 des carrières et une usine de traitement et conditionnement d’amiante à Canari.

Après avoir déversé 12 millions de tonnes de déchets dans le Golfe de Saint-Florent, négligé les prescriptions réglementaires concernant le travail en milieu amiantifère – 5 dockers du port de Bastia sont morts de cancers provoqués par l’amiante -, les exploitants ont laissé le site dans un état lamentable, exposant les riverains et les occupants à titre précaire de certains locaux industriels aux risques de cancérogénèse et aux glissements de cônes de déchets.

Aujourd’hui, conformément aux propositions développées par l’association Robin des Bois et le docteur Max Siméoni, président de l’Union du Peuple Corse (UPC), le Ministère de l’Environnement s’apprête à mettre les exploitants face à leurs responsabilités.

« Nous avons en face de nous des sociétés solvables qui ont réalisé à Canari des profits importants. Il nous paraît normal, même s’ils sont réticents, de leur appliquer solidairement le principe aujourd’hui reconnu universellement du pollueur-payeur. De plus, ils devraient être sensibles aux risques de dégradation de leur image de marque » déclare-t-on au Cabinet du Ministère de l’Environnement.

30 ans après la fermeture, on en est encore à parler dans le Cap Corse « d’urgence » à nettoyer et réhabiliter le site qui couvre plusieurs dizaines d’hectares.

Comme en témoignent les exemples de la décharge de Teghjime et de la friche industrielle de Canari, la Corse a été considérée par l’Etat et les industriels comme une zone franche écologique où tous les coups étaient permis. Les associations de protection de l’environnement, les élus et les partis politiques corse doivent en l’occurrence s’unir et rappeler à l’ordre autant les industriels responsables du délit que les services de l’Etat chargés de veiller à ce qu’il soit réparé.

 

 

 

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