Boycott du teck !

23 avril 2002

Depuis 10 ans, les grandes surfaces de bricolage et les grandes surfaces alimentaires ont été sensibilisées aux critères de gestion durable des forêts, aux exigences de transparence et d’information relatives à l’exposition et à la vente de meubles et d’accessoires en bois exotique. Robin des Bois, le Fonds Bruno Manser, Agir Ici pour un Monde solidaire, les Amis de la Terre et Greenpeace mènent en leur nom ou dans le cadre de collectifs ou de réseaux nationaux et internationaux des campagnes d’information et de protestation.

En 1996, le Forest Stewardship Council -FSC- composé d’industriels, de distributeurs, de scientifiques et d’environnementalistes a été institué. La vocation de cet organisme international est de valider la gestion durable des forêts et des plantations. Il doit veiller à la protection de la biodiversité, à la répartition des revenus forestiers en direction des populations autochtones, à la mise en oeuvre d’investissements et de mesures techniques susceptibles d’assurer le renouvellement des forêts et des plantations.

En 2002, les abus et malentendus subsistent. La palme de l’absurde et de l’avidité opportuniste revient aux coupeurs et importateurs de teck. Depuis 5 ans, la grande distribution s’acharne sur cette essence. Elle fait profit de tous ses bois et fi des critères FSC. Le pillage, la contrebande, le mélange à des tecks et des espèces apparentées originaires de Birmanie, du Vietnam, du Cambodge, du Laos, de Thaïlande et d’Afrique sont monnaie courante. Dans tous les pays de l’aire de répartition, les conséquences de l’exploitation des forêts naturelles ou semi-naturelles de teck sont catastrophiques, tant sur le plan social qu’écologique. Habitat, Unopiu, Leclerc, Métro, Truffaut, Intermarché (…) sont pressés d’en finir avec les forêts indonésienne et birmane. Carrefour, deuxième distributeur mondial, « europositive » la mort des forêts asiatiques. A l’ensemble de son personnel, Carrefour dispense par écrit des informations mensongères. Les meubles de la collection Bornéo seraient sous contrôle environnemental. La démarche du groupe serait aussi de respecter les Hommes: « les feuilles servent aux populations des forêts pour prendre leur repas« .

5% des ressources indonésiennes en teck étaient certifiées par FSC. Cette certification était contestée publiquement depuis plusieurs années. Elle a été retirée en avril 2001. Pas un seul teck originaire du sud-est asiatique ne répond aux critères présumés assurer une gestion durable. Les experts de Rainforest Alliance, organe de certification agréé par le FSC, notent que Perum Perhutani, la compagnie nationale indonésienne, ne contrôle pas le vol de bois de teck par les gangs organisés, n’intègre pas les agriculteurs et les populations locales dans l’économie du teck, et que l’avenir des plantations indonésiennes est compromis. C’est pourtant cette compagnie rongée par une corruption xylophage que Carrefour a choisi comme référence.

En conséquence, conscients que Carrefour et les autres centrales d’achat sont ou bien menteuses ou bien sous-informées -ce qui dans le cas particulier est d’une même gravité- nous appelons à l’arrêt de la manipulation des consommateurs et au boycott du teck.

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