Le désastre PCB

La catastrophe environnementale, sanitaire et sociale due aux PCB se propage et atteint désormais la mer et les eaux internationales. Les sardines bougent, elles sont mangées par les poissons carnivores, elles entrent dans la composition de la farine de poisson. Les PCB s’accumulent et se concentrent dans les niveaux supérieurs des chaînes alimentaires.

Robin des Bois publie la carte des eaux intérieures et maritimes frappées par des interdictions de pêcher, de consommer ou de transporter toutes espèces de poissons ou des espèces particulières (carte ci-dessous). Cette carte est à rapprocher de l’inventaire terrestre des sites pollués par les PCB régulièrement mis à jour par Robin des Bois.

Le gouvernement français ne prend pas la mesure du désastre et distille au compte-gouttes les arrêtés tardifs d’interdiction.

Manquent à l’appel les interdictions de pêcher dans le réseau de canaux du Nord-Pas-de-Calais et sur tout le cours de la Seine à partir de Corbeil-Essonne à l’amont de Paris.

Pour ce qui concerne les poissons marins, les informations officielles oublient prudemment d’évoquer le bar de la Manche Est qui est lui aussi menacé, de même que les maquereaux. Les effets négatifs des contaminations par PCB sur les capacités de reproduction des poissons continuent d’être négligés quand bien même ils sont avérés.

Etat des lieux

Aujourd’hui, la pêche est réglementée du fait de la contamination par les PCB dans les cours d’eau et plan d’eau de l’ensemble des bassins fluviaux mais aussi dans les eaux littorales et au-delà dans les eaux maritimes sous juridiction française.

Depuis les premières interdictions à Susville (38) en 1996, dans la rivière Essonne en janvier 2005 et dans le fleuve Rhône à partir de septembre 2005, les cours d’eau ou plans d’eau ont été frappés de restrictions de pêche concernant la totalité ou une partie des espèces de poissons. Aujourd’hui, les arrêtés d’interdiction de consommation, d’interdiction de commercialisation, d’interdiction de pêche en vue de la commercialisation et de la consommation, d’interdiction de transport ou de débarquement continuent de s’étendre sur tout le territoire. Au gré des préfectures, ils épargnent les poissons de pleine eau ou concernent toutes les espèces de poissons. A l’exception du Nord-Pas-de-Calais : en dépit d’un avis de l’AFSSA daté du 26 mars 2009 qui relève leur non-conformité aux seuils réglementaires préconisés pour la commercialisation et la consommation, aucune restriction de pêche n’est appliquée aux poissons des canaux et cours d’eau de la région.


Vivier de pêcheur en bordure de l'Essone - 2008

Le « Plan National d’Actions sur les PCB » mis en place en février 2008 préconise parmi six axes le renforcement du contrôle de la pollution des milieux aquatiques par les PCB à travers les analyses des sédiments et des poissons. Cependant en cas de contamination avérée des sédiments, l’AFSSA ne recommande pas de restriction de consommation des poissons mais un « échantillonnage » préalable par espèces ; les arrêtés préfectoraux d’interdiction ou de restriction de la pêche suite à la mise en évidence de la pollution des sédiments ne sont pas automatiques.

Selon les cas et les préfectures, le suivi des sites les plus contaminés et les échantillonnages de poissons effectués dans le cadre de ce plan conduit à assouplir les interdictions ou plus souvent à en émettre de nouvelles.

Historique

A Susville (38), un arrêté municipal du 12 mars 1996 interdit la pêche et la consommation des poissons de l’étang des Moutières, de la rivière la Jonche et de ses affluents sur le territoire de la commune suite à la découverte d’une pollution aux PCB sur le site des anciennes centrales thermiques. En 2009, cette interdiction est toujours en vigueur.

Le 13 janvier 2005 la préfecture de l’Essonne interdit la pêche de toutes les espèces de poissons dans la rivière Essonne depuis la commune de Baulme jusqu’à la confluence avec la Seine.

Le bassin du Rhône

L’arrêté de la préfecture du Rhône du 14 septembre 2005 marque le coup d’envoi de la cascade de restrictions de pêche dans le Rhône. Il interdit la consommation et la commercialisation de tous les poissons pêchés dans le canal de Jonage et le Grand Large en amont de Lyon. En 2006 et 2007, l’interdiction a été progressivement étendue par des arrêtés des préfectures de l’Ain, du Rhône, de l’Isère, de la Drôme, de l’Ardèche, du Gard, du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône à l’ensemble du fleuve, du barrage de Sault-Brénaz (01) à son embouchure.

L’interdiction a été levée pour les poissons de pleine eau non migrateurs dès mai 2008 par les préfectures de la Drôme, de l’Ardèche, du Gard et du Vaucluse. Le 19 mai 2009 la préfecture des Bouches-du-Rhône a signé un arrêté similaire (en lien), de même que les préfectures du Rhône, de l’Ain et de l’Isère le 19 juin 2009, qui en ont cependant exclu les brochets de plus de 2,5 kg, les vandoises et les carassins ; seule la portion de Rhône comprise entre Saint-Vulbas et Loyettes (01) est concernée par une interdiction de toutes les espèces. Lien vers l'arrêté interpréfectoral du 19 juin 2009.

Dans les lacs alpins, les arrêtés du 2 avril 2008 pris par les préfectures de Savoie et Haute-Savoie ont interdit la pêche des ombles chevaliers en vue de la commercialisation et la consommation du fait des PCB dans les lacs d’Annecy, la partie française du lac Léman et le lac du Bourget ainsi que celle du lavaret, du brochet et du gardon. Ici aussi les échantillonnages de poissons ont conduit à un assouplissement de l’interdiction pour les ombles d’une taille inférieure à 39 ou 40 cm, le lavaret et les fritures de gardons. A lire: le courrier d'un chat à Robin des Bois.

