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Aprochim. L’usine à la campagne

Suite à l’alerte au début de l’année 2011 sur le dépassement du seuil sanitaire en PCB dans un prélèvement de lait, les investigations élargies dans un périmètre de 3 km autour d’Aprochim aboutissent à ce jour à la mise sous séquestre totale ou partielle du cheptel de 8 exploitations agricoles à Grez-en-Bouère et à Bouère dans la Mayenne. La quasi-totalité des dépassements concerne les viandes et les graisses de veaux. Pour le lait, la situation est fluctuante et à ce jour la commercialisation de la production d’une seule exploitation est suspendue. Les élevages industriels de poules ne sont pas touchés mais ce constat devra être consolidé quand les parcours de plein air seront au printemps rétablis. Par contre, les recherches diligentées par l’Agence Régionale de Santé font apparaître dans les basses cours domestiques des imprégnations en PCB et en dioxines supérieures à la moyenne nationale. La logique géographique de la contamination désigne Aprochim comme responsable principal. Aprochim est l’une des installations agréées en France pour la décontamination des transformateurs et masses métalliques contaminées aux PCB. Elle est en activité depuis 1990 et a traité plus de 200 milles tonnes de matériaux contaminés. Une entreprise voisine d’Aprochim est susceptible de relâcher dans l’atmosphère des PCB et des dioxines ; spécialisée dans le délaquage à chaud de pièces métalliques, elle est en difficultés financières et n’a pas la trésorerie suffisante pour procéder à une analyse de ses rejets atmosphériques.

En janvier 2011, Aprochim a réduit ses activités de 50% conformément à un arrêté préfectoral émis en urgence et a entrepris des mesures correctives pour réduire les rejets diffus. Un hameau situé à proximité d’Aprochim et dans l’angle des vents dominants est particulièrement exposé. C’est dans ce hameau que les taux les plus élevés autant pour la viande de bovin que pour les œufs de poulaillers domestiques sont observés. Il pourrait s’agir d’une contamination croisée par voies atmosphériques et par ingestion d’eau contaminée. Des pratiques d’abreuvage sont constatées dans « ce pire cas » à la confluence des ruisseaux et rivière recevant les rejets d’eaux pluviales d’Aprochim. La contamination des œufs pourrait y être aggravée par un rejet de chaudière. En effet, des sources domestiques peuvent créer des concentrations localisées de dioxines sur les sols.

Des experts agricoles et vétérinaires mandatés par le ministère de l’Agriculture ayant déjà travaillé sur les cas de Redon et de Saint Cyprien (1) sont à pied d’œuvre pour affiner les investigations, planifier si nécessaire leur extension géographique et élaborer élevage par élevage des plans de gestion des cheptels susceptibles de mener à la décroissance de la contamination. C’est à l’issue de cette étude approfondie que le degré de gravité de la contamination pourra être établi.

Robin des Bois, membre de la Commission Locale d’Information, souhaite de la part des pouvoirs publics une information plus ouverte, plus formalisée et évolutive, en particulier sur la localisation des exploitations agricoles impactées, sur les mesures à prendre avant la consommation des légumes et sur les risques sanitaires éventuels. Sur le plan environnemental, une meilleure connaissance de l’état des eaux souterraines et de surface de la vallée de la Taude s’impose.

Aucun document écrit n’a été distribué à la dernière réunion de la Commission Locale d’Information et cette lacune participe à la propagation des rumeurs et à l’inquiétude des populations. Un dialogue entre les professions agricoles, la Chambre d’Agriculture, les pouvoirs publics et Aprochim doit s’engager sans retard ; il est surprenant de constater ces jours-ci qu’un troupeau de vaches est tranquillement en pâture sur une parcelle suspecte, juste en face de l’usine à PCB.

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(1) Voir l’Atlas PCB de Robin des Bois [1]

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