Anciens sites de destruction d’obus Clere & Schwander – Muzeray, Vaudoncourt et Loison (55)

22 sept. 2015

Extraits d’une réponse à une journaliste de Vice News

 

Etes vous surpris qu’un site de destruction d’obus d’une telle ampleur ait été découvert ?
Il n’est pas étonnant de découvrir l’existence de sites ayant servi à la neutralisation des obus. A la fin des 2 guerres mondiales, les obus qui n’avaient pas été tirés ont été confiés à des “recycleurs” qui opéraient une destruction rudimentaire et récupéraient les métaux. Robin des Bois pense que d’autres sites de ce type encore méconnus existent sur l’ensemble du territoire français et notamment en Lorraine. Nos recherches sur la Place à gaz au Nord-Est de Verdun laissaient évidemment la porte ouverte sur d’autres chantiers de recyclage et destruction des vestiges de guerre abandonnés.

Extraits du dossier de Robin des Bois « En attendant les démineurs » août 2012 :
« Près de Verdun, dans les forêts de chênes, des taux considérables d’arsenic ont été repérés par des universitaires allemands là où des obus chimiques ont été détruits par incinération au lieu-dit La Place à Gaz. Les composés d’arsenic ont été utilisés par les troupes françaises dès 1915. Ils rentraient dans la composition du phosgène et dans la composition d’une autre arme chimique à base d’acide cyanhydrique. A partir de septembre 1917, les troupes allemandes ont utilisé des obus à l’arsenic. L’existence de La Place à Gaz a été officiellement reconnue en 2007. Il est sûr qu’en Lorraine et dans d’autres régions, subsistent d’autres sites pollués par la destruction rudimentaire des munitions chimiques – voir à ce sujet Illzach, inventaire de l’Alsace, mars 2009.

Le gibier et les produits végétaux issus des forêts de guerre peuvent être pollués par le plomb, d’autres métaux et des composés chimiques. Il n’y a pas de recherches coordonnées et publiques à ce sujet. “

 

Est-ce l’un des plus gros connu actuellement ?
Oui, ce nouveau site est important par son bilan d’obus chimiques et d’obus explosifs. Il est malheureusement normal que les sols en surface et les eaux souterraines aient été pollués. Les agriculteurs qui prétendent tomber des nues et la chambre d’agriculture départementale auraient pu déclencher des analyses de précaution dans les décennies précédentes.

Les recherches du BRGM s’inscrivent dans une mission de recherche systématique des pollutions engendrées par la guerre de 14-18.

 

A quel point peut-on estimer la dangerosité d’un site de destruction d’obus ? Surtout sur des terres agricoles…
Le lieu dit « La Place à Gaz » est un bon exemple des risques liés à une telle activité. Une étude a révélé des teneurs anormales en arsenic sur ce site où environ 200.000 obus chimiques ont été détruits.

Il y a un risque de pollution par d’autres métaux lourds (Zinc, cobalt, cuivre, étain, nickel, aluminium et antimoine) et par des résidus d’explosifs (fulminate de mercure et l’azoture de plomb, perchlorates de potassium et d’ammonium).

Dans le nord de la France, une contamination de l’eau du robinet par les sels de perchlorates a été confirmée en 2012. Les perchlorates ne sont pas à ce jour classés comme cancérogènes ou mutagènes mais ils sont considérés comme des perturbateurs endocriniens. On relève une corrélation entre les teneurs maximales en perchlorates et les régions les plus sinistrées par les deux dernières guerres.

Les produits agricoles, maïs, blé, céréales, maraîchage, lait et viande peuvent être contaminés par pour ce qui concerne les récoltes le transfert des polluants du sol par les racines et pour ce qui concerne les vaches par l’ingestion quotidienne de terres polluées (une vache consomme chaque jour entre 200 et 300 g de sédiments). Les vaches peuvent aussi être contaminées par l’ingestion de l’eau polluée dans les mares et les ruisseaux. C’est exactement le même processus d’ailleurs pour les animaux sauvages et nous avons toujours conseillé dans ce domaine des analyses des sangliers et chevreuils. Certaines restrictions de chasse dans les régions les plus contaminées devraient être prescrites.

 

Comment a-t-on pu « oublier » son existence et laisser les agriculteurs cultiver du maïs, du blé et de l’orge sur ces champs ?
Ces « oublis » sont dus à des manquements des administrations dans leur devoir de mémoire et d’inventaire mais aussi à la volonté commune de tourner la page.

 

Qu’est-il ressorti de votre étude, réalisée de 2008 à 2012 sur les déchets de guerre ?
L’étude réalisée entre 2008 et 2011 portait sur les 7 régions du nord et de l’est de la France (Franche-Comté, Alsace, Lorraine, Champagne-Ardenne, Ile-de-France, Picardie et Nord–Pas-de-Calais) touchées par les 3 guerres : 1870, 14-18 et 39-45. L’inventaire n’est pas exhaustif, il a été réalisé grâce à la presse régionale, aux communiqués des préfectures, aux publications spécialisées et à des dires d’experts.

En 4 ans, 566 découvertes, 3 morts et 3 blessés. 100 ans plus tard, les déchets de guerre présentent toujours un risque pour les particuliers et les professionnels qui les mettent au jour. Les démineurs estiment qu’il y en a encore pour 700 ans avant d’avoir vider les sols français de ces vestiges.

Les travaux de Robin des Bois qui remontent à 2001 ont forcé les pouvoirs publics à se repencher sur les pollutions historiques des conflits armés sur son territoire. Nous sommes très attentifs à ce sujet car nous avons constaté l’absence d’une filière déchets de guerre.

 

La France a-t-elle un problème avec la gestion de ses déchets de guerre ?

La France a un problème avec le coût de la gestion de ses déchets de guerre. Les démineurs en ramassent chaque année 500 à 800 t. Ces munitions sont ensuite regroupées, neutralisées ou entreposées dans l’attente de leur élimination finale.

Pour ce qui concerne les munitions chimiques, elles sont entreposées dans le camp militaire de Suippes en attendant la livraison de l’usine SECOIA (Site d’Elimination des Charges d’Objets Identifiés Anciens) de Mailly-le-Camp. Cette dernière dont le lancement a longtemps été reporté devrait entrer en activité fin 2016-début 2017. Coût estimé : 100 millions d’euros. Plus de 250 tonnes d’obus chimiques sont en attente de destruction.

D’autre part, comme vous pouvez le constater en parcourant nos inventaires, des découvertes inopinées à l’occasion de chantiers de lotissement, d’élargissement des routes mettent en danger les ouvriers et les riverains quand il s’agit de munitions chimiques.

L’actualité générale en France avec ses nombreuses évacuations de populations pendant que les démineurs neutralisent les bombes enfoncées dans le sol jusqu’à 3-4 m de profondeur soulève de nombreux problèmes d’organisation. Par exemple la circulation des trains est suspendue pendant plusieurs heures.

 

Même s’ils sont tardifs, les efforts de dépistage ordonnés par les pouvoirs publics sont positifs et doivent être maintenus et développés. Ceux qui s’étonnent de ces pollutions générées il y a 100 ans ou presque ont oublié que certains polluants métalliques et chimiques ont la peau dure. Les conséquences des guerres ne s’arrêtent pas en même temps que les accords de paix. De nombreux lacs comme le lac d’Avrillé (49), de Gérardmer (88), de nombreux gouffres comme le gouffre de Jardel (25) sont encore à l’heure actuelle des dépotoirs de vieilles munitions et constituent des risques pour l’environnement et pour la sécurité publique.

 

 

 

 

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