Le renforcement des contrôles dans le cadre du plan PCB sur les sites déjà répertoriés pour les teneurs en PCB de leurs sédiments et autres sites sensibles ont mis en évidence des taux de contamination dans les sédiments ou les poissons supérieurs aux seuils d’alerte définis par le plan. Dès août 2008, la préfecture de la Drôme a interdit la pêche de tous les poissons de la rivière Isère.

Des analyses de sédiments au-delà de la valeur indicatrice de 400µg / kg (1.840 µg / kg * en amont de Montagney et 502 µg / kg en aval) ont conduit les préfectures de Haute-Saône et du Doubs à prendre un arrêté temporaire préventif d’interdiction de pêche le 5 février 2009 sur une partie de la rivière l’Ognon, affluent de la Saône, sans attendre les résultats des échantillonnages de poissons. En 2008 un transformateur au pyralène aurait été vidé à Cognières sur une friche industrielle proche de l’Ognon. En amont, à Servance, le site Madec installé en bordure de la rivière est répertorié dans la base de données BASOL comme atteint par une « pollution généralisée en hydrocarbures et solvants chlorés » ; la pollution des sols en PCB, avérée, n’est cependant pas caractérisée. Dans le passé, l’Ognon a aussi été victime de nombre d’épisodes de pollutions aux hydrocarbures qui peuvent masquer des vidanges d’huile polluées aux PCB. Enfin, ici encore, les fortes inondations, comme celles de 1990, participent à la remobilisation des polluants.
*µg = microgramme, soit millionième de gramme.

Dans la Saône, les analyses sur les poissons effectuées en mai 2008 ont mis en évidence une contamination par les PCB des poissons de fond supérieure à la limite réglementaire de 8 pg / g dans deux sites de prélèvement sur quatre ; les poissons de pleine eau ne seraient pas atteints. Dans son avis du 22 septembre 2008, l’AFSSA recommande des investigations complémentaires pour les sites non-conformes d’Ouroux-sur-Saône et Neuville-sur-Saône. En janvier 2009, de nouvelles analyses ont confirmé la contamination. Une interdiction de consommation a été prise pour la Saône aval par les préfectures du Rhône et de l’Ain le 12 février 2009. Le 16 février, un arrêté interpréfectoral des préfectures de Saône-et-Loire, Rhône et Ain interdit la consommation humaine et animale des poissons benthiques pêchés dans la Saône depuis sa confluence avec le Doubs.

Dans l’Azergues, affluent de la Saône, des teneurs en PCB de 1.740 µg / kg ont été détectées dans les sédiments ; la valeur indicatrice de pollution fixée par le Plan National est de 400 µg / kg. La source de la pollution n’est pas connue, vandalisme ou pollution historique. L’Azergues est principalement affectée par les rejets domestiques et les pollutions issues des productions vinicoles du Beaujolais. Cependant les derniers épisodes d’inondation des 2-3 décembre 2003 et 21-22 octobre 2008 et ceux à venir sont susceptibles de lessiver les sites industriels principalement installés en fond de vallée. Dans un premier temps, aucune mesure de restriction de la pêche n’a été prise sur la rivière réputée pour la pêche à la truite.

La Somme
Le premier arrêté de restriction de la pêche dans la Somme a été pris dès le 21 septembre 2006 ; il interdit la commercialisation de toutes les espèces de poissons. Les personnes proposant la pêche de loisirs doivent informer leurs clients que la consommation des produits de la pêche est déconseillée. L’interdiction a été étendue aux affluents et cours d’eau reliés le 19 décembre 2007. Le 11 février 2008, un nouvel arrêté limitait les restrictions à l’anguille et aux espèces fortement bio accumulatrices sauf sur le cours du fleuve entre Saint-Quentin (02) et Feuillères (80) où elles touchent aussi les poissons non carnassiers.
En 2008 de nouvelles analyses ont été effectuées dans le cadre de l’échantillonnages national des PCB dans les poissons regroupés en trois catégories : les anguilles, les espèces fortement bio accumulatrices et les espèces réputées faiblement bio accumulatrices. Dans son avis du 26 mars 2009, l’AFSSA conclut à la non-conformité des anguilles et des autres espèces fortement bio accumulatrices et à la conformités des espèces faiblement bio accumulatrices sur l’ensemble du fleuve et de ses affluents, sauf pour ce qui concerne la portion du fleuve de Séraucourt-le-Grand à Artemps où les données ne sont pas suffisantes. La préfecture de Picardie suit strictement cet avis dans son arrêté du 14 septembre 2009.

La Seine

En amont, la pêche de tous les poissons est interdite dans la rivière Essonne jusqu’à sa confluence avec la Seine depuis un arrêté du 13 janvier 2005.
La pêche, la détention, le transport et la vente ou la cession des anguilles pêchées dans la Seine et les eaux littorales est interdite du fait des PCB dans les départements de la Seine Maritime , l’Eure et le Calvados par un arrêté du 23 janvier 2008. Suite à de nouvelles analyses, l’interdiction est étendue à toutes les espèces de poissons pêchés dans la Seine sur le territoire de ces départements.
Aujourd’hui la contamination s’étend au-delà du fleuve à l’ensemble de la baie de Seine : il est désormais interdit de pêcher et de consommer la sardine entre Dieppe (76) et Barfleur (50) dans toutes les eaux sous souveraineté ou juridiction de la France.

Mais contre toute logique, il est toujours possible de pêcher toutes espèces de poisson dans le fleuve entre sa confluence avec l’Essonne et la limité du département de l’Eure.
Contre toute logique aussi, les activités de pêche continuent et aucune forme de pouvoir n’intervient pour mettre fin à cette contamination populaire. Les pêcheurs disent comme un seul homme qu’ils pêchent pour le plaisir de pêcher et que les captures sont rejetées. Des constats et témoignages semblables viennent des autres bassins.

Interdiction de pêche et/ou de consommation de poissons du fait des PCB

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bassin

Dpt/commune

avant 2005

2005

2006

2007

2008

2009

2010

Cours/plan d'eau

 

 

 

 

 

 

 

 

Rhône-Méditerranée

 

 

 

 

 

 

 

 

La Jonche et ses affluents, l'étang des Moutières

Commune de Susville (38)

16/03/1996

 

 

 

 

 

 

Rhône

Rhône

 

14/09/2005

06/04/2006

22/02/2007

 

19/06/2009 (6)

 

 

Rhône (Loyettes/St-Vulbas)

 

 

06/04/2006

 

 

 

 

 

Ain

 

06/04/2006 22/09/2006

22/02/2007

 

19/06/2009 (6)

 

 

Isère

06/04/2006

22/02/2007

 

19/06/2009 (6)

 

 

Drôme

 

13/06/2007

06/05/2008 (1)

 

 

 

Ardêche

13/06/2007

05/05/2008 (1)

 

 

 

Gard

07/08/2007

09/05/2008 (1)

 

 

 

Vaucluse

07/08/2007

09/05/2008 (1)

 

 

 

Bouches-du-Rhône

 

07/08/2007

 

22/05/2009 (1)

 

Huveaune, Luyne, Cadière

Bouches-du-Rhône

 

 

 

 

 

22/07/2009

 

Lacs d'Annecy et Léman

Haute Savoie

Omble chevalier

02/04/2008

 

 

 

 

 

23/06/2008 (2)

 

 

Lac du Bourget

Savoie

Omble chevalier, lavaret, gardon, anguille

02/04/2008

 

 

 

 

08/09/2008 (3)

 

 

 

 

18/11/2008 (4)

 

 

 

Omble chevalier, gardon (sauf friture), anguille, tanche

07/09/2009

 

Isère

Drôme

 

 

 

 

12/08/2008

 

 

Isère, Drac, Romanche

Isère

 

 

 

 

 

31/07/2009

 

Ognon

Haute-Saône, Doubs

 

 

 

 

 

05/02/2009

 

Saône

Rhône, Ain

poissons benthiques

12/02/2009

 

 

Saône-et-Loire, Rhône, Ain

poissons benthiques

16/02/2009

 

Azergues

Rhône

 

09/07/2009

 

Gier

Rhône, Loire

 

09/07/2009

 

Combeauté

Haute-Saône, Vosges

 

 

 

 

 

14/08/2009

 

Durgeon

Haute-Saône

 

 

 

 

 

25/08/2009

 

Semouse, Lanterne

Haute-Saône, Vosges

 

 

 

 

 

27/08/2009

 

Vallière

Jura, Saône-et-Loire

poissons benthiques

27/08/2009

 

Gland

Doubs

 

 

 

 

 

07/09/2009

 

Lizaine

Doubs, Haute-Saône

 

 

 

 

 

07/09/2009

 

Allan, Allaine

Doubs, Territoire de Belfort

 

 

 

 

 

07/09/2009

 

Savoureuse

Doubs, Territoire de Belfort

 

 

 

 

 

07/09/2009

 

Doubs

Doubs, Jura, Saône et Loire

poissons benthiques

16/09/2009

 

Ouche

Côte d'Or

 

 

 

 

 

18/11/2009

 

Gaffière, Lauzon, Mayre-Girarde, lac du Trop Long

Vauckuse

 

 

 

 

 

20/11/2009

 

Durance

Alpes de Haute-Provence, Bouches-du-Rhône, Var, Vaucluse

 

 

 

 

 

02/12/2009

 

Têt

Pyrénées-Orientales

 

 

 

 

 

23/12/2009

 

Sorgues, Ouvèze

Vaucluse

anguille, barbeau, brème, carpe, silure

29/12/2009

 

Mourachonne

Alpes-maritimes

anguille, carpe

04/01/2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Seine-Normandie

 

 

 

 

 

 

 

 

Essonne

 

 

13/01/2005

 

 

 

 

 

Seine et littoral

Seine Maritime

 

 

 

anguille

23/01/2008

 

 

 

 

 

 

 

 

30/09/2008

 

 

 

Eure

 

 

 

anguille

23/01/2008

 

 

 

 

 

 

 

 

30/09/2009

 

 

Littoral

Calvados

 

 

 

anguille

23/01/2008

 

 

eaux sous souveraineté et juridiction française

Seine-Maritime, Calvados, Manche

 

 

 

 

 

sardine

06/02/2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Artois-Picardie

 

 

 

 

 

 

 

 

Somme

Aisne, Somme

 

 

21/09/2006

 

11//02/2008 (5)

14/09/2009 (7)

 

Somme et affluents

Aisne, Somme

 

 

 

19/12/2007

11/02/2008 (5)

14/09/2009 (7)

 

Somme

Aisne (Séraucourt/ Artemps)

 

 

 

 

 

14/09/2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Loire-Bretagne

 

 

 

 

 

 

 

 

Etang et ruisseau de Via

Ille-et-Vilaine

 

 

 

 

25/01/2008

 

 

Loire, Furan, Ondaine, Onzon

Loire

 

09/07/2009

 

Isole et Laïta

Finistère, Morbihan

anguille, barbeau, brème, carpe, silure, tanche

25/06/2009

 

Conie

Eure-et-Loir

poissons benthiques

25/08/2009

 

Sioule, Cher, canal du Berry

Cher, Allier, Puy-de-Dôme

poissons benthiques

30/12/2009

 

Canal de Roanne à Digoin

Loire

 

 

 

 

 

 

09/02/2010

 

 

 

 

 

 

 

   

Adour-Garonne

 

 

 

 

 

 

 

 

Garonne

Gironde

Anguilles adultes

09/07/2009

 

 

Lot-et-Garonne

Anguilles adultes

09/07/2009

 

 

Tarn-et-Garonne

Anguilles adultes

17/07/2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rhin-Meuse

 

 

 

 

 

 

 

 

Moselle, canal des Mines

Moselle

 

 

 

 

 

30/04/2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Légende

 

 

 

 

 

 

 

 

 

interdiction tout poisson

 

 

 

 

 

 

 

 

interdiction partielle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1)

levée de l'interdiction de consommation des poissons de pleine eau non migrateurs

(2)

levée de l'interdiction de pêche des ombles de moins de 39 cm (Léman) et 40 cm (Annecy)

(3)

levée de l'interdiction de pêche des "fritures" de gardons

(4)

levée  de l'interdiction de pêche du lavaret

(5)

interdiction de commercialisation des anguilles, des poissons benthiques et des poissons non carnassiers

(6)

levée de l'interdiction de consommation des poissons de pleine eau non migrateurs sauf les brochets de plus de 2,5 kg, vandoises et carassins

(7)

interdiction de commercialisation des anguilles et des poissons benthiques

Situation en juillet 2009

Depuis la dernière mise à jour de l’atlas des sites pollués aux PCB en mars 2009, les arrêtés d’interdictions se sont étendus jusqu’aux rives de la Loire, de la Garonne et de la Moselle mais à l’exception de celles des cours d’eau et canaux du Nord-Pas-de-Calais.

 

PCB : lettre ouverte des anguilles, brèmes, tanches et brochets du Nord-Pas-de-Calais

le 21 juillet 2009

« Nous apprenons que de plus en plus d’espèces soeurs sont interdites de pêche ou de consommation, que les bassins versants de la Loire, du Rhône, de la Garonne, de la Seine, que des petits fleuves côtiers comme la Laïta sont touchés !

Or, nous constatons de par la lecture de la carte de Robin des Bois que le Nord-Pas-de-Calais agrège un nombre record de sites pollués aux PCB. Un autre organisme français spécialisé dans les conseils aux piscivores, l’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) dit que sur le canal de la Deûle, le canal de Roubaix, la Liane, la Sambre, l’Aa, la Canche, la Ternoise , les poissons sont contaminés par les PCB, et que sur les autres canaux et voies d’eau comme l’Escaut, la Scarpe et la Lys, ils pourraient l’être aussi, ajoutant qu’il conviendra de se méfier du mercure. (*)

Nous sommes accablés pour nous-mêmes, notre progéniture et les hérons.

Et nous souhaitons pour ne plus ajouter les désagréments d’être pêchés et d’empoisonner les humains et leurs chats aux difficultés de reproduction, de croissance et aux autres risques sanitaires auxquels nous sommes irréversiblement exposés, qu’il soit immédiatement interdit par quelque moyen que ce soit de nous capturer et de nous manger ».

(*) Cf : « Avis de l’AFSSA relatif à l’interprétation des résultats d’analyses en dioxines, PCB et mercure des poissons pêchés dans les cours d’eau des départements du Nord et du Pas-de-Calais dans le cadre du plan national d’actions sur les PCB ».

Laïta et Isole
Un arrêté interpréfectoral du Finistère et du Morbihan en date du 25 juin 2009 interdit la pêche des poissons benthiques en vue de la consommation ou de la commercialisation dans l’Isole depuis le lieu-dit Pont-Hellec à Saint-Thurien (29) et dans la Laïta de Quimperlé (29) jusqu’à la mer.
Des analyses sur la présence des PCB ont été menées à partir de 2002 dans le bassin Isole-Ellé-Laïta, mais n’ont jamais fait l’objet de diffusion avant octobre 2007 dans le rapport gouvernemental sur la contamination des cours d’eau français par les PCB. La pollution aux PCB y était confirmée et la Laïta rejoint les 10% de sites analysés les plus contaminés. La source de la pollution n’a pas été identifiée même si des rejets industriels anciens ont été évoqués. La Laïta depuis 1979 est repérée comme fortement contaminée par les PCB au même titre que le golfe de Fos, la rade de Toulon, la baie de Marseille ou encore le secteur ouest de la baie de Seine. Lien vers l’arrêté du 25 juin 2009.

Garonne
Les Préfectures de Gironde et du Lot-et-Garonne ont interdit par arrêté du 9 juillet 2009 la consommation et la commercialisation des anguilles adultes pêchées dans la Garonne en amont de Bordeaux depuis le Pont-de-Pierre et jusqu’à la limite du Tarn-et-Garonne même si « la contamination est limitée par rapport à certains autres fleuves ». Lien vers l’arrêté du 9 juillet 2009 de la préfecture de la Gironde. Lien vers l'arrêté du 9 juillet 2009 de la préfecture du Lot et Garonne. Les jeunes anguilles (civelles) ne sont pas concernées par l’arrêté. Il est en outre conseillé de limiter la consommation des poissons benthiques pêchés dans le fleuve. A Bordeaux, Robin des Bois a répertorié deux anciens sites industriels pollués aux PCB, juste en aval de l’interdiction : l’ex-usine de vinaigre Tête Noire, quai des Queyries et la SREE sur la rive gauche de la Garonne dans le quartier de Bacalan.

La même interdiction, assortie des mêmes conseils sur la consommation des poissons benthiques, a été étendue le 17 juillet 2009 par la préfecture du Tarn-et-Garonne jusqu’au barrage de Malause en amont de Golfech. Lien l’arrêté du 17 juillet 2009.

Loire, Ondaine, Furan et Ozon.
La consommation et la commercialisation de tous les poissons pêchés dans le fleuve Loire entre le barrage de Grangent et la retenue de Villerest est interdite par un arrêté du 9 juillet 2009. Outre la contamination par les PCB, des traces de mercure ont été détectées chez les carnassiers dans les retenues. L’interdiction touche aussi trois affluents de la Loire, le Furan depuis Saint-Etienne, l’Ozon à l’aval de La Talaudière et l’Ondaine depuis La Ricamarie. Selon la préfecture, la contamination ne serait pas liée à l’incendie de Saint-Cyprien en aval, mais résulterait d’activités industrielles anciennes. Plusieurs sites industriels des vallées du Furan, de l’Ozon et de l’Ondaine sont déjà répertoriés par Robin des Bois comme pollués aux PCB : SOGELAM à Fraisses, Loire-Fonte-Industrie au Chambon-Feugerolles, Vitale à La Talaudière, Celduc à Sorbiers et France-Bois-Imprégnés à Andrézieux-Bouthéon.

Azergues et Gier
L’interdiction de consommation de tous les poissons pêchés dans l’Azergues, affluent de la Saône était attendue depuis qu’en 2008 les analyses de sédiments ont montré une contamination quatre fois supérieure à la valeur indicatrice de pollution fixée par le Plan National d’Actions sur les PCB. A la suite des échantillonnages de poissons, la préfecture du Rhône interdit la consommation de tous les poissons pêchés dans la rivière depuis le barrage de Morancé jusqu’à la confluence avec la Saône.
La même interdiction frappe les poissons pêchés dans le Giers depuis le barrage de Soulages jusqu’à la confluence avec le Rhône à Givors. Les sites industriels GIAT et Teintureries et Développement d’Izieux sont déjà répertoriés par Robin des Bois comme pollués aux PCB sur le territoire de la commune de Saint-Chamond. Lien sur les arrêtés du 9 juillet 2009 Azergues et Gier.

Le recueil des arrêtés préfectoraux jusqu'en mars 2009 est disponible sous PDF (attention: 45 Mo)


Situation en février 2010

Depuis la dernière mise à jour de l’atlas des sites pollués aux PCB en juillet 2009, les arrêtés de restrictions de pêche pour cause de contamination par les PCB se sont succédés à un rythme accéléré. Après l’apparition de la Moselle en avril 2009 puis celle de la Garonne en juillet, tous les bassins sont concernés, les fleuves comme les rivières et les cours d’eau côtiers, de la Seine au Rhône, du Têt à la Somme, en passant par la Conie et la Sioule, mais toujours à l’exception des canaux et cours d’eau du Nord-Pas-de-Calais. Le littoral n’est pas épargné. La pêche des anguilles de la baie de Seine est limitée depuis janvier 2008, aujourd’hui ce sont les sardines qui sont touchées. « La pêche, la détention, le débarquement, le transport, la vente et la cession en vue de la consommation » des sardines pêchées dans les eaux sous souveraineté ou juridiction françaises entre Dieppe (76) et Barfleur (50) sont désormais interdits.

La totalité des 23 arrêtés pris par les préfectures depuis la mi-juillet limitent la pêche, et concernent dans la plupart des cas toutes les espèces de poissons. Le Doubs, ses affluents et sous-affluents sont particulièrement touchés. Il faut rapprocher ces contaminations par les PCB des multiples pollutions hydrocarbures de ces cours d’eau déjà relevées par Robin des Bois dans l’Atlas 2004-2007 des marées noires dans les eaux intérieures : « irisations d’hydrocarbures », « traces d’huile de coupe métallurgique », « nappe de gazole », « mince filet de fioul », le plus souvent d’origine inconnue, qui ont frappé l’Allan, l’Allaine, la Lizaine, le Gland, la Savoureuse ou la Bourbeuse et peuvent aussi cacher des pollutions par les PCB.

La surveillance des rejets des sites industriels en activité a parfois mis en évidence la contamination des poissons par les PCB et conduit les préfectures à interdire leur consommation. A Bollène, à proximité du site AREVA-Tricastin, la consommation de toutes les espèces pêchées dans la Gaffière, le Lauzon, la Mayre Girarde et le Lac du Trop Long est interdite. La mairie de Bollène (84) a porté plainte contre X pour délit de pollution. Dans la Durance, la consommation des poissons est interdite depuis le barrage de l’Escale à Château-Arnoux (04) jusqu’au barrage de Cadarache à Saint-Paul-lez-Durance (13). Suite à ses visites d’inspection en 2009, la DREAL PACA avait prescrit un renforcement du suivi PCB dans les effluents liquides rejetés par l’usine Arkéma de Château-Arnoux/Saint-Auban. Le site ex-Péchiney-Saint-Gobain, ex-Rhône Poulenc Industries, ex-Rhone Progil, ex-Compagnie des Produits Chimiques d'Alais et de Camargue, en bordure de rivière, a produit des gaz industriels et en particulier des gaz de combat à partir de 1914 ; il est agréé pour l’incinération des déchets et résidus chlorés dont les PCB. En janvier 2010, la fédération départementale de pêche a porté plainte contre Arkema pour "pollution des eaux et "déversement dans les eaux de substances dont l'action ou les réactions entraînent, même provisoirement, des effets nuisibles sur la santé ou des dommages à la flore ou la faune".

Le recueil des arrêtés préfectoraux depuis avril 2009 jusqu'en février 2010 est disponible sous PDF (attention: 20 Mo)


Quelques espèces concernées

Sardine
(Sardina pilchardus)

La sardine est un poisson de la famille des Clupeidae, qui comprend aussi le hareng et l’alose. Sa taille maximale est de 27,5 cm, elle mesure en moyenne 20 cm à l’âge adulte et peut vivre jusqu’à 15 ans. Elle est répartie des côtes de l’Angleterre à celles de Mauritanie, en Méditerranée et en mer Noire. Sa pêche remonte à l’antiquité où les Romains étaient friands de sardines de Méditerranée mais aussi de l’Atlantique. Elle était consommée salée, fumée, séchée ou sous forme de sauce obtenue par pressage. Le véritable essor économique de la pêche à la sardine démarre au 16ème siècle et est décuplé par le procédé Appert de conservation et l’apparition des premières boites de sardines en fer blanc en 1829. L’espèce n’est pas considérée comme menacée, l’Union Européenne n’impose pas de quotas mais seulement une taille minimale de 11 cm au débarquement.

La sardine est un poisson pélagique et grégaire qui vit en bancs compacts à une profondeur habituelle de 25 à 100 m. Ses déplacements saisonniers sont de faible amplitude, elle migre vers le large en automne et se rapproche des côtes au printemps. Elle se reproduit tout au long de l’année avec des pics au printemps et en fin d’automne. Sa croissance est rapide en particulier celle des juvéniles qui atteignent leur maturité sexuelle au bout d’un an. La sardine juvénile se nourrit de phytoplancton, d’œufs et de larves de petits crustacés, l’adulte de zooplancton et de larves de crabes.


© IFREMER

Après les premières mesures qui ont mis en évidence depuis 2005 la contamination par les PCB des anguilles de la baie de Seine, un plan d’échantillonnage a été mis en œuvre pour la surveillance d’autres espèces dans la région de la baie. Selon les analyses en dioxines et PCB effectués au printemps 2009 sur les poissons et mollusques pêchés dans la baie de Seine et l’est du Cotentin, la concentration moyenne des sardines en dioxines, furannes et PCB dioxine like est de 7,5 pg/g. La norme européenne fixe une limite maximale de 8 pg/g pour la somme des concentrations de ces polluants dans la chair des poissons. Compte tenu de l’intervalle statistique de confiance, l’AFSSA a, dans son avis du 23 octobre 2009, déclaré la sardine non conforme au seuil réglementaire et donc impropre à la consommation. Le 8 février 2010, les Préfectures de Seine-Maritime, du Calvados et de la Manche ont pris un arrêté d’interdiction de pêche, de débarquement, de transport, de cession et de commercialisation des sardines (arrêté en lien) provenant des eaux sous souveraineté française entre Barfleur et Dieppe.

Dans les eaux intérieures, les poissons les plus impactés par les pollutions aux PCB sont les poissons benthiques ; malgré son mode de vie et son régime alimentaire, le poisson pélagique qu’est la sardine est elle aussi aujourd’hui contaminé par les PCB et interdit de pêche dans une large zone des eaux sous souveraineté française en Manche. Elle n’est pas la seule victime. La pêche de l’anguille est déjà interdite sur le littoral du Calvados et de la Seine-Maritime depuis 2008, le bar qui n’est pourtant pas visé par l’arrêté préfectoral n’est pas davantage conforme à la norme européenne. Quant aux plies, maquereaux, et grondins, ils sont estimés « conformes pour un poids respectivement de moins de 7500g, 350g et 1100g ».

Anguille
(Anguilla anguilla)

L’anguille est un poisson vivant à la fois en eau douce et en mer. Elle migre et se reproduit dans la mer des Sargasses au large du Mexique. Après avoir traversé l’Atlantique, les larves se sédentarisent dans les estuaires ou remontent les cours d’eau, et y poursuivent leur croissance pendant une dizaine d’années. A leur maturité, entre 6 et 12 pour les mâles, 9 à 20 ans pour les femelles, les anguilles retournent en mer se reproduire puis mourir. En eau douce, l’anguille se nourrit essentiellement d’invertébrés benthiques mais aussi de batraciens et d’alevins, ce qui l’a longtemps fait considérer comme un prédateur. Elle est nocturne, et vit au fond des cours et plans d’eau, sous des pierres, dans les anfractuosités des berges et dans la vase. Elle est particulièrement exposée à la pollution des sédiments.

La population d’anguilles ne cesse de diminuer depuis les années 80. Elle est menacée en raison de la disparition de son habitat (les marais côtiers), de la mauvaise qualité des eaux et de la présence d’aménagements et d’ouvrages hydrauliques qu’elle ne peut franchir, à terre, par reptation. A la demande de l’Allemagne, au nom de l’Union européenne, l’anguille est inscrite en annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) ; l’entrée à l’annexe qui devait se faire au 13 septembre 2007 a cependant été reportée au 13 mars 2009. En France, la population aurait été divisée par 10 en vingt ans. La densité de sa répartition décroît graduellement du littoral vers l’intérieur. Elle est pêchée intensivement pendant tout son cycle de vie.

Le fonds piscicole de l’ensemble du bassin Seine-Normandie, avec 45 espèces recensées, est pauvre en comparaison de ceux des autres grands fleuves. La plupart des cours d’eau du bassin ont un peuplement altéré. Dans la Seine, les migrateurs, en particulier, ont disparu, à l’exception de l’anguille qui est présente avec une densité moyenne à faible en Seine-Maritime, faible à très faible dans l’Eure, faible à nulle en amont, bien qu’on trouve des individus 500 km à l’intérieur du bassin sur l’Oise ou l’Yonne et même 770 km en amont sur le Rognon, un affluent de la Marne.

Depuis le Moyen Age, la vallée de la Somme a concentré une population qui vivait directement des ressources des marais attenants au fleuve. Ce bocage aquatique est particulièrement riche en peuplement d’oiseaux et de poissons ; la pêche y est un des premiers attraits touristiques. Aujourd’hui cependant les jeunes anguilles (civelles) ne peuvent plus remonter facilement et naturellement le fleuve. Dans la Haute Somme où le statut juridique des étangs et marais, propriétés privées de particuliers ou communes, permet la pêche toute l’année, la plupart des anguilles sont issues de repeuplement de civelles capturées sur la côte, puis relâchées et élevées dans les étangs.

Concentrations en dioxines, furannes et PCB dioxin like

pg/g

 

 

Somme

Seine

 

PCDD/F + PCB DL

Anguilles

 

 

fourchette

3,4 - 213

15 – 76

médiane

39,6

25,4

% > seuil intervention PCB (6 pg/g)

77%

100%

% non-conforme (12 pg/g)

69%

100%

 

 

 

Autres espèces

 

 

fourchette

0,2 – 18,3

1,9 – 117,1

médiane

0,76

21

% > seuil intervention PCB (3 pg/g)

30%

86%

% non-conforme (8 pg/g)

4,34%

64%

La norme européenne fixe une limite maximale de 12 pg/g pour la somme des concentrations en dioxines, furannes et PCB dioxin like dans la chair des anguilles et de 8 pg/g pour les autres espèces. 77% des échantillons d’anguilles de la Somme et 100% de ceux de la Seine sont impropres à la consommation. Pour les autres espèces, 4 % des échantillons de la Somme sont considérés comme non consommables de même que 64 % des échantillons de la Seine.
Des seuils d’intervention entraînent la surveillance de la contamination, la recherche et la réduction de ses sources lorsque la concentration en PCB dioxin like est supérieure à 6 pg/g dans la chair des anguille et 3 pg/g dans la chair des autres espèces. Chez les anguilles, le seuil est dépassé dans 77% des cas dans la Somme et 100% dans la Seine ; chez les autres espèces, il est dépassé dans 4% des cas dans la Somme et 86% dans la Seine.

En Picardie, la commercialisation de tous les poissons pêchés dans la Somme et les points d’eau qui lui sont reliés est interdite de Saint-Quentin (02) à Feuillères (80) par arrêté interpréfectoral du 21 septembre 2007 ; les analyses effectuées en 2006-2007 mettent en évidence la contamination des poissons par les PCB, et en particulier celle des anguilles.

De même en Normandie, des analyses ont conduit à l’interdiction de la pêche, la détention, le transport et la vente ou la cession des anguilles pêchées dans la Seine et les eaux littorales du fait des PCB dans les départements de la Seine-Maritime, l’Eure et le Calvados par arrêté interpréfectoral du 23 janvier 2008. Les valeurs des analyses étaient toutes supérieures à la concentration réglementaire maximale, et jusqu’à 6 fois cette norme. Le 30 septembre 2008, suite à de nouvelles analyses menées sur d’autres espèces, l’interdiction a été étendue à tous les poissons pêchés dans la Seine dans les départements de Seine Maritime et Eure.

L’anguille, poisson benthique, est particulièrement exposée aux pollutions par les PCB. Aujourd’hui au-delà de la Somme et de la Baie de Seine, les restrictions de pêche des anguilles touchent aussi la Garonne pour les individus adultes et jusqu’à la Mourachonne près de Grasse (06), sans oublier les cours d’eau et plans d’eau où la pêche de toute espèce de poisson est interdite.

Omble chevalier
(Salvelinus alpinus)

L’omble chevalier est un salmonidé originaire des zones arctiques. A la fin de la dernière glaciation, il a remonté les grands fleuves d’Europe et colonisé les lacs au dégel. En France c’est un poisson lacustre autochtone des grands lacs alpins où il vit en eau profonde (entre 30 et 70 m de fond). Il a été introduit avec succès dans les lacs naturels ou de barrages des Alpes, des Vosges, du Massif Central et des Pyrénées et est aujourd’hui présent dans plus de cent lacs. Il se reproduit en hiver sur des zones de graviers en profondeur, les omblières. D’une taille moyenne de 30-35 cm pour 400 g, il peut atteindre 90 cm pour plus de 10 kg et vit une vingtaine d’années. C’est un poisson carnassier qui se nourrit d’organismes planctoniques et d’alevins ; les PCB s’accumulent dans sa chair grasse. Considéré comme le roi des poissons des lacs alpins, il est très vulnérable à la pollution et à la dégradation des milieux lacustres. L’eutrophisation et l’augmentation de la sédimentation des matières organiques en particulier détériorent les conditions de développement des œufs et les éclosions sur les omblières.

Les installations d’élevage nécessitent une eau très froide et sont donc rares. Cependant, l’omble chevalier fait l’objet d’une activité de pêche intense dans les lacs alpins et ses effectifs doivent être soutenus par des réintroductions de juvéniles nés en pisciculture. Dans le lac Léman, les populations d’ombles sont en baisse sensible sans que les causes soient à ce jour clairement identifiées. Les autorités suisses et françaises ont reconduit l’interdiction de la plongée au-dessus des omblières.

Concentrations en dioxines, furannes et PCB dioxin like 

pg/g

 

Lac d’Annecy

Lac du Bourget

 

Mars-08

Mai-08

Mars-08

Juil-08

 

omble

omble

divers

divers

fourchette

5,6 - 31,4

0,5 – 4,1

1,45 - 21,96

1,8 - 21,7

médiane

6,7

2,8

6,3

5,8

% > seuil intervention PCB (3 pg/g)

100% (estimé)

20%

71% (estimé)

79% (estimé)

% non-conforme (8 pg/g)

33%

0 %

29%

32 %

En Haute-Savoie, des analyses effectuées en mars 2008 sur des ombles chevaliers de taille moyenne à grande (29 à 50 cm) pêchés dans le Lac d’Annecy en novembre 2007, a mis en évidence une contamination par les PCB. Le seuil d’intervention de 3 pg/g de PCB dioxin like, qui doit entraîner la surveillance de la contamination et des mesures de recherche et de réduction de ses sources était dépassé pour tous les individus. Les sujets les plus gros, 33%, étaient impropres à la consommation avec une concentration quatre fois supérieure à la norme européenne de 8 pg/g maximum pour la somme des dioxines, furannes et PCB dioxin like. La préfecture de la Haute Savoie a interdit la pêche de l’omble chevalier dans le lac d’Annecy par arrêté du 2 avril 2008 ainsi que dans le lac Léman ; dans ce lac, des analyses avaient montré une concentration de 12.73 pg/g sur un seul sujet de grande taille. En Suisse, les autorités ont jugé la situation « pas alarmante du tout car il y a des PCB dans le lac depuis 20 ans». La pêche est restée autorisée côté suisse en attente d’un avis de l’AFSSA et d’une harmonisation franco-suisse. Des analyses effectuées en mai sur des ombles et d’autres espèces (perche, brochet, lavaret) ont confirmé la contamination des ombles, à un niveau inférieur à la réglementation européenne, sur des sujets de taille plus petite (de 25 à 30 cm) ; le seuil d’intervention était dépassé pour 20% des poissons analysés. La concentration pour la somme des dioxines, furannes et PCB dioxin like dans la chair des autres espèces était dans les limites réglementaires. Le 17 juin l’AFSSA a rendu un avis concluant à la conformité des ombles chevaliers dans les limites d’une taille maximale de capture et de toutes les autres espèces sans restriction. Le 23 juin, la préfecture de Haute-Savoie a suivi cet avis et levé l’interdiction de pêche pour les ombles chevaliers de moins de 39 cm dans le lac Léman et 40 cm dans le lac d’Annecy. En décembre 2008, la Suisse, à son tour, a interdit la consommation des ombles de plus de 39 cm.

En Savoie, des analyses similaires ont été menées en mars sur des ombles et d’autres espèces (lavaret, perche, lotte, brochet, gardon) qui ont conduit à l’interdiction de la pêche dans le lac du Bourget de l’omble chevalier, mais aussi du lavaret, de l’anguille et du gardon. En juillet, une nouvelle série d’analyses a confirmé la contamination de 32 % des poissons, avec un taux de 88% de non-conformité chez les ombles chevaliers. L’arrêté préfectoral du 11 juillet a confirmé l’interdiction de pêche du 2 avril. En septembre, l’interdiction a été levée pour les fritures de gardons (taille inférieure à 10 cm) pour lesquelles la concentration était inférieure à la norme réglementaire selon des analyses réalisées en août. L’interdiction concernant le lavaret a été levée en novembre 2008.

Gardon
(Rutilus rutilus)

Le gardon est un poisson blanc très répandu en France dans les lacs, les étangs et les eaux faiblement courantes. Il est grégaire et vit en banc d’individus de même taille. L’adulte mesure entre 15 et 40 cm pour un poids de 0,2 à 1 kg. C’est un poisson omnivore qui se nourrit d’invertébrés benthiques, de larves, et de végétaux. En vieillissant, il devient surtout végétarien. Il peut vivre une douzaine d’années. Le gardon aime les eaux eutrophes riches en végétaux immergés, où il profite d’une abondance de nourriture. Tolérant face à la dégradation physique de l’eau et de l’habitat, voire à certaines pollutions, il a remplacé des espèces plus sensibles comme le barbeau ou le hotu, notamment dans la Seine.

Dans certaines régions, le gardon est élevé en tant qu’espèce annexe des carnassiers. Il fait surtout l’objet d’une pêche de loisirs, y compris les « fritures » de petite taille (jusqu’à 10 cm). C’est un poisson qui ne fait l’objet d’aucune protection et dont le caractère « envahissant », dû à ses capacités d’adaptation, le conduit même à être considéré comme un nuisible. Ainsi en Suisse, sa pêche dans le lac Léman était subventionnée par les autorités suisses dans les années 1970 à 1994 car il tendait à y proliférer.

Le gardon est considéré comme une espèce faiblement bio-accumulatrice des PCB. Cependant des analyses ont montré une contamination de ces poissons dans certains cours ou plan d’eau, avec un pourcentage parfois élevé de dépassement de la limite réglementaire. Dans la Seine, 50% des gardons analysés en septembre 2008 ont été jugés impropres à la consommation ; dans le lac du Bourget, le taux de non-conformité était de 35 % selon les analyses de juillet 2008. En conséquence la pêche de ces poissons est interdite dans la Seine et dans le lac du Bourget, sauf en ce qui concerne les « fritures » à nouveau autorisée dans le lac depuis septembre 2008.
Après avoir été interdite dans la partie inférieure du fleuve Rhône (départements de la Drôme, de l’Ardèche, du Gard et du Vaucluse), la pêche du gardon a de nouveau été autorisée dans ces départements en mai 2008 et sur l’ensemble du fleuve en juin 2009 hormis la portion comprise entre Saint-Vulbas et Loyettes (01). Elle reste interdite dans les autres cours d’eau ou plans d’eau qui font l’objet d’interdictions de pêche pour toutes les espèces.


 



Restrictions de pêche du fait de la contamination par les PCB
Etat des lieux - Mise à jour février 2010


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Robin des Bois
Association de protection de l'Homme et de l'environnement

www.robindesbois.org

